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POEMES
Paul MOMBELLI
Les trois premiers poèmes sont écrits en hommage aux femmes rousses.
Aux reflets mordorés de ta longue chevelure Répond l'éclat indiscret de ta toison pubienne. Debout, dans le contre-jour de la porte entrouverte, Tu t'offres à mes regards, sûre du charme trouble Que distille en moi ta blanche silhouette de rousse. Allongé sur le lit, aux draps froissés et moites, Je suis encore imprégné des parfums épicés Que tu as généreusement dispensés dans l'étreinte Qui nous fit s'affronter dans une lutte complice, Mêlant nos sueurs et nos liqueurs intimes. Mes doigts sont odorants d'avoir trempés Dans ta conque marine, aux doux reflets nacrés, Où sont nés les effluves, aux flagrances violentes, Qui m'environnent encore et me donne le vertige Par l'esprit, dans de mystérieuses vallées humides. Quand j'ai peur que le charme trop vite ne se dissipe, Je porte à mon nez ces messagers fidèles, Qui ravivent mes souvenirs et m'enivrent de toi. Si tout est pâle en toi, la peau et les muqueuses, Tes senteurs musquées, par contre, me fouettent les sens. revenir au début
Ce sont des Étrangères, qui vivent parmi nous. Tentant parfois de se dissimuler à nos yeux, Elles finissent toujours par être remarquées. Enfants, elle souffre souvent de leur différence, Car, encore incomplètement affirmées, Elles ne comprennent pas la nature De ce qui les distingue des autres enfants. Pourquoi cette chevelure de flammes indiscrète ? Pourquoi cette peau pâle et fragile au soleil ? Pourquoi ces éphélides qui font taches sur elles ? C'est avec la puberté qu'elles acquièrent leur véritable nature, Prêtresses de l'amour, servantes d'Aphrodite, Elles comprennent alors qu'un sort exceptionnel Leur est réservé : le feu de leur chevelure Se retrouve dans leur caractère et dans leur sensualité. Elles qui se croyaient venues d'ailleurs, Elles découvrent qu'elles sont FEMMES, parmi les femmes. Certaines commettent l'erreur d'offrir leurs trésors À des hommes vulgaires, qui n'en apprécient pas la valeur. Puis, elles comprennent enfin qu'elles ne doivent se livrer Qu'à leurs adorateurs, leurs fidèles, ceux qui savent Que leurs perles ne sont pas faites pour les pourceaux. Déesses faites femmes, il y a quelque chose de divin en elles, Qui transforme en diamants, tous leurs défauts de femmes. Autour d'elles flotte comme un parfum de mystère Qui flatte les papilles des initiés et repousse le béotien. Jamais elles ne seront des femmes serviles, Celles sur lesquelles les hommes se reposent. Toujours, leurs amants devront placer la barre plus haute Et se dépasser pour les mériter, elles, les sorcières du temps jadis, Qui avaient cru longtemps que seul un être surnaturel, Comme le diable, pouvait partager leurs ébats ! Hommes respectez-les, mais ne vous en effrayez pas, Plus que toutes autres femmes, elles connaissent les douceurs Qui vous feront sombrer dans l'antre des délices. Comme Antinea, elles vous conduiront sur des îles de rêves, Sans quitter le désert, qui partout vous entoure. revenir au début
Telle le signe poussin, perdu dans une portée de canetons, La fillette rousse doit subir les avanies de son entourage. Des autres, elle est si différente, que, par ces avortons, Tout ce qui la distingue est présenté à son désavantage. Puis les années passent et la fillette devient jeune fille Ce curieux ramage, qui soulevait les propos insultants, Devient une splendide chevelure aux couleurs de charmille Portant les feux de l'automne, sur elle qui est printemps ! Sa peau, dont les marmots raillaient la fragile pâleur, Quand elle apprend à maîtriser les ardeurs solaires, Devient progressivement d'une magnifique blancheur Qui, vivante hermine, valorise ses atours somptuaires. Ces charmantes éphélides, que l'on baptisait taches, Ses amants les prendront pour poussières d'étoiles Et aimeront passionnément les compter sans relâche, Car les hommes seront fous des charmes qu'elle dévoile. Ses intimes fragrances, que l'on jugeait jadis malodorantes, Envoûteront les hommes comme de magiques effluences Annonçant, aux connaisseurs, une merveilleuse amante. Sous son balcon, de joueurs de guitare, il y aura affluence ! Ainsi le caneton, différent de sa couvée, est devenu un beau signe Et ses anciens détracteurs, en dandinant lourdement du croupion, Se presseront autour d'elle pour avoir l'honneur insigne D'être remarqués et, peut-être, de devenir ses amis ou ses compagnons. revenir au début
J'aimerais, mon oreille posée sur ta poitrine, Écouter résonner le gwo ka de ton cœur. Il me raconterait ce long et dur périple, Qui, de ta lointaine Afrique, t'a conduite jusqu'à moi. J'aimerais lire, sur la carte colorée de ton corps, Le long cheminement de la caravane sans âme Qui conduisit, l'ancêtre qui te ressemble, Vers la lointaine Gorée, origine de tous ses maux. J'aimerais goûter de ta sueur l'amertume Que la mer a laissée, à jamais, sur ta peau. Ou peut-être sont-ce les larmes de ton peuple égaré, Qui donnent à ton derme son goût salé ? J'aimerais, caressant tes épaules, deviner Tous les mauvais traitements qu'ont subis Ceux qui permirent que tu sois près de moi, Libérée, enfin, de ces siècles de servitude. J'aimerais, qu'exigeante Maîtresse, tu veuilles Faire de moi l'esclave consacré à ton désir, Chargé de te prodiguer, avec une infinie tendresse, Toute la gamme des baisers et des plaisirs. J'aimerais sentir frémir, petit lézard des îles, Ton corps chaud, palpitant dans mes bras. Sentir vibrer de désir, toutes tes fibres, Toi qui aux ciseaux immondes de la matrone échappa. revenir au début
-- Le petit chat quantique est mort ! -- Mais non, mon gros bêta, Les petits chats quantiques sont morts Et sont vivants, tout à la fois. -- Mon Dieu ! Mais comment savoir Si je dois lui donner sa pâtée ? -- Donne-lui sa pâtée et observe : Si la pâtée est mangée, il est vivant ; Si la pâtée n'est pas mangée, il est mort. -- Donc, tant que je ne lui aurais pas donné de pâtée, Je pourrai le considérer comme étant vivant ? -- Oui, mais, au bout d'un mois de ce traitement, Il sera tout à fait mort ! revenir au début
Le vent léger sèche les larmes de ma belle Et les porte aux cieux pour en faire de doux nuages. Dans ces vapeurs, qui, sans fin, vers le ciel s'élèvent Pour retomber en pluie, dans la boue des jours noirs, Combien y a-t-il de larmes que le vent a emportées ainsi ? Combien de pleurs silencieux composent les orages ? Larmes d'amour, de sang, de douleur et de joie, Larmes douces au cœur, larmes du repentir. Combien de sueurs, aussi, ont créé les nuages ? Sueur du dur labeur ou sueur de l'amour, Sueur de l'esclave enchaîné ou du maître qui joui ! Pourtant cette eau, qui tombe des cieux, est sans goût ! Est-ce Dieu qui a recueilli ces présents des hommes ? Est-ce vers lui que s'élèvent ces vapeurs, lourdes de sacrifices ? revenir au début
Les hommes ont longtemps pensé Que la Terre était au centre de l'Univers, Mais de doctes savants sont venus Bouleverser ce bel ordonnancement : Le Soleil, astre de feux, était le centre des mondes. Heureusement, l'Homme conservait, Dans la nature, le rôle principal. Maître de toutes choses, il régnait Sur le vivant et sur le minéral, Même les femmes lui étaient soumises. Hélas, des barbus à lunettes lui ont dit Qu'il n'était qu'un animal parmi les autres, Avant de ne devenir que poussière parmi les pierres. Quand la Femme parvint enfin à se hisser à son niveau, Elle constata que celui-ci était devenu le dernier de la création. Hués, vilipendés, accusés de tous les maux, Les hommes n'étaient rien de plus que des vaches folles ! Et encore, ces bovidés étaient égaux devant l'équarrissoir, Alors que certains d'entre eux devaient demander pardon À tous ceux que leurs ancêtres avaient maltraités. Les Juifs, que leurs pogroms tuèrent, Les hommes de couleur, qu'ils colonisèrent, Et transformèrent même en esclaves, Les Arabes, qu'ils arrêtèrent à Poitiers Et qu'ils installèrent dans des taudis, à Barbès. Comment allaient-ils pouvoir expier tous ces péchés ? Un ange exterminateur, au nom prémonitoire De machine à laver, déclencha une lessive sanglante, Dont ils devaient sortir purifiés, Propres comme des défunts dans leurs linceuls. Alors, un homme éclata d'un grand rire sonore, Donna une claque sur les fesses de sa femme, Et ouvrit une bouteille de champagne Pour fêter dignement cette nouvelle année, Au millésime incertain, mais qu'il voulait pleine d'espérance. Peu importe ce lourd passé et cet avenir hypothétique, Sous le soleil des Antilles, au bord d'une mer d'un bleu intense, Dans la tiède caresse de l'Alizé fidèle, Il se sentait renaître à une vie nouvelle, Faite d'amour et d'amitié, de bons repas et de bons livres. Le tout à petites doses, car il n'avait plus vingt ans ! revenir au début
Quant à l'aube d'une journée maussade, Je réalise soudain que le cours de ma vie Approche rapidement de son estuaire, Sans que j'aie eu conscience qu'il coulait, J'aime à me souvenir de ma tendre enfance, Dont les eaux torrentueuses Me semblaient alors presque immobiles. Dans cette vie ordonnée comme un fleuve Qui, paradoxalement, coule d'autant plus vite Que ses flots s'apaisent, Une image seule fixe un repaire intangible, Celle de ma mère bien aimée. Cependant, elle aussi a bien changé au fil du temps ! De la jeune femme robuste, Qui m'allaita pendant les longues années de désespoir, A l'ancêtre fragile, Qui hésite à poser un pas devant l'autre, Que d'évolutions ! Pourtant, heureux miracle de l'amour, Cette image maternelle est plus inaltérable Que les statuts de marbre de Carrare ! Quand le mot " Maman " me vient à l'esprit, Chaque jour que Dieu fait, Ce n'est pas une image de femme Subissant les vicissitudes de l'existence, Qui m'éclaire le cœur, Mais la clarté éblouissante de son amour sublimé. " Maman " c'est une chaleur consolatrice, Quand j'ai froid à l'âme ; " Maman " c'est une lueur d'espoir, Quand le courage me quitte ; " Maman " c'est une tendre caresse, Dans ce monde déboussolé. Si, aujourd'hui, une fois de plus, J'en suis réduit à écrire les mots Que j'aimerais tant chanter à son oreille, Je me console en me disant Que son image en moi est si profondément gravée, Qu'elle sera certainement la dernière, Qu'apportera la mer de l'embouchure, A mon esprit rasséréné. revenir au début
Tu es entrée dans ma vie par la petite porte, Longtemps je me suis demandé pourquoi Une forte attirance semblait se manifester Entre deux personnes aussi dissemblables. Quand j'ai commencé à mieux te connaître, Je me suis rendu compte que nous étions Plus proche qu'il n'y paraissait de prime abord, Des cordes, de l'un et de l'autre, vibraient à l'unisson. Plus tu te révélais et plus je te reconnaissais Comme celle que j'attendais, depuis tant et tant d'années. Années de solitude ou de couples mal assortis, Années de solitude à deux, la pire des solitudes ! C'était bien toi, celle que j'allais pouvoir enfin aimer, Dont j'allais pouvoir être enfin aimé à mon tour. Ne venais-tu pas trop tard, alors que mes jeux sont faits, Reine de cœur sur laquelle je n'osais plus compter ? Tu as décidé qu'il n'en était rien et c'est toi la reine ! Tu as voulu aimer le roi de cœur, dédaignant le valet, Cela va à contresens de l'histoire habituelle Qui privilégie toujours le jeune au profit de l'ancien. Sans doute qu'un jour prochain tu vas renverser les rôles En revenant à de plus normales dispositions, Mais je m'en moque, pour l'instant, c'est moi le roi d'atout Et j'espère bien en profiter pour gagner l'ultime mène de ma partie. revenir au début
Et tu me dis des mots que je ne croyais plus entendre, Des mots que je croyais réservés aux amants de quinze ans. Mais si je n'avais plus, hélas, l'âge du beau Roméo, Tu n'avais pas, non plus, celui de la chaste Juliette. Aux paroles d'adoration, qu'inspirait ton amour, Tu joignis de torrides incantations de femme, De femme au sang généreux et à la sensualité forte, Prêtresse d'Alexandrie, qui joint l'orgasme à la prière. Comme Alice, je me sentis basculer et tomber dans le vide, Ma raison, vainement, tentait de saisir au passage une branche, Me rappelant sans cesse, qu'à mon âge, cela ne pouvait être, Brève passion, qu'un délire sans autre devenir que la souffrance. Mais il était si doux de croire au miracle de l'amour, Si doux d'aimer et de recevoir ton amour en écho. Si doux de te couvrir de caresses et d'avoir, en retour, Tes baisers passionnés et tes étreintes fougueuses. Je cédais à ma folie avec délice et, jamais, jamais, ne le regretterai ! revenir au début
Pourquoi es-tu partie, ma sœur, Me laissant désemparé et vide ? À peine étais-tu entrée dans ma vie Que te voilà aussitôt disparue. J'en arrive à me demander si Ton existence fut bien réelle Ou si tu ne fus qu'un beau rêve ; Un espoir très ancien, vite déçu ; Une bulle de savon, aujourd'hui éclatée. Il y a si longtemps que je t'attendais, Si longtemps que je guettais un signe Qui me permette de reconnaître Celle qui devait m'aimer et qu'aimer je devais. Ton amour s'est abattu sur moi comme une tornade, Comme une tornade, il a fui loin de moi. Abasourdi, je contemple les dégâts laissés Par son passage, rien n'est plus comme avant. Tout n'est que désordre et confusion dans mon esprit, Pourtant j'avais tout rangé, étiqueté, classé… Un vrai travail de comptable méticuleux, maniaque, Que tu as réduit à néant en quelques instants. Au lieu d'être effondré pour toute cette pagaille, C'est la cause du désordre qui aujourd'hui me manque. Je m'aperçois que j'aurai beaucoup de mal À retourner au calme et à l'ordre, dont je vivais hier, Et qui, actuellement, curieusement m'angoisse. Toute la journée, je guette ton éventuel retour, Alors que je sais bien, que celui qui, loin de moi T'emmena, ne lâchera point de si tôt sa proie. Dois-je regretter ton fulgurant passage, Ou me réjouir d'avoir connu l'amour total, Même si ce ne fut qu'un instant trop bref ? Je crois, qu'à tout prendre, il vaut mieux Vivre intensément quelques jours heureux, Que de vivre mort pendant de longues années ! revenir au début
Mon ciel fut traversé par une météorite, Boule de feu venue d'un ailleurs incertain, Mystérieux magma de matières célestes. J'ai voulu croire que c'était un amour divin, Envoyé par quelque bienveillant dieu lare Pour illuminer, de ma vie, le terne crépuscule. Je me suis enflammé au contact de sa flamme, Moi dont le cœur, sec comme de l'amadou, Espérait vainement une étincelle salvatrice. Notre passion fut vive, d'un éclat fulgurant, Comme jamais ne furent amours terrestres Aussi loin que porte la mémoire des hommes, Mais elle ne dura pas plus qu'éclair de magnésium. Quand le bel aérolithe eut consommé son énergie, Il me dit : " Il faut que je reprenne ma route ". " Que je recharge mes forces dans une longue course, Pour atteindre, dans une autre nébuleuse, un homme Qui espère sans doute depuis longtemps après moi. " Moi qui avait le cœur désespérément vide, Le voici, à présent, bien rempli d'un cruel mal d'amour, Dont atrocement je souffre, mais qui est préférable au néant. revenir au début
L'intense bleu du ciel est parsemé de strato-cumulus blancs, Qui semblent se dépêcher vers un rendez-vous lointain, Vers cet Ouest qui toujours attira les hommes et les nuages. La chaleur du soleil est contrebalancée par la brise fraîche, Qui souffle sans discontinuer, venant des îles du Nord. L'océan, aux tons gris bleutés, participe aussi à la fuite commune, Délaissant les brisants de corail, qu'il n'ourle plus d'écume, Pour allonger sa vague vers cet avenir superbe et incertain. Les îles, par un curieux mirage, paraissent naviguer, également, Vers cet objectif commun, que l'alizé leur assigne. Marie-Galante se souvient qu'elle fut une caravelle, Rebaptisée Santa-Maria, pour que l'amiral des West Indies, Puisse assister, le front haut, à la messe du dimanche. C'est sans doute pour cela, que frappée de malédiction, Le prestigieux vaisseau s'abîma dans les flots amers, Le 25 décembre 1492, un jour de Noël ! Marie-Galante, petite catin espagnole, tu ne seras pas admise Dans le prestigieux trio, qui devait ouvrir le Nouveau Monde A une nouvelle existence et? paradoxe ultime, se sont tes sœurs, Comme toi fardée à outrance, la Pinta et la Nina, qui sauvèrent L'orgueilleux conquérant, qui voulait planter la croix de Dieu Dans le ventre des Indiens caraïbes, ces purs sauvages. Moi, je rêve devant mon clavier, en pensant à ma Belle, Mes pensées essaient de s'envoler vers elle, mais se heurtent Aux éléments ligués pour tout emporter vers cette Amérique latine, Qui est, pour moi, vide de sens et d'intérêt, puisque privée d'Elle. Ma douce colombe rousse est beaucoup plus au Nord, Dans un pays de neige et de froidure, où il fait bon Se blottir nus, l'un contre l'autre, sous une épaisse couette, Où les chaleurs animales se mêlent pour n'en faire plus qu'une, Alors que, timidement, les mains partent à l'aventure. J'imagine la mienne, qui cherche à tâtons, vers les profondeurs du lit. Après un parcours sinueux, où les creux succèdent aux bosses, La voilà soudain parvenue sur un rivage humide, où s'ouvre Une mystérieuse grotte, aux parois ruisselantes de liqueurs marines. Là, dans cette position centrale, bien abritée et divinement parfumée, Sous une toison rousse, douce comme de la mousse au toucher, Se tient l'Origine du Monde, chère à Courbet et à moi encore davantage. Dans les replis nacrés de cette moule divine, se dissimule une perle, Délicate et sensible, devant laquelle je me prosterne avec ferveur, Car si la Rousse que voici est ma maîtresse absolue, cette perle La gouverne en maître. Je suis donc doublement inféodé à ce bouton De chair rose, qui devra être, toujours, l'objet de toutes mes attentions ! Divin Clitoris, véritable dieu de l'amour, veux-tu bien parler de moi A celle pour laquelle je vis désormais, celle qui est, à jamais, au centre De mon existence solitaire ? Dis-lui qu'elle pense à moi, ne serait-ce Qu'un instant, quand tu te gonfle du plaisir qui l'inonde. Cette brève communion secrète, m'ouvrira, sans aucun doute L'accès au Paradis des amants, ce lieu où nous nous rejoignons Parfois, en dehors du monde cruel qui nous sépare. revenir au début
Hier, au cœur de la nuit, tu m'as demandé : " Pourquoi m'aimes-tu ? " J'aurais pu me contenter de répondre : " Parce que tu m'aimes ! " N'est-ce pas une raison suffisante ? Être aimé de toi n'est-elle pas La plus belle chose au monde, qui, à elle seule, vaudrait un empire ? Mais je sens que tu ne peux pas te contenter d'une telle réponse, Même si elle est aussi forte que celle-là... Je t'aime parce que tu es toi et parce que je suis moi, Juliette et Roméo n'avaient pas d'autres raisons que celles-là ? Quoi, encore une moue sur ton joli visage ? Oui, je sais, Juliette était une pucelle de quinze ans, mue par un amour platonique, Toi, tu es une femme fleur épanouie, au ventre rayonnant De sensualité pour l'homme que tu aimes... Je t'ai aimé, dès les premiers instants, non pour ce que je connaissais De ta personne, mais pour tout le potentiel que je pressentais en toi. Qu'est-ce que le coup de foudre, si ce n'est la prescience d'un trésor, Caché sous l'apparence d'une femme ? Je t'ai aimée pour ta tendresse? Pour le cri que tu allais lancer pour m'appeler à tes côtés, Quand la froide neige glacerait ton cœur et ton corps... Je t'ai aimée pour la raison que tu manifesta lorsque je t'exposais Mes problèmes et te faisais partager mes soucis et mes peines. J'aime en toi la femme romantique, l'artiste à la sensibilité exacerbée, Celle qui, avec patience et pédagogie enseigne aux enfants. J'aime celle que j'ai rencontrée, il y a un peu plus d'un mois Et qui fait partie de moi depuis l'aube des temps... revenir au début
Avant le lever du soleil, Le ciel se pare de nuages roses, Bon présage pour les amoureux ! Mon âme lavée par le sommeil Fait de moi un petit enfant Ouvert à la vie et à la perception Du monde et je découvre, Avec ravissement et un peu d'effroi, Qu'un grand amour occupe ma vie ! Comment est-il entré en moi ? Pourquoi s'est-il installé en maître Dans mon existence pourtant déjà bien remplie ? Voilà que, cent fois pas jour, je lance ma messagerie Aux heures les plus invraisemblables, Alors qu'il est strictement impossible Qu'un message de ma belle y soit déposé ! Elle dit qu'elle est mon amante, pas ma maîtresse, C'est pourtant bien en maître absolu qu'elle règne sur moi ! Pourtant, aucun désir de révolte ne n'habite Je lui ais offert, sans combattre, mes meilleurs Territoires et la regarde, ravi, piétiner mon cœur. Oh, toi qui monopolise mes pensées, Sais-tu combien tu fais déjà partie de moi-même ? Combien, déjà, une grande partie de moi Ne m'appartient plus et n'appartient à personne D'autre qu'à toi ? Tu crois être libre de faire ce que tu veux, Erreur, ma belle ! Une partie de toi-même Ne t'appartient plus, non plus, elle est remplacée Par une encombrante partie de moi-même. Nous sommes devenus deux moitiés d'un même tout ! revenir au début
Il n'est pas trois heures, tout est calme autour de moi Les grenouilles et les criquets ont interrompu leurs chants Que certains qualifient de vacarme. Ils vont recommencer Bientôt, quand la lumière du jour va poindre à l'horizon. Pourquoi me suis-je levé ? Je l'ignore, un devoir impérieux M'a poussé hors du lit : " Il faut que je lui écrive un mot ! " Dans le noir le plus complet, le monde semble attendre une arrivée. A présent je sais ce qu'est l'absence, je sais ce qu'est un monde Privé de son soleil, comme est ma vie privée de toi, mon amour. Toute la vie, autour de moi somnole, pleine de l'assurance qu'il va venir Le maître de toute existence, il va venir et après avoir déjoué La barrière de nuages, qui chaque jour tentent d'interrompre son Ascension, va bientôt percer, de ses rayons ardents, ces nuées futiles. Mais moi, je sais que mon soleil ne sera pas au rendez-vous, Celle qui éclaire mes jours, ensoleille mes nuits, ne poindra pas A l'horizon, sur Petite-Terre. Elle restera perdue dans les mornes Solitudes glacées du Grand-Nord, bien au-delà de ma portée. Pourquoi faut-il que le monde soit ainsi fait, que chacun ne puisse Disposer de sa chacune ? Pourquoi doit-on vivre dans le noir, Quand un soleil existe et éclaire d'autres cieux ? Certes, j'ai découvert Le mien un peu tard, mais ce n'est pas faute d'avoir cherché. Longtemps, j'ai erré sur des routes peu sûres, mal éclairées Par des astres imparfaits ? Longtemps j'ai cherché celui qui chaufferait Mes os et me donnerait une nouvelle jeunesse, une nouvelle foi En l'amour, celui qui me rendrait mon cœur de quinze ans, Pour pouvoir, enfin, offrir à ma Juliette, le cœur d'un Roméo, Aussi ardent et neuf que celui de l'amant de Vérone ressuscité ! Les Capulets ne sont plus, pris par les contraintes de leur commerce, Les Montaigus aussi vaquent à leurs affaires sans nous prêter attention. Un seul cerbère garde encore sa porte, un ogre qui veut Dévorer son corps avec ses confrères. Un seul garde ? Qui l'empêche de fuir ? Las, mon ami, les choses sont devenues plus complexes, Aujourd'hui, son gardien a su lui plaire et son cœur naïf palpite pour lui. Le complexe de Stockholm ? Peut-être, mais ce qui est certain, c'est que Le blanc paladin ne peut plus se contenter de foncer avec sa lance Pour délivrer la belle princesse ! Tout juste a-t-il le droit d'ajuster Sa guitare et d'attendre les premiers rayons de l'astre du jour, Pour pousser sa chanson chargée d'espérance et d'aller se recoucher, Ensuite, pour tenter de rêver d'elle, condamné au monde onirique et virtuel... revenir au début
Vides, mes journées sont bien vides, sans elle, Mon espace était plein de sa présence virtuelle. Bien que loin de moi, elle occupait tout mon temps, Grâce à cette messagerie consultée fréquemment. Désormais, Internet n'a plus aucun intérêt pour moi, Plus aucun message ne met mon cœur en émoi. Pourtant je sais que, quelque part, elle est vivante, Mais elle n'est plus pour moi qu'une absente, Une femme anonyme, comme il en est des milliards, Silhouettes imprécises, visages perdus dans le brouillard. Seul, je serai toujours seul dorénavant, même si Des êtres m'entourent, me parlent, sans que je m'en soucie. Je fais mienne cette vieille citation éculée : Un seul être me manque et tout est dépeuplé ! revenir au début
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