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Provence Poèmes de Jean CAMPION
Jean CAMPION est un poète limpide, qui, dans une métrique classique, délivre de pures merveilles.
Les plaintes de novembre étouffent les sourires Qui musardaient taquins sous le dôme du cours, En dentelles d'azur et joyaux de porphyre, Mortes mes nuits d'été, mortes sont mes amours. Ne vous affolez pas, mes frileuses fontaines De voir vos longs cheveux s'ébouriffer au vent ; L'automne en son ennui réalise sa peine En venant y poser de froids reflets d'argent. Vous, platanes parés de l'ocre du déclin, Acceptez ce moment sans même vous défendre. Essaimez vos frous-frous en bruissements câlins : Les renouveaux d'Avril sauront bien vous les rendre. Chassé de l'univers de douces somnolences, Le promeneur surpris par le premier frisson, Du fond de sa ruelle où couvent des silences, Comme un amant frustré regagne sa maison. Chaque saison se meurt, écartant l'apparence Qui ne peut s'intégrer à son nouveau décor. Toi, tu ne peux changer, Aix de ma Provence, Attentive à garder tes merveilleux trésors !… revenir au début
La ville a succombé dans la morne torpeur D'une nuit de Juillet à l'haleine trop lourde. Le calme de ses Cours offre l'aspect trompeur D'un bastion déserté, quand la révolte sourde. Pourtant, mille présences parsèment d'étoiles L'amalgame insensé de ses murs désolés. Ville, je voudrais tant que pour moi tu dévoiles L'astigmate lueur qui peuple tes volets ! Falote et si furtive, elle atteint les mansardes Où la misère sait se perdre en oraison… Indiscrète et gavroche, on la voit qui s'attarde À percer les secrets des bourgeoises maisons. Chaque perle en suspens, dans ce décor de rêve Est un peu de bonheur qui se met au secret ; C'est un peu de douleur que la nuit parachève En glissant l'abandon auprès de son chevet. Seuls, émergeant de l'ombre, assiégeant les ruelles, Spectres du temps passé, les clochers et les tours, Embrasés par le feu de cent mille chandelles, Féeriques joyaux, étalent leurs atours. Mirage vespéral, étrange nuit d'été Où l'irréalité vient meubler l'heure creuse… À ce charme enjôleur, je t'ai vu résister Pour enfin te donner, ô ville tapageuse !… revenir au début
Vers toi je suis venu, Venise Provençale, Consacrer mes amours sous ton " pont des soupirs " Et rêver, un moment, qu'une antique Vestale Aurait pris nos deux mains et voulu les bénir. Nos doigts entrecroisés nous longions en silence, L'esprit bien loin de là, tes accueillantes rives ; La mer nous renvoyait, complice en transparence, Les traits de deux amants partant à la dérive. Enlacés à tes quais, les bateaux en partance Semblaient nous inviter aux lointaines escales… Toi, Martigues qui dort sous le ciel de Provence, Je préfère en ton port laisser tomber mes voiles. Toi, fille d'un pays où l'on sait si bien vivre, Où l'on sait que les fleurs sont un cadeau des dieux, Déesse des flots bleus dont le parfum m'enivre, Garde-moi sur ton sein, comme un amant heureux. Si Venise, la belle, a besoin de gondoles Pour parer ses canaux et combler ses amants, Tu offres simplement, douce fille frivole, Des barques de pêcheurs à tes princes charmants. Quand le destin jaloux voudra que notre idylle, Comme tous les bonheurs s'effritent avec le temps, M'ouvriras-tu, demain, les portes de ta ville, Pour venir y pleurer celle que j'aimais tant ?… revenir au début
J'ai simplement voulu te chanter, mon village : Un peu comme un amour que l'on veut partager, Un peu comme un amant infidèle et volage, Qui butine un trésor qui lui est étranger… Pourtant, venant un jour de provinces lointaines, Je me suis abrité sous ton vieux Jacquemart ; En étanchant ma soif à l'eau de tes fontaines, J'ai béni le Seigneur, la chance et le hasard. Je me surpris à peindre, au gré de ma palette, Ton vieux lavoir trapu ou ton clocher blessé Et appris à aimer, comme une midinette, Tous tes vieux bastidons, vestiges du passé. Et malgré tes chemins ne menant nulle part, Si ce n'est champs et bois, vrai pays de Cocagne, Tu n'en reste pas moins centre et point de départ Vers les fiefs occitans qui cernent ta campagne. Lambesc, tu n'es pas, comme à ces gens aigris, Qu'un village perdu en pays de Provence ; J'ai fixé ma bohème au sein de tes murs gris, Comme voulait, je crois, Dame la Providence. revenir au début
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