caloucaera poésies 08 janvier 2006







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Les roses à l'âme
C'est peu, mais c'est lui
Hymne à la mer
L'oiseau qui voulait tout savoir
J'ai vu...
Innocence volée
Baiser de Noël
L'eau de mes yeux


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LES ROSES A L'AME



Martine BERTON




La poésie de Martine est, tour à tour, chanson, au sens le plus noble du terme ; tour à tour, conte ou nouvelle versifié. Sa poésie est dans ses mots, dans la tournure de ses phrases, autant que dans sa forme, mais, avant tout, Martine à envie de raconter une histoire et chaque petit texte expose un sujet et le conduit jusqu'à sa chute finale.
Si l'on veut positionner son art, par rapport aux grands mouvements poétiques, on peut dire que son Romantisme exalte la sensibilité, l'imagination, et se caractérise par l'expression lyrique, intense, des sentiments intimes : l'émerveillement devant la nature, la mélancolie, l'amour, la solitude, la révolte contre l'injustice, l'angoisse du temps qui passe et de la mort. Mais il n'est pas dépourvu d'une part de Symbolisme, qui exprime l'aspiration de l'homme à un monde supérieur.


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Les roses à l'âme


La solitude ça s'apprend. C'est un livre sans début ni fin. La solitude ça s'entend. C'est un concerto à une seule main. Dans l'aube froide du Levant Sous le regard de l'oiseau qui plane, J'ai jeté dans le vent Toutes les roses que j'ai à l'âme. J'ai des roses à l'âme, Des roses qui font mal j'en ai plein. Aux pétales couleur de flamme, Que je sème tout au long du chemin. La solitude, ça colle aux gens Comme un long fourreau, Une paire de gants, Épines moulées sur la peau. Dans la nuit froide du couchant, Pour conjurer tous les drames, J'ai jeté dans le vent Toutes les roses que j'ai à l'âme. J'ai des roses à l'âme Que je trimballe comme une souffrance Roses aux pétales couleur de flamme, Vestiges vivants de mon enfance. La solitude pour les amants, C'est un abri clandestin, Un quai où jamais personne ne descend Une gare sans aucun train. Dans l'aube tiède de ce jour gris Avant que mon cœur ne se fane, J'ai jeté sans compromis Toutes les roses que j'ai à l'âme. Car des roses à l'âme J'en avais plein qui faisaient mal Des roses couleur de flamme, Pour ne plus souffrir je me ferai vestale.

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C'est peu, mais c'est lui


Elle regarde un portrait sur la cheminée En écoutant sur le phono un vieux disque usé. C'est tout ce qu'il reste de lui Une photo, une chanson, c'est peu, mais c'est lui. Elle regarde ce lit où ils se sont tant aimés, En repassant dans sa tête ce refrain démodé. C'est tout ce qu'il reste de lui : Un lit, un refrain, c'est peu, mais c'est lui. Elle regarde ces fleurs qu'il lui a laissées En entendant le vent lui dire qu'elles sont fanées. C'est tout ce qu'il reste de lui : Des fleurs et du vent, c'est peu, mais c'est lui. Elle contemple cet enfant jouant dans le jardin En se souvenant des mots qu'il lui disait si bien. C'est tout ce qu'il reste de lui : Un enfant et des mots, c'est beaucoup et ça lui suffit Pour faire de sa vie un Paradis.

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Hymne à la mer


Un jour j'arrêterai le temps, Simplement en te contemplant. Un jour je deviendrai goéland, Rien qu'en te respirant. Tu as conquis mon cœur à jamais En ouvrant mes yeux sur la liberté, Pour toi j'ai banni mes préjugés Sur moi je t'ai laissée déferler. Tu es la vie et la lumière, Pourtant tu donnes la mort dans tes colères. Aucun homme n'a pu te dompter, Aucune force ne pourra t'enchaîner. Ta puissance me fascine, Ta douceur m'illumine. Mais parfois ta violence assassine Te transforme en meurtrière ondine ! Ton chant étrange m'enivre Ange d'écume ou démon de corail Le jour où je ne voudrais plus vivre, Voudras-tu m'accueillir dans ton sérail ? Je te respecte et te vénère, Car tu es majestueuse, fière et solitaire. Ta splendeur a su résister au néant du temps Azur et émeraude font de toi un diamant. Mais je ne suis point encore prête à quitter cette Terre, Même si je sais bien que moi je ne suis qu'éphémère. Quand le moment sera venu, je suivrai ta lumière Et pieds nus, le cœur léger, je viendrai vers toi " MA MERE "

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L'oiseau qui voulait tout savoir


L'oiseau n'était pas heureux Parce qu'il ne savait pas. Il ne savait pas et voulait tout savoir. D'où venait le bleu des cieux, Comment devenait-on roi ? Il ne savait pas et aurait voulu savoir. Pourquoi y avait-il des malheureux, Comment faisait-on la joie ? Il ne savait pas et aurait voulu savoir. Un jour il croisa un monsieur très vieux. Et le vieux monsieur lui raconta Ce qu'il ne savait pas et voulait savoir. Il lui raconta que la guerre, C'était les hommes qui voulaient ce qu'ils n'avaient pas. Il lui expliqua que le malheur, Venait des hommes qui entendaient mais n'écoutaient pas. Il lui confia que la joie, C'était les hommes qui étaient heureux sans ce qu'ils n'avaient pas. Puis il lui parla de la poésie, Dont se contentaient justement ces hommes-là, Même s'ils n'étaient que des incompris, dont on sourit. Il lui expliqua le sens du mot amitié Qui était un mot trop souvent bafoué et piétiné ! Et enfin il lui expliqua l'Amour Que les hommes avaient oublié de faire rimer avec toujours. Et le vieil homme s'éloigna. L'oiseau, lui, ne bougea pas. Maintenant, l'oiseau ne savait pas Il ne savait pas s'il devait être heureux Car il savait ce qu'il voulait savoir Mais parfois ne vaut-il pas mieux rester ignare. Plutôt que de savoir ?

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J'ai vu...


J'ai vu le soleil déprimer, Et la lune rire de joie. J'ai vu les étoiles danser, Sur leur écrin de soie. J'ai vu le ciel se fâcher, Et les nuages s'enfuir. J'ai vu le vent souffler Sur les voiles des navires. J'ai vu des oiseaux chanter Et des fleurs se flétrir. J'ai vu la mer se marier À des sirènes au doux sourire. J'ai vu des tempêtes hurler Et déchiqueter des rochers. J'ai vu des orages Et des bateaux faire naufrage. J'ai vu naître des enfants Et mourir des vieillards J'ai vu pleurer des géants Et s'assombrir bien des regards. Je suis si lasse parfois D'avoir vu autant de choses Que même si je n'en ai pas le droit J'aimerais faire une pause ! Et m'endormir sans bruit. Mais mon temps est précieux ! Alors pour moi aucun répit, Je suis le souffle de Dieu, Vous l'avez compris ? JE SUIS LA VIE !

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L'INNOCENCE VOLEE


La fillette avait natté ses cheveux d'ange
Aucun sourire ne fleurissait sa bouche.
Dans le grenier s'éleva une musique étrange
Comme le bourdonnement d'une mouche.

Le vent au dehors frôlait le grand mimosa
On entendait pleurer doucement un violon
L'enfant au casque d'or tendit ses bras
Offrande d'amour comme un frêle papillon.

La vieille malle en osier bailla de surprise
Quand des mains de l'enfant barbouillée de rimmel
Debout dans la pénombre incertaine et grise
S'envola un nuage d'hirondelles.

Hirondelles de velours aux ailes couleur sang
Par la lucarne d'un seul coup disparurent
Tandis que l'enfant immobile dans l'air transparent
Baissa les yeux et ressentit comme une déchirure.

L'innocence envolée elle se sentit prise au piège
Le vent s'était calmé, mais l'orage allait bientôt gronder
Une pluie de larmes inonda le visage d'une pâleur de neige
Quand elle s'effondra de honte, petite poupée brisée.

Elle était si fragile et gracile dans sa robe de dentelle
Que les rats du grenier se sentirent fous de rage
Des éclairs rouges s'allumèrent dans leurs prunelles
Quand ils se glissèrent sans bruit dans la chambre de l'étage.

L'homme ronflait la bouche légèrement ouverte
Il flottait dans la pièce l'odeur assassinée d'une enfance.
Les rats doucement s'approchèrent de la gorge offerte
Et vengèrent celle à qui le père avait volé l'insouciance.


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LE BAISER DE NOËL


Dédié à mon petit-fils Lucas.


Ce soir avant que tu ne t'endormes,

J'ai enfermé ton baiser
Dans le creux de ma main.
Ainsi, je vais pouvoir le respirer
Jusqu'à demain matin.

Mais ce baiser est bien coquin !
Il n'a qu'une idée en tête :
S'échapper de ma main
Pour courir faire la fête.

" Non, non ! Petit baiser de Lucas,
Tu ne sortiras pas !
Ne sens-tu pas comme tu es bien
Ici, blotti dans le creux de ma main ?

Dehors il fait si froid !
Le Père Noël passera cette nuit même.
Reste au chaud entre mes doigts,
Les doigts de ta mamie qui t'aime...

Bonne nuit, petit bonhomme...


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L'EAU DE MES YEUX


L'eau de mes yeux coule sur le papier.
Dehors il fait nuit noire,
Mais dans ma tête c'est le brouillard.
L'eau de mes yeux bientôt va me noyer.
Papier mouillé tout délavé,
Papier mouillé va se déchirer.
Que voulais-je donc te dire ?
Que voulais-je donc t'écrire ?
Dans ma tête, c'est la pagaille,
Un train qui roule et qui déraille.

Et cette lettre qui n'en finit pas d'accuser,
Avec des mots que je dessine et qui s'efface
Sous l'eau de mes yeux qui n'arrête pas de couler.
Des mots qui naissent et puis trépassent,
Qui font que cette lettre me tue et m'épuise ?
Avec des mots que tu ne liras même pas,
Emportés par l'eau de mes yeux d'insoumise.

L'eau de mes yeux devient fontaine.
Quelque part au bout de la nuit,
J'entends le bruit d'une sirène.
La vie continue même si tu es parti.
L'eau de mes yeux dessine des mirages
Sur le papier mouillé tout délavé.
On dirait des oiseaux de passage
Pris dans une tempête ne sachant plus où aller.
J'ai soudain oublié pourquoi j'étais assise
Devant une feuille devenue grise.

L'eau de mes yeux s'est enfin tarie,
Bientôt s'achèvera la nuit.
Et moi je suis toujours prostrée
Devant ma feuille de papier
Papier mouillé si délavé
Qu'il ne me reste plus qu'à le jeter !

Doucement j'ai reposé mon crayon,
Sur mes mains, j'ai appuyé mon front,
Sans un bruit je me suis assoupie
La vie continue, même si tu es parti…


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