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CONFIDENCES DE l'HIVER
Patrice PIALAT
Dans un style classique, ciselant ses rimes comme un artisan qui serait "Meilleur Ouvrier de France", Patrice PIALAT fait entendre sa voix sensible et juste.
Avec un beau matin, on vient sur terre, Accompagné souvent par le feu d'un amour, Espérant pour vous, malgré les bruits de guerre, Une route enchantée, un idéal parcours Cet amour rayonnant, soucieux de l'avenir Construit rien que pour vous, comme une citadelle Dont les remparts si forts, devraient vous prémunir, De fatigants combats, de la moindre querelle Mais souvent notre cœur rêve d'autres saisons Notre esprit a besoin de nouvelles structures Découvrir en pionnier d'inconnus horizons Suffoquer dans les flots d'exquises aventures Peut-on réellement progresser sans combats En demeurant frileux pourra-t-on être libre, Un chemin sûr est-il un chemin sans débats Suivre les pieds de l'autre est-ce juste ça vivre ? revenir au début
Autrefois un berger veillant sur la campagne M'expliquait que la terre était un grand jardin, Où l'homme demeurait un serein baladin Le fruit avait le goût sucré du bon champagne. La nature pouvait combler chaque estomac Les champs de blé doré produisaient les farines Chacun vivait heureux quelques soient ces racines Le monde n'était pas comme un bateau sans mat. On espérait alors, une belle aventure, Mais quelques uns voulant toujours plus de pouvoir Ont, sans aucun remord oublié leur devoir, Donnant à notre terre une triste structure. C'est ainsi qu'on parla de site industriel De quelque gaz malsain ou d'usine fumante, Puis de ruisseau souillé, de vapeur polluante Des néfastes effets d'un bruyant matériel. Aujourd'hui quand certains s'alarment pour la terre Redoutant de ne plus pouvoir y respirer D'autres n'écoutent pas ces cris désespérés Ne passant qu'au profit de leur juteuse affaire. Quel sera l'avenir des enfants de demain S'ils n'ont pour bien grandir, qu'un horizon morose, Sans arbre protecteur, sans l'odeur de la rose, Ni de fraîche cascade à boire dans leur main. revenir au début
Quant on vit doucement au creux de sa chaumière Les délicats secrets de la tranquillité, Quant on reste amoureux du jour plein de lumière Comment suivre les mots de la méchanceté Indécente rumeur se pavanant en ville, Elle sort brusquement de je ne sais quels trous, Entraînant votre vie au plus profond d'une île Condamnant pour un temps, votre honneur aux verrous On dit que l'homme naît et doit demeurer libre, Mais quand la loi permet, la morale reprend, Certains jugent ainsi votre façon de vivre Vous contestant le droit d'être en fait différent Pourquoi faut-il subir la bêtise publique Pourquoi nos choix sont-ils sans arrêt mis au fer Ces propos infondés, indignes de réplique Conduisent l'innocent au plus creux de l'enfer revenir au début
S'ils s'aimèrent au point de te donner le jour C'est qu'ils avaient l'espoir brillant comme une flamme De t'offrir un futur sans embûche, sans drame, Un destin lumineux comme leur bel amour Chacun d'entre nous a des trous dans son parcours La vie est un long train de sourires ; de larmes, Dans lequel, il te faut parfois prendre les armes, Plutôt que d'espérer l'éventuel secours A vingt ans comme toi je rêvais d'être libre Mais le bonheur demeure un savant équilibre Entre notre désir et la réalité Construis ton univers à côté de ce monde Nul ne peut inverser cette infernale ronde Trouve et vis seulement ta propre vérité revenir au début
Chaque ouvrage sacré nous parle d'un seul Dieu Créant cet univers comme un beau paysage Où le bonheur serait comme un chant mélodieux Où le cri ne serait qu'un paisible message Pourtant au Proche-orient, deux peuples s'entre-tuent Chacun d'eux réclamant la seule et même terre Les échos du bon sens paraissent s'être tus Dans ces tristes pays égorgés par la guerre Vous engendrez le pire en parlant du meilleur Un fusil d'une main, le livre saint de l'autre` Satan sévit chez vous bien avant d'être ailleurs Massacrant une Paix ressemblant à la vôtre Ne pouvez-vous pas croire en respectant la vie De la même douceur revenir au début
Sur le chemin des jours je marche en solitaire D'un intense plaisir mon cœur est embaumé Vivant un quotidien délicat, parfumé Ma richesse est cachée au fond de l'ordinaire En regardant le ciel, je repars en voyages Je m' envole aisément vers un autre horizon La musique dévoile en moi d'autres images J'hume ainsi le parfum d'une douce saison Le silence m'attend quand je ferme ma porte, Ce compagnon n'est pas triste ni même amer Il n'est pas les ragots que la rumeur colporte Il est le géniteur d'un paisible revers Néanmoins l'amitié reste riche, profonde, Quand elle vient fleurir dans les mots et les mains Face au feu crépitant on reconstruit le monde Accrochant l'espérance à l'aube de demain. revenir au début
En ce temps tu n'avais guère plus que trois ans, Je me souviens alors de ce petit bonhomme Tentant dans le jardin quelques pas hésitants Trébuchant sans arrêt, sur un bois, une pomme, Du seuil, je conservais un regard attentif Même si je semblais ignorer cris ou larmes, Tu reprenais ta route et repartais plus vif Affronter vaillamment quelques modestes drames. Te voici maintenant face à face à la vie Du haut de tes vingt ans, t'imagines , calcules, Tu ressembles parfois au marin en survie Tout comme au potager, t'avances puis recules D'autres se font porter doucement par les flots Leur avenir restant semble-t-il secondaire Ils s'en vont profitant des divers droits sociaux Devant ceux réclamant l'éternelle assistance Épuisant nos souhaits de générosité Désarmant le plus noble acte de bienveillance Faut-il encor parler de solidarité ? revenir au début
Quand la nuit est encor présente Se déchirant dans le lointain Dans une lueur grimaçante Annonçant un temps incertain ; Quand elle s'accroche au sapin Refusant de laisser la place Au timide petit matin Brisant péniblement la glace Lorsqu'elle semble presque absente Quand juillet s'éveille serein Le ciel s'éclairant sans attente Vers un nouveau jour de satin ; Quand vient l'aube à pas de félin Mettant les astres face à face Quand le soleil devient divin Écartant la moindre menace La lune dès lors déclinante Concrétisant le mot : "demain" M'offre un doux moment de détente Guidant mon esprit et ma main ; Mon stylo court comme un gamin Le vers naît sur la blanche surface Mot d'espérance ou bien câlin Mot amer où mon cœur se lasse Je redeviens un baladin La moindre inquiétude s'efface La vie a le goût du bon vin Mon âme suit une autre trace. revenir au début
Un siècle prometteur vient juste d'arriver On l'espère serein et débordant d'étoiles Joli comme un matin qui vient de se lever Ou comme un navire hissant soudain ses voiles Mais là-bas, tout au loin, on entend un état Dénonçant un danger pour le bonheur du monde Parler d'armes cachées et restées en état Affirmant à chacun qu'une autre guerre gronde Si l'intention de faire échec à l'armement Parait être un projet évidemment louable Les cris guerriers poussés trop prématurément Ont ce jour un écho plutôt désagréable Comment des gouvernants issus de notre temps Peuvent-ils préférer l'épée à la parole Comment bannir l'espoir d'un flamboyant printemps Refusant à la paix l'éclat d'un premier rôle revenir au début
On me parle souvent de mon indépendance, Pour ceux qui voudraient voir leur soleil se lever, Ne sachant où voler, mon chemin fait rêver Leurs propos maladroits vont évoquer ma chance Quand j'entends ce discours presque interrogatif Je ne peux contester que ma route est plaisante, Mais si sa perspective est certes séduisante Elle est pourtant le fruit d'un esprit combatif Car la chance ressemble à cette bonne terre Qu'aucun bras vigoureux n'a voulu travailler, Ce fertile terrain qu'on laisse sommeiller Sera dans quelques temps qu'un amas de poussière Si vous sentez en vous le brasier du désir Si vous lui consacrez le plus creux de votre âme, Si vous entretenez la plus petite flamme Vous connaîtrez c'est sûr, cet intense plaisir revenir au début
Notre pays sortait d'une épuisante guerre Le peuple abasourdi demeurait à genoux Dans les rues on marchait entre boue et cailloux Partout apparaissait une atroce misère Si le temps a passé, transformant les décors Remplaçant maintes fois tous les hommes de tête, Beaucoup de citoyens restent dans l'oubliette La pauvreté connaît aujourd'hui des records Le quotidien français est toujours aussi triste, On survit sous le joug de la précarité On s'emploie à cacher cette réalité Que dénoncent un prêtre et un drôle d'artiste Leurs mots vont exprimer la faim, le désespoir Leur simple appel devient vibrant cri de colère Allant s'évanouir aux murs d'un ministère Qui, maladroitement, prétend ne pas savoir Parfois on fait des lois pour masquer le problème, Espérant en secret un élan généreux Qui viendra soulager un présent désastreux Et prendre le fardeau d'un décideur suprême. revenir au début
On avance à travers le temps Qui va, piétinant joie ou peine Il chasse l'hiver, le printemps Comme l'habitude sereine On croise un jour d'autres chemins On vit une même espérance On croit aux nouveaux lendemains Mais l'espoir fait sa révérence Face au lourd découragement Face au trop plein de lassitude Faut-il s'endormir doucement Ou redoubler de certitude Quand un feu meurt dans le tison Un nouveau renaît dans la cendre Quand l'ami part vers l'horizon Un autre semble vous attendre revenir au début
On dit Démocratie en pensant Liberté, Pourtant ce mot sacré casse nos certitudes, Il exige un respect de la diversité, Nous apprend aussi l'autre avec ses habitudes Clamant la république on voudrait insérer Trop d'uniformité dans le milieu scolaire, Coiffes ou pendentifs dignement arborés, Sont ce jour pourchassés, pareil au temps primaire Drôle de nation aux multiples couleurs Mais rêvant d'un seul ton sur sa vaste palette, Surprenant avocat qui défend des valeurs En manquant de respect aux gens de la planète Disons que chaque être humain a son identité Que la différence est toujours enrichissante Que l'aspect ne doit pas tuer l'égalité Que chaque âme s'honore en restant tolérante revenir au début
C'est un homme attaché profondément à sa terre Soucieux de garantir d'authentiques produits Ce fougueux paysan conserve au fond de lui Un amer sentiment de dégoût, de colère Défendant simplement la pure vérité, Avec sa diction quelquefois trop bruyante Il a soudain glissé dans l'action violente Pour mettre en plein soleil l'âpre réalité Certes il n'avait pas à couper des cultures Sans doute gagne-pain d'autres agriculteurs On peut désapprouver tous ces perturbateurs Ou rejeter en bloc, ces folles procédures Mais ce syndicaliste est-il un dur brigand Pour se faire arrêter comme un terroriste, L'état rentrant chez lui, sans enfiler de gant Comme pour ajouter un gibier à sa liste ? revenir au début
Nul ne sait son prénom, son bonheur, sa souffrance II est depuis longtemps qu'un pas sur le chemin Ses jours sont recouverts de tant d'indifférence Qu'il n'ose même plus tendre son humble main Ce voisin inconnu vit dans une autre époque Ne comprend plus très bien ce monde et ses enjeux C'est le pauvre pantin dont le gosse se moque Quand s'éclaire son oeil sur quelques nouveaux jeux Son cœur se souvient plus des divers jours de fête Le triste quotidien revient même à Noël Comme un oiseau de nuit blotti dans sa cachette Il sort le plus souvent selon un rituel Puis par un beau matin suivant son habitude Sans perturber le cours de l'univers bruyant Il finit son parcours d'intense solitude Avec pour seul parent, qu'un soleil bienveillant Alors on entend plus sur les pavés sa canne ; Le vent ne reprend plus ses jurons de charretier Quand il tombait à terre aussi chargé qu'un âne, C'était un petit vieux, mémoire du quartier revenir au début
C'est une île flânant sous un joyeux soleil On pourrait y trouver un air de plénitude Ou savourer la paix promise à son réveil Mais qui croule aujourd'hui sous tant d'incertitude Si beaucoup ont le goût de la tranquillité Laissant loin dans leur dos toute source de peines D'autres habitants fiers de leur identité Ont l'insensé désir de s'emparer des rênes Pour mener jusqu'au bout leur étonnant projet Ils semblent près à tout, ignorant cris ou drames Même si leur propos font l'objet d'un rejet Le combat se poursuit dans le bruit sourd des armes Ils offrent à leur terre un destin désastreux Enterrant sa beauté sous l'épaisse poussière Leur chemin se veut sûr, mais demeure pierreux Ils donnent que la nuit en parlant de lumière Cette belle région doit-elle encore subir Les éclats meurtriers de tant d'intolérance Ou verra-t-elle un jour, le bonheur refleurir Sur l'ombragé chemin d'une douce espérance revenir au début
Ce jour là, l'horizon s'assombrissait encore Pour nos cœurs, l'avenir n'avait plus de promesse Le doute s'amplifiant; apparaissait si fort Qu'un bon nombre sombrait au fond de la détresse. De tricolores podiums sont alors apparus L'orateur dénonçait l'épuisante dérive Jurant de rétablir des projets disparus Nous proposant l'éclat d'une nouvelle rive. Mais le temps a passé ; rien n'a vraiment changé, On range dans un coin les idées avancées Prétextant les erreurs du rival délogé Ou la protection d'usines menacées. Dans la rue, on entend une inquiète rumeur Rouler sur le sur le sol comme une vive cascade Le salarié revient exprimer sa stupeur Sous les plus grands balcons, sur la moindre esplanade. N'allez pas négliger ces percutants appels La confiance n'est pas au sommet des tribunes Les mots n'atteignant pas les quotidiens cruels Resteront sans échos dans le bas fond des urnes. revenir au début |
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