caloucaera poésies Version du 26 janvier 2006



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Son visage
Gouffre infini
Cancer
Où sont passés ?
Ils le disent
Bal


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SYMBOLIQUE


Louise TATOTTE


Voilà une jeune fille de 17 ans qui réinvente, à son profit, le Symbolisme de la fin du XIX° siècle. Se référer à MALLARME, à l'époque des textos au vocabulaire abrégé, me semble être plus original qu'il n'y paraît.

Laissez-vous prendre au charme de ce beau langage, riche par son vocabulaire et par ses rimes.

J'ai fini par supprimer les titres des poèmes pour vous laisser le plaisir de découvrir, par vous même, leur source d'inspiration.

Le troisième poème est tout à fait différent des autres, pour la première fois, Louise nous livre une oeuvre qui fait référence à des souvenirs personnels. Ce poème a un titre et quel terrible titre !

Voilà, dans son quatrième poème, que Louise joue sur la corde sensible de la mélancolie. Elle en joue avec autant de bonheur que des autres cordes de son luth !

Le cinquième poème, "Bal", évoque plutôt les Poèmes Barbares de Leconte de Lisle, ce qui n'est pas un moindre compliment.

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Son visage


Elle a donc son visage, elle a donc son allure,
Son regard est si froid, si terne, si opaque,
Son sourire doré est percé de gerçures ;
Le voici qui s'avance, innocent, anodin,
Ce tueur insipide, ce tordu, ce maniaque.

L'assassin te poursuit et te mène à ta fin,
Il est partout : derrière, devant, sous ce manteau,
Il peut prendre les traits de ce gamin qui passe ;
Il choisit ses victimes au hasard, dans la masse,
Dans la foule, il tue, implacable fléau,
La nuit couvre le cri de son crime sadique.

Il aime voir couler, en buvant, le sang chaud,
Il ne sent pas la peur, car il est la Terreur :
Il connaît l'Ennemi déclenchant la Panique,
Cet homme que l'on cherche, ce malade cynique,
Cet ange de malheur qui arrache les pleurs,
Celui qui répugne, incarnant la frayeur,
C'est lui, rien que lui, le seul, l'unique tueur,
Massacrant des légions d'innocence et de joie.

C'est lui qui se tapit et te traque sans bruit,
C'est lui qui, dans la nuit, sous ton ombre te suit,
Infectant tous tes rêves et se glissant chez toi :
Il étouffe ta vie qui s'en va à jamais.

C'est un fou qui se croit supérieur à tous,
Qui cherche le pouvoir, l'argent et le reflet ;
Un mélange de haine, un être sot, jaloux,
Un meurtrier d'amour.

C'est l'adulte qui naît,
Répandant son syndrome dans l'enfant qui se tait.


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Gouffre infini


Près du gouffre infini, sur le plus haut sommet,
Dans un plateau immense, sur un roc escarpé,
En haut d'une tour d'acier, sur le bord de la mer,
Je combat et je lutte et attends son arrêt.
Il attaque mes murs, envahit ma contrée,
Souffle matin et soir, appesantissant l'air.
Sa main translucide caresse mes cheveux blonds,
Son étreinte invisible m'enlace sans un son.
Il court sur l'herbe verte et le sol furibond,
Il m'embrasse et me viole de mille et une façon.

Roi des vallées d'Asie, seigneur de la mousson,
Impératrice du sable, maîtresse des déserts,
Fils de l'océan bleu, nièce des éclairs,
Déesse des montagnes et esclave du temps,
Tyran que l'on doit vaincre, bergère des nuages blancs,
Allié de l'Éternel et du buisson ardent,
Reine de l'équilibre, épouse de l'ouragan,
Les girouettes tournent sans briser ton élan.

Sans silhouette propre, sans jamais être pris,
Il existe sur Terre en restant indécis.


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Cancer


Mot sombre
Fait d’ombre.
Le passé
Resurgit.
Ma pensée
A banni
Ces moments
De l’histoire.
C’était il y a longtemps.
Comme un spectre, ma mémoire
Revient lentement.
Je me souviens par étincelle ;
Mes cicatrices d’antan
Me brûlent. Je me rappelle.

Une chambre inconnue m’oblige à replonger.
Je suis là, étendu, des tuyaux dans la chair,
Couché sur un lit froid, qui me semble étranger.
Pourquoi suis-je ici ? Je replonge dans l’air.
Et retombe à terre. Serais-je dans l'enfer ?
J’ai mal. Je me gratte. Une main sur mon crâne.
Chauve. Où sont mes cheveux drus, épais et blonds,
Qui couvraient tendrement mon esprit furibond ?
Pourquoi n’y sont-ils plus ? Mon cerveau est en panne.

Je me gratte. Un halot de lumière
Me ramène chez moi. Je ne suis plus en serre.
Je suis guérie. J’efface
Cette menace
Si tenace
Qui peuple mes cauchemars
Je pars
De cet endroit
D’effroi.
Cette partie de moi
S’en va.


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Où sont passés ?


Ou sont passés ces jouets, gardiens de mon enfance,
Mon armée de héros habitant dans l'armoire,
Qui toute la journée mettaient ma chambre en foire ?
Ils s'affrontaient sans fin sur ma table trop immense,
Les fantassins de plomb côtoyaient les oursons,
Les billes faisaient obstacle à la cavalerie,
Les legos, innombrables, massacraient les ballons.
Et tout ce petit monde, le jour reprenait vie,
En s'inventant, sans cesse, les querelles ordonnées
Par un enfant joyeux. Ses yeux écarquillés
Voyaient des rois régner, des châteaux se bâtir
Et de grands chevaliers qui s'en allaient mourir
Contre des martiens venant d'un avenir.

Avec mes souvenirs revient la tristesse.
Les regrets refoulés, que réveille la vieillesse,
Me plongent, tout entier, dans des questions stériles
Et me refont rêver de chansons infantiles.
Mais je sais que, là haut, prisonnier d'un carton,
Vivent mes compagnons sans émettre le moindre son.


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Ils le disent


Ils le disent à tous, à tort et à travers,
Au labrador qui passe ou à leur vieux grand-père,
A celle d'une nuit et à leur petit frère...
Ils répètent toujours les mêmes mots entre eux
Sans pouvoir innover, ni pouvoir trouver mieux;
Ces sept lettres sont prises et reprises à jamais,
Toujours dans le même ordre, et au même moment.
Ces syllabes dorées ont perdues tout leur sens,
Cette phrase si douce devient du brouet ;
C'est maintenant un rite, un passage qu'on prends,
Une expression fixé, nouée d'indifférence.

Mais toi, toi dont je rêves, dont la chaleur me berce,
Toi et ton petit corps se serrant contre moi,
Toi dont les lèvres rouges me couvrent de caresses,
Toi enfin que j'enlace et qui dors sous mon toit,
Je ne saurai te dire tout ce que je ressens
A travers ces deux mots que l'on dit si souvent ;
Je ne saurai décrire ce gouffre dans le ciel
Par ces lettres figées et souillées par le temps.

Il faudrait que l'on trouve un mot comme le miel
Qui pénètre la gorge et qui se noie en cri,
Qui s'envole sous terre et éclipse la nuit,
Qui s'épanouit sans vie et résonne la vie.

Idem.
Idem contre un je t'aime.


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Bal


Rivières de diamants, diadèmes étincelants,
Parures, pierreries, bracelets en or pur,
Colliers et rubis, bagues à reflets d'azur,
Perles nacrées de blanc et saphirs scintillants,
Emeraudes précieux et broches en argent.

Les couleurs se mêlent aux joyaux étonnants,
Les tissus ondulants se lèvent en douceur,
Le vermeil et le mauve se marient tendrement,
Les robes de soie fine se noient avec splendeur,
Et tous tournoient et dansent avec grâce et lenteur.


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