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Solitude Poèmes de Jean CAMPION
Voilà, qu'à présent, Jean CAMPION, chante l'amour.
À l'heure où l'ombre du mystère Étends son lourd manteau d'ennui, Rêvant à l'aube salutaire, J'accepte le froid de la nuit ! Crois-tu pouvoir réduire en cendres Mes pauvres souvenirs passés ? Pour moi, je ne puis me déprendre De tant de rêves amassés. Prêtresse de ma solitude, Puisque me voici désarmé, Tu peux, en ta sollicitude Me consacrer au mal d'aimer ! On dit qu'au creuset du silence Se forge l'espoir du retour… Peux-tu me donner cette chance D'ébaucher des rêves d'amour ?... Déjà, là-bas, perçant la brume, L'aurore de ses traits dorés Poursuit la nuit qui se consume : Pour moi, c'est l'heure d'espérer ! revenir au début
Ta main de femme a le pouvoir D'éterniser ma rêverie. À sa présence, dans le soir, L'espoir s'embrase en féerie. Je t'aime, douce main de femme Attentive au moindre baiser, Sortilège mouvant, ton charme Se veut félin pour apaiser. Frôleuse pour donner l'amour, Expressive pour implorer, Étrange rameau de velours Surgi d'un cœur pour apaiser ! Au cadran des heures paisibles Où veut s'écouler le bonheur, Tes mains forgent des impossibles Pour réaliser des splendeurs. Sur le berceau, c'est la caresse, Si riche de maternité, Que ta main lègue en allégresse Au fruit de ta fécondité. Et quand sur de fines dentelles Elles composent des trésors, Ne sont-elles pas sensuelles Tes mains s'offrant sur ces décors ? Minute douce, ou temps de peine, Tends vers moi tes doigts de satin ! J'y poserai, quoi qu'il advienne Le trait d'union de nos destins. revenir au début
Tu vois, ce n'était rien qu'un beau rêve qui passe, Qu'un élan de jeunesse en mon cœur déjà las. N'y pense plus, veux-tu ? C'était bien trop d'audace D'avoir voulu t'aimer… Je ne comprenais pas ! Je ne regrette pas ce long état de grâce Qui préluda pour moi le moment de l'aveu. Puisse l'indifférence en effacer la trace : C'est, mon aimée d'un jour, le plus cher de mes vœux. Que veux-tu ? Rebâtir sur un amas de peine, C'est un peu s'asservir à malmener l'amour. Comment aurais-je pu te vénérer en reine Sans t'offrir le brio que réclamait ta cour ? Nous voici reparti… Que nos deux parallèles Ne s'écartent jamais de leur commun tracé Tu deviens l'impossible ; en cela tu recèles Le charme auréolé d'un espoir effacé. J'ai tout appris de toi sans friser l'abandon. J'ai su pleurer ta peine, aimer ton allégresse. Te quitter sans avoir à gémir un pardon, Ce départ n'a-t-il pas un parfum de jeunesse ? Que beaucoup de bonheurs fleurissent sur ta route Et que, demain, l'amour t'accorde ses frissons. J'ai trop vécu l'enfer à mesurer tes doutes Pour ne pas te rêver de touchants unissons. revenir au début
Je t'ai cru tout d'abord un objet de scandale Livrant à tes galants le trop plein de ton cœur, Ignorant qu'à ce jeu la plus pure Vestale Risque de voir son feu s'éteindre dans les pleurs !… Mais c'était là bien tes façons : Tu ne sais jamais dire " non ". Puis, je me suis surpris à gratter à ta porte Et curieuse et câline tu me pressas d'entrer ; Mais au jeu de l'amour, tu étais la plus forte : Je n'aurais jamais dû sous ton toit pénétrer. Je vais t'en dire la raison : Tu ne sais jamais dire " non ". Avec toi j'ai bâti des châteaux en Espagne, Avec toi j'ai rêvé mon comptant de bonheur ; Gentiment tu montais à ton mât de Cocagne Pour m'aller décrocher les trésors de ton cœur. Gentille jusqu'à l'abandon : Tu ne savais pas dire " non ". As-tu parfois songé que l'instant de l'invite Est moment précieux et fragile à la fois ? Si tu veux mon amour, je t'en prie, prends le vite ! Ne laisse pas mon cœur près de toi prendre froid ! Dis-moi " je t'aime " à ta façon, Mais surtout, ne me dis pas " non ". revenir au début
Au moment de notre rencontre ! Il nous semblait, c'est bien certain, Que rien ne viendrait à l'encontre Pour perturber notre chemin. C'est bien dommage, mon amour, Le ciel pour nous était si bleu : Aucun nuage aux alentours, Aucun nuage dans nos yeux ! Il a suffi que mon " absence ", Insupportable pour ton goût, Vienne perturber en silence L'attrait de rares rendez-vous ! Mais que veux-tu donc que je pense, Quand, (loin des yeux, c'est loin du cœur), Tu vas combler ton impatience En recherchant d'autres bonheurs ? Un peu de toi s'en est allé Dans le gris d'un ciel incertain Au fond de moi s'est installé Premiers regrets, premier chagrin ! Si ce nuage qui se glisse Vient perturber nos firmaments Je fais un vœu pour qu'il ne puisse Porter ombrage à nos serments ! Jean revenir au début
Les souvenirs charmants de notre tendre enfance, Ajoutés au parcours de vécus incertains, Cernent notre présent, jusqu'à mettre en balance Avec acharnement nos espoirs, nos destins. Vous qui voulez aimer, avides de tendresses, Essayez vainement d'inverser ces valeurs : Rien n'échappe au fouillis de ces mille richesses Ni à la spoliation des " quarante voleurs " Engrangeant à vos frais vos vœux et vos désirs, D'essayer de forcer l'entrée de la caverne A dessein d'y puiser de meilleurs avenirs ?… Laissez plutôt ce soin au destin qui gouverne : Il est souvent plus apte à guider votre cœur ! Ballottés dans ce monde, au gré de vos errances, Acceptez cette loi : vous sortirez vainqueur !… Balisez vos chemins, en restant en silence Attentifs aux méfaits des " quarante voleurs " !… revenir au début
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