caloucaera poésies Version du 21 août 2005



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La jungle aux fantômes
Pour la photo d'une femme
Les désarrois de Bill Rolosson
La réclusion et le prononcé de la sentence



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LA JUNGLE AUX FANTÔMES


Richard CLOUTIER


Certains textes, les deux premiers, m'ont été envoyés par Richard comme étant des poèmes. Les deux suivants le furent comme étant des nouvelles. Poèmes, nouvelles, comment faire la différence ?
Pour la première fois, je publie un auteur dont l'art dépasse mon entendement. Mon instinct me dit que c'est de la vraie littérature et mon côté cartésien refuse certaines phrases, certaines images. Dois-je limiter ce site à mon propre univers, que je perçois comme un peu limité, surtout du côté de l'expression moderne de la poésie ? .
Si j'avais une galerie d'art, exposerais-je une oeuvre de mon ami d'enfance, Bernar VENET ? Sans doute pas, pourtant les plus grands musée actuels le font et l'encyclopédie de l'Art, en dix volumes, de Larousse, le présente.
Alors, prudence !


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La jungle aux fantômes


Je vois le fond de mon verre
Et je les vois tous là, prêts à mourir
Tous ces types dont les vestons sont accrochés là-bas dans un coin
Mais la révolte les soulage de ces fantômes
Qui habitent cette jungle sans flore
Cette jungle si profonde qu'ils portent en eux

Je ne quitte pas le fond de mon verre
Mais c'est le moindre de mes défauts
Alors qu'eux sont toujours là, prêts à mourir
S'accrochant malgré les regards
Malgré les ordres et les supplications
Avec raison, tous les types sont nerveux
Même la voix du noir insinue sa folie
Son regard étouffant pousserait n'importe qui à quitter les lieux
De façon définitive

Je ne quitte plus le fond
Mon verre me fait défaut
La nervosité atteint sa limite et dans l'âme de chacun
La conscience ne sait plus que faire
À mesure que des regards se jettent dans le coin
Sur les vestons
La jungle s'expanse et les fantômes se reproduisent
On n'entend plus la voix du noir
Sa folie a dû s'échouer
Et leurs yeux à tous se sont vidés
Les fantômes les ont percés


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Pour la photo d'une femme


La piste
Le chemin qu'il a emprunté est là
Pour la voir
Dessinée par le sang
Ce faiseur de déserts émotifs

D'abord son genou a touché le sol
Puis le reste a suivi
Emporté par une loi sauvage.
En imaginant le bruit de la chute
La photo d'une femme j'ai déposée près de lui

Regard clos sur l'avenir
Regard noir de présence
À la photo
Il présente ses yeux qui ne s'ouvriront plus
Ses yeux immobiles

Consommé par les jours
L'homme s'est fait vieux
Et dans le silence du corps inerte
Ses rêves meurent avec lui
Mais cette douleur compte pour peu
Je connaîtrai les regrets éternels


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Les désarrois de Bill Rolosson


Bill Rolosson esquisse un sourire de satisfaction
le premier de l'année
car depuis minuit janvier s'est élancé
face à lui son client se lève
remet son veston
dépose une enveloppe sur le pupitre
lui tend une main qu'il serre sans malice
puis quitte la pièce

A son tour Bill se lève
sur le mur près de lui
quatre fiches son épinglées dans le plâtre
sur le sol tout à côté du pupitre
une large malle fait office de fichier
il emprunte alors la porte située derrière lui
débouche dans une cuisinette

Assise à table en train de lire
Angie Robertson le regarde
rapidement
Bill Rolosson constate que l'image d'Angie est trop grande
que sa présence est trop intense
il panique un peu
songe au loyer toujours impayé
à son client
au frère de celui-ci qu'il faut retrouver
puis reprend la conversation de la veille.


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La réclusion et le prononcé de la sentence


Périr en ce lieu
à l'intérieur d'une salle close envahie d'humidité.
Le vide contribue à l'ampleur du délire.
Loin de tous
étrange et surveillé
Wayne Burnett balaye les larmes qui réchauffent à peine ses joues.
Les démons dévorant son âme n'ont de cesse.
Des bruits se bousculent dans sa tête
résolus à éveiller cette conscience qui sommeille en lui.

Le corps traversé de secousses et de tremblements
trahi par ses pairs
il gémit plaintivement de colère
contre les attaches et les murs qui le tiennent captif.
Ces chocs qui brûlent son corps et atteignent son âme dans son essence
ne viennent pas à bout de sa volonté.
De son désir de survie.
Ils n'accentuent en vérité que sa folie vengeresse.
Son esprit violenté à outrance comprend néanmoins l'inexorable.

Dehors
le vent se brise.
Éclairées par de vagues lueurs
de nombreuses plaies sont ouvertes
maculées de sang.
Il fait froid et les rues sont vides.
Comme combien d'autres fois.
L'adresse est la bonne.
Marcus Hammer pousse la porte qui s'ouvre sans peine.
Il entre et arpente un couloir
accède à une large salle.
Bientôt les murs l'enferment comme dans une cage.

Atmosphère délirante.
Hors de toute réalité
de tout contexte.
Lieu fou et horrifiant.
Hammer regarde le type couché dans un coin
convulsé.
Son visage est monstrueux.
Son corps bouge par spasmes irréguliers.

Cette funeste insistance devrait réjouir Hammer et pourtant
il veut ce qu'on lui doit.
Son regard marqué de haine
observe le corps abandonné de Wayne Burnett
sur lequel il remarque
cependant
le formidable pouvoir de mutantisme des êtres humains.

Malgré les détritus jonchés pêle-mêle
la pièce est vide.
Marcus Hammer convient donc d'abandonner le type à ces démons qui
en définitive
sont beaucoup plus féroces que lui.
Avant de quitter
il regarde une dernière fois l'individu
qui n'existe finalement plus que par son œil.


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