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LA JUNGLE AUX FANTÔMES
Richard CLOUTIER
Certains textes, les deux premiers, m'ont été envoyés par Richard comme étant des poèmes. Les deux suivants le furent comme étant des nouvelles. Poèmes, nouvelles, comment faire la différence ?
Je vois le fond de mon verre Et je les vois tous là, prêts à mourir Tous ces types dont les vestons sont accrochés là-bas dans un coin Mais la révolte les soulage de ces fantômes Qui habitent cette jungle sans flore Cette jungle si profonde qu'ils portent en eux Je ne quitte pas le fond de mon verre Mais c'est le moindre de mes défauts Alors qu'eux sont toujours là, prêts à mourir S'accrochant malgré les regards Malgré les ordres et les supplications Avec raison, tous les types sont nerveux Même la voix du noir insinue sa folie Son regard étouffant pousserait n'importe qui à quitter les lieux De façon définitive Je ne quitte plus le fond Mon verre me fait défaut La nervosité atteint sa limite et dans l'âme de chacun La conscience ne sait plus que faire À mesure que des regards se jettent dans le coin Sur les vestons La jungle s'expanse et les fantômes se reproduisent On n'entend plus la voix du noir Sa folie a dû s'échouer Et leurs yeux à tous se sont vidés Les fantômes les ont percés revenir au début
La piste Le chemin qu'il a emprunté est là Pour la voir Dessinée par le sang Ce faiseur de déserts émotifs D'abord son genou a touché le sol Puis le reste a suivi Emporté par une loi sauvage. En imaginant le bruit de la chute La photo d'une femme j'ai déposée près de lui Regard clos sur l'avenir Regard noir de présence À la photo Il présente ses yeux qui ne s'ouvriront plus Ses yeux immobiles Consommé par les jours L'homme s'est fait vieux Et dans le silence du corps inerte Ses rêves meurent avec lui Mais cette douleur compte pour peu Je connaîtrai les regrets éternels revenir au début
Bill Rolosson esquisse un sourire de satisfaction le premier de l'année car depuis minuit janvier s'est élancé face à lui son client se lève remet son veston dépose une enveloppe sur le pupitre lui tend une main qu'il serre sans malice puis quitte la pièce A son tour Bill se lève sur le mur près de lui quatre fiches son épinglées dans le plâtre sur le sol tout à côté du pupitre une large malle fait office de fichier il emprunte alors la porte située derrière lui débouche dans une cuisinette Assise à table en train de lire Angie Robertson le regarde rapidement Bill Rolosson constate que l'image d'Angie est trop grande que sa présence est trop intense il panique un peu songe au loyer toujours impayé à son client au frère de celui-ci qu'il faut retrouver puis reprend la conversation de la veille. revenir au début
Périr en ce lieu à l'intérieur d'une salle close envahie d'humidité. Le vide contribue à l'ampleur du délire. Loin de tous étrange et surveillé Wayne Burnett balaye les larmes qui réchauffent à peine ses joues. Les démons dévorant son âme n'ont de cesse. Des bruits se bousculent dans sa tête résolus à éveiller cette conscience qui sommeille en lui. Le corps traversé de secousses et de tremblements trahi par ses pairs il gémit plaintivement de colère contre les attaches et les murs qui le tiennent captif. Ces chocs qui brûlent son corps et atteignent son âme dans son essence ne viennent pas à bout de sa volonté. De son désir de survie. Ils n'accentuent en vérité que sa folie vengeresse. Son esprit violenté à outrance comprend néanmoins l'inexorable. Dehors le vent se brise. Éclairées par de vagues lueurs de nombreuses plaies sont ouvertes maculées de sang. Il fait froid et les rues sont vides. Comme combien d'autres fois. L'adresse est la bonne. Marcus Hammer pousse la porte qui s'ouvre sans peine. Il entre et arpente un couloir accède à une large salle. Bientôt les murs l'enferment comme dans une cage. Atmosphère délirante. Hors de toute réalité de tout contexte. Lieu fou et horrifiant. Hammer regarde le type couché dans un coin convulsé. Son visage est monstrueux. Son corps bouge par spasmes irréguliers. Cette funeste insistance devrait réjouir Hammer et pourtant il veut ce qu'on lui doit. Son regard marqué de haine observe le corps abandonné de Wayne Burnett sur lequel il remarque cependant le formidable pouvoir de mutantisme des êtres humains. Malgré les détritus jonchés pêle-mêle la pièce est vide. Marcus Hammer convient donc d'abandonner le type à ces démons qui en définitive sont beaucoup plus féroces que lui. Avant de quitter il regarde une dernière fois l'individu qui n'existe finalement plus que par son œil. revenir au début
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