caloucaera poésies Version du 18 juillet 2003




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Femme Noire
Comme je passais
Perles
Pourquoi
Les Djerbiennes
Spleen
Je viendrai
Regrets


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Léopold Sédar SENGHOR


Choix de Poèmes


Sans doute le plus français des poètes africains. Peut-être est-il même plus français qu'africain ? Qu'importe, ce poète francophone est un génie universel !
Que nous dit de lui, Djamal LAOUNODJI, notre jeune prodige africain ?
"C'est le poète africain qui a le plus su jouer avec les mots, avec les sonorités, avec les rythmes qui s'ordonnent pour donner un ensemble cohérent. Lorsque je le lis c'est tout un accord de concert que j'entends chanter !"
Que dire de plus, sinon que SENGHOR me fait penser à VERLAINE, cet autre francophone aux vers si purs.
Au fait, ne cherchez pas sur votre Littré : Sororale = qui appartient à une sœur.


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Femme Noire


Femme nue, femme noire
Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté !
J'ai grandi à ton ombre, la douceur de tes mains bandait mes yeux.
Et voilà qu'au cœur de l'Été et de Midi, je te découvre,
Terre promise, du haut d'un haut col calciné
Et ta beauté me foudroie en plein cœur, comme l'éclair d'un aigle.

Femme nue, femme obscure
Fruit mûr à la chair ferme, sombres extases du vin noir, bouche qui fait lyrique ma bouche
Savane aux horizons purs, savane qui frémis aux caresses ferventes du Vent d'Est
Tamtam sculpté, tamtam tendu qui gronde sous les doigts du vainqueur
Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l'Aimée.

Femme nue, femme obscure
Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l'athlète, aux flancs des princes du Mali
Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau
Délices des jeux de l'esprit, les reflets de l'or rouge sur ta peau qui se moire
À l'ombre de ta chevelure, s'éclaire mon angoisse aux soleils prochains de tes yeux.

Femme nue, femme noire
Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l'Éternel
Avant que le Destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les racines de la vie.


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Comme je passais


Comme je passais rue Fontaine,
Un plaintif air de jazz
Est sorti en titubant,
Ébloui par le jour,
Et m'a chuchoté sa confidence
Discrètement
Comme je passais tout devant
La Cabane cubaine.
Un parfum pénétrant de Négresse
L'accompagnait.

Voilà des nuits,
Voilà bien des jours au sommeil absent.
Réveillés en moi les horizons que je croyais défunts.
Et je saute de mon lit tout à coup, comme un buffle
Mufle haut levé, jambes écartées,

Comme un buffle humant, dans le vent
Et la douceur modulée de la flûte polie,
La bonne odeur de l'eau sous les dakhars
Et celle, plus riche de promesses, des moissons mûres
Par les rizières.


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Perles


Perles blanches,
Lentes gouttelettes,
Gouttelettes de lait frais,
Clartés fugitives le long des fils télégraphiques,
Le long des longs jours monotones et gris !
Où vous en allez-vous ?

À quels paradis ? À quels paradis ?
Clartés premières de mon enfance
Jamais retrouvée...


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Pourquoi


Pourquoi battre le rappel
Du jazz imagination
De la bamboula des paroles
Au clair de ma jeunesse ?

Renvoyons l'harmonie tumultueuse des hanches,
La frénésie des seins bondissant et bramant
À travers les forêts parfumées,
Renvoyons les longs jours titubants, ivres de vin.

Pauvre convalescent,
Dévêtons-nous de violence.
Seulement un peu d'air vert et vif
Et léger, comme une mousseline
Autour de nous, n'est-ce pas ?
Et le repos tranquille,
Calme,
Sous le tiède soleil d'une affection sororale.


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Les Djerbiennes


Inspire-moi, Tanit la Tendre, Tanit la Tunisienne,
Quand je chante les Djerbiennes au rythme des tam-tams et tabalas.
Les voilà entrant dans la danse, vases sveltes, un vase sur la tête altière.
Les voilà longues lisses, les Djerbiennes à la tête d'or
Et les hauts dieux d'ébène pour rythmer leurs pas.
Les tam-tams dansent et les tabalas, les tam-tams sous les mains d'ébène dur.
Les voici de soie fine, les Djerbiennes, soyeuses et souples
Et déroulant rythmée leur fuite frissonnante, gracieuse.
Et montent les hosannahs dans la nuit bleue étoilée.


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Spleen


Je veux assoupir ton cafard, mon amour,
Et l'endormir,
Te murmurer ce vieil air de blues
Pour l'endormir.

C'est un blues mélancolique,
Un blues nostalgique,
Un blues indolent
Et lent.

Ce sont les regards des vierges couleur d'ailleurs,
L'indolence dolente des crépuscules.
C'est la savane pleurant au clair de lune,
Je dis le long solo d'une longue mélopée.

C'est un blues mélancolique,
Un blues nostalgique,
Un blues indolent
Et lent.


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Je viendrai


Je viendrai, mon Seigneur élancé,
Je viendrai,
Toute fervente et frémissante de ma longue attente
Et bientôt toute engourdie de bonheur.

Je viendrai, mon ami,
Je viendrai,
Je vois tes gestes, je vois tes yeux.
Je me laisserai submerger sous tes caresses
Profondes.

Je viendrai, mon Aimé,
Je viendrai.
Je toucherai tes mains fortes et fines,
Tes paupières lourdes,
Et je serai la proie de ta bouche violente.

Je viendrai, mon Sadio,
Je viendrai.
Ton amour m'est chose si intime, si dense,
Que je le sens en moi net comme couteau de jet,
Mais mêlé à mon moi,
Mais confondu désormais avec le sang de mes veines.


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Regrets


"A la mémoire de Soukeina"


La gracilité de la gazelle
S'est fondue au crépuscule mourant
Dans la vallée.

L'éclair d'un trait d'ambre
Immuable en mon cœur s'est fixé,
En mon cœur saignant d'un regret inapaisé.

Car le parfum de mon songe inouï,
Splendeur du ciel tropical,
M'a trop bien ébloui pour les temps à venir.

Amie, quelles peines as-tu éteintes ainsi ?
Dis-moi, quels incendies au feu dévorant
As-tu donc plongés au fleuve froid

D'amertume ?
Pour toi j'eusse donné tant,
Pour toi plus belle que le crépuscule.


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