caloucaera poésies Version du 11 septembre 2005



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Hystéria
Voyageur immobile
La vendeuse de charme
Sans regret
Enfant de sang


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DE L'ABYME A L'ESPACE


Louise TATOTTE


Le premier poème, " Hystéria ", nous fait découvrir une toute nouvelle Louise, sans doute plus mûre, plus sûre de son art. Bien que ce texte soit écrit à la troisième personne, j'ai l'impression qu'elle y investit un peu plus d'elle. Nous n'en sommes pas encore au lyrisme, aux confidences, mais longtemps d'une beauté impersonnelle et un peu froide, ses vers deviennent plus humains. Encore un effort Louise, quand tu écriras plus avec tes tripes qu'avec ta tête, tes qualités littéraires incontestables seront mises au service de purs chef-d'œuvres !

Voilà qu'arrive un nouveau poème qui me prend complètement à contre-pied. Le "Voyageur immobile" tranche complètement avec le précédent. La forme est toujours classique, mais alors que je m'attendais à ce que Louise s'implique un peu plus dans son oeuvre, elle semble prendre au contraire du recul et nous gratifie d'un personnage à la Folon, un être qui commence son voyage sidéral banalement assis sur un banc et qui l'achève dans l'espace, non sans s'être, en chemin, désintégré en une poignée de poussière d'étoiles.
Je crois que Louise n'a pas fini de nous étonner !

Je ne croyais pas si bien dire ! Louise nous abandonne pour passer le BAC et voilà qu'elle revient avec un poème sulfureux, comme si elle était une habituée des bas-fonds les plus sordides. Mais son ange déchu a conservé, en elle, une image du Paradis. Tu sais bien, Louise, que c'est sans espoir, le Diable n'est pas dans la fille, mais dans le client !

Voilà que Louise a réussi son BAC, avec mention AB. Bravo Louise ! Tu dois être heureuse. Pourquoi cette joie ne se ressent-elle pas dans ton dernier poème, "Sans regret" ?
L'évolution de l'écriture de Louise continue à nous surprendre, reflétant, de moins en moins, la jeune fille épanouie qu'elle est sans aucun doute.

Louise affirme avoir écrit ce nouveau poème cet été. Le moins que l'on puisse dire, c'est que la lumière de la belle saison ne radoucit pas son inspiration. Ce texte est l'un des plus terribles qu'elle ait écrit. L'un des plus beaux aussi !
J'ai relu, avec soin, tous les poèmes qu'elle m'a fait parvenir. Jamais ce ne furent ceux d'une jeune fille rêvant du Prince charmant, dans un univers de contes de fée. Ce n'est pas tant le fond, que la forme, qui a évolué chez elle. Finies les grandes envolées au lyrisme sombre, ses vers se sont ramassés sur eux-mêmes, pour que chaque mot puisse peser plus de poids dans l'esprit du lecteur. Qui pourra rester indifférent à cet "Enfant de sang" ?


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Hystéria


Viens avec moi dans l'ombre et suis moi dans la nuit :
Je t'emmène en un lieu où le jour est maudit...
Quitte ton grand lit froid et rejoins mon Paris,
Celui qui ne dors pas, qui danse et qui sourit,
Qui t'envoûte, te charme, et te redonne vie.

Enivre-toi de femme, de fêtes, de folie :
Demain est si lointain, hier est aujourd'hui,
Et l'absinthe t'envole au dessus du mépris ;
Danse au rythme du cœur qui bat dans ton esprit,
Vibre au chant de l'alcool qui t'emmène et s'enfuit...

Sors dans la rue et cris : hurle ta joie, l'ennui,
Dégage toi d'ici, libère tes envies,
La fièvre qui te gagne est pleine d'inouïe ;
Noies toutes tes pensées, deviens un affranchi,
Bouge ton corps suave, déhanche toi sans bruit...

Le délire difforme peu à peu t'envahit :
La fantaisie du noir et ce désir d'oubli,
La volonté de croire en un vert paradis...
Mais tu vomis ta sueur, transpire le whisky,
Et tu te traînes, gris, dans la crasse et la pluie.


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Voyageur immobile


Il attends en silence, il attends sur son banc.
Dans sa cellule déserte, il attends sur les quais.
Il n’a pas de bagage, il est sans vêtement,
Il est seul dans la gare et il attends en paix.

Il dors tout éveillé, plongé dans sa mémoire ;
Il remonte le temps, il revoit son passé,
Ses souvenirs d’enfant, ses utopies de gloire,
Ses rêves si naïfs envahissent sa pensée.
Il parcours du regard les blanches silhouettes
Revenues du brouillard qui l’avait surmonté.
Il redessine en lui ses nuages et ses fêtes
Sans pouvoir colorier ses esquisses imprécises.

Et la nuit, sans bruit, dans ses regrets amers,
Ses spectres malfaisants ravivent ses hantises.
Il veille sans un mot, rejetant les lumières,
Et l’Aurore, cruelle, le pousse au précipice.

Debout, sur une estrade, faisant face à la foule,
Il observe son monde et contemple la vie.
Les montagnes, les vallées, la profonde abysse,
L’océan inconnu ou le navire coule,
Les forêts et les plaines et les steppes d’Asie,
Les déserts africains et les villes du Nord
Se gravent dans ses yeux qui scrutent l’horizon.

L’univers s’éloigne de son corps furibond.
Il n’entends que l’écho du globe qui s’endort,
Il voudrait redescendre et se perdre avec eux
Mais son train lentement l’entraîne loin dehors.

Les visages s’effacent et les sons se mélangent.
Il s’envole dans les airs, il décolle vers les cieux,
Les sept étoiles de plomb le délivrent des remords.
Les comètes le touchent, le poussent et le dérangent,
Son ectoplasme est libre, il n’a plus de limite,
Il monte les dragons de ses songes insoumis,
Les tourbillons d’étrange le ramènent dans son mythe,
Il plane près des nuages, rejoint son paradis,
Il flotte sur les vents qui l’emportent ailleurs.

Dégagé de sa chair, affranchi de la Terre,
Il voltige à jamais dans l’azur éclatant
Comme un ange immortel surgissant des clameurs.
Il est évanescent, transpercé de lumière,
Il parcours les nuées de l’éther enivrant.
Il est beau, majestueux, son regard est de feux,
L’ouragan de ses sens s’est ouvert dans ses yeux,
Et il Voit et il Vit enfin dans ce Néant.


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La vendeuse de charme


C'est la nuit déjà, les ténèbres s'éclairent.
La rue illuminée se réveille, cynique.
Un lampadaire allume à peine le trottoir.

Adossée au poteau, elle exhibe sa chair
Aux regards du passant vicieux et alcoolique.
Elle attend un client, noyée dans son cauchemar,
Le bitume accompagne une femme en enfer.

La fumée du tabac masque la pestilence,
Les immondices traînent dans l'ombre et le silence,
Les poubelles sont pleines en souffrance et en rage.
Le bruit de la luxure éblouit son visage,
Il cache un court instant le couinement des rats.
Et elle règne ici, sur ces deux matelas.

Envole-moi là haut, au plus loin de ce lieu,
Je veux ressusciter dans tes bras de passion;
Soulève-moi dans l'air vers un autre horizon
Loin du cuir et du fouet, du latex et du feu;
Libère-moi du joug de ces démons gothiques
La moiteur m'enchaîne, m'imprégnant de sa crasse.
Donne-moi tes vertiges, apprends-moi tes musiques,
Contre ton corps je veux m'enfuir de cette masse;
Serre-moi près de toi, offre-moi ta tendresse,
Mélangeons nos sueurs pour oublier l'horreur.
Les néons des sex-shops s'éloignent de mon cœur.
Protège-moi au creux de ta douce caresse,
Déverse dans mes yeux l'illusion du bonheur.

Cris l'extase et la joie, cris l'espoir d'une vie,
Ta peau si tendre et pure entre mes doigts jouit;
Bâtis-moi dans ta voix un nouveau paradis,
Une oasis de rêve, une île d'euphorie
Protégée un moment de cette épidémie.

La vendeuse de charme a repris son chemin.
Hoquetant de dégoût, avilie, répugnée,
Elle essuie ses souillures, attendant sans entrain
Un nouvel être sombre en quête d'échappée.


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La vendeuse de charme


C'est la nuit déjà, les ténèbres s'éclairent.
La rue illuminée se réveille, cynique.
Un lampadaire allume à peine le trottoir.

Adossée au poteau, elle exhibe sa chair
Aux regards du passant vicieux et alcoolique.
Elle attend un client, noyée dans son cauchemar,
Le bitume accompagne une femme en enfer.

La fumée du tabac masque la pestilence,
Les immondices traînent dans l'ombre et le silence,
Les poubelles sont pleines en souffrance et en rage.
Le bruit de la luxure éblouit son visage,
Il cache un court instant le couinement des rats.
Et elle règne ici, sur ces deux matelas.

Envole-moi là haut, au plus loin de ce lieu,
Je veux ressusciter dans tes bras de passion;
Soulève-moi dans l'air vers un autre horizon
Loin du cuir et du fouet, du latex et du feu;
Libère-moi du joug de ces démons gothiques
La moiteur m'enchaîne, m'imprégnant de sa crasse.
Donne-moi tes vertiges, apprends-moi tes musiques,
Contre ton corps je veux m'enfuir de cette masse;
Serre-moi près de toi, offre-moi ta tendresse,
Mélangeons nos sueurs pour oublier l'horreur.
Les néons des sex-shops s'éloignent de mon cœur.
Protège-moi au creux de ta douce caresse,
Déverse dans mes yeux l'illusion du bonheur.

Cris l'extase et la joie, cris l'espoir d'une vie,
Ta peau si tendre et pure entre mes doigts jouit;
Bâtis-moi dans ta voix un nouveau paradis,
Une oasis de rêve, une île d'euphorie
Protégée un moment de cette épidémie.

La vendeuse de charme a repris son chemin.
Hoquetant de dégoût, avilie, répugnée,
Elle essuie ses souillures, attendant sans entrain
Un nouvel être sombre en quête d'échappée.


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Sans regret


Sans regret, sans remord.
Sans jamais avoir tort.
Ne pas se souvenir,
Oublier le passé,
Regarder l'avenir,
Éteindre sa pensée.

Notre conscience est dangereuse,
Invisible et mystérieuse.

Sans regret, sans remord.
Il nous faut rester fort,
Être inébranlable,
Oublier l'aimable.
Soyons dur.
Soyons pur.
Soyons cet être noir
Si sûr
Qui vient de nulle part
Si tard.

Sans regret, sans remord.
Autant dire être mort.


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Enfant de sang


Enfant de sang, gamin de flammes,
Écoutant nonchalant les hurlements des femmes ;
Habitué aux morts disloqués dans ses rues,
Il se balade autour des larmes, des obus.

Il reste indifférent aux horreurs qu'il a vues ;
Son quotidien est fait d'agonie et de pue.
Son sourire est parti avec sa jambe gauche
Perdant ainsi l'espoir dans cet éclat qui fauche.

Il n'a jamais su geindre et ne veut pas pleurer ;
Méprisant la faiblesse, il garde sa fierté.
Il n'a plus qu'un seul jeu : s'inventer une vie
Où il ne devra plus vivre de rats pourris.


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