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De Profundis Poèmes de Jean CAMPION
Voilà un poète vieillissant qui se retourne vers son passé et de cette confrontation naissent ce qui sont peut-être les plus beaux vers que j'ai publiés. "Faire le point", un poème que j'aimerais avoir écrit !
Ai-je joué mon rôle et gagné ma victoire, Recherchant chaque jour de pompeux lendemains ? Qu'ai-je fait de ma vie ? Quelle incroyable histoire De vouloir tout donner ! Je n'ai rien dans les mains... Au banquet de la vie, tu te sens peu de chose ! Si l'opulence est là : profite du festin !... Demain, tous tes amis te feront porte close Quand s'abattront sur toi les revers du destin. On est si peu de chose. On a ce que l'on donne Et même l'être aimé t'est bien peu de secours : Elle recherche en toi, cette triste Madone Tout ce qui manque encore à ses propres atours. On est si peu !... Pourtant, on ne sait pas se taire. Avant de s'éclipser, on veut laisser un nom, Laisser un peu d'amour, ou mieux quelque mystère, Même si nos enfants n'en tirent rien de bon. Que leur importe au fond ces moments de démence, Où je me suis offert au rire du prochain ? N'aurais-je pas mieux fait, avec plus de décence, De me mordre la lèvre et noyer mon chagrin ? J'ai voulu tout chanter et tout mettre en poèmes : Chanter ce qui est beau, décorer la noirceur. Même si j'ai médit sur d'épineux problèmes, C'est que la dureté parfois marquait mon cœur. Si je t'ai fait pleurer sur le mot " solitude ", Si je t'ai fait rêver aux temps du verbe " aimer ", Esquisser un sourire à mes " Béatitudes ", Je peux larguer l'amarre et aller m'abîmer ! Quelques fois, j'ai chanté, le regard plein de larmes, La beauté d'un décor que je ne voyais pas. Je remercie ma Muse, amie pleine de charmes Qui même en ces jours-là venait guider mes pas. Je me suis vu, un jour, sombrer dans la prière Sur des " De Profundis " qui me laissaient sans voix, Implorer le Divin pour quelque mensongère... Qu'il fallait donc, mon Dieu, être descendu bas ! Qu'importe les regrets ? Je sais bien que ma course S'arrêtera bientôt. C'est fini !... A Dieu va ! Pourtant, je voudrais bien, quoiqu'à bout de ressource Pouvoir me retirer sur un " Alléluia " !... revenir au début
Du fond de ma misère et de ma solitude, Seigneur, las de lutter, je me tourne vers toi ! Au plus fort de l'angoisse et de l'inquiétude, Qui saurait refuser de se rendre à ta loi ? Tu peux le contempler, du haut de ta grandeur Cet Icare orgueilleux qui s'est brûlé les ailes, Sans pour cela rester le divin destructeur Qui se plaît à briser nos attaches charnelles. Ma gorge se contracte à l'heure du Pater. Au pied de tes autels mes genoux se raidissent. Devant tous ces bigots qui changent en désert Tes Paradis d'amour : mes forces me trahissent. Tes ministres, dit-on, t'érigent en comptable Rigoureux et mesquin, biblique Dieu vengeur !... Je n'en crois pas un mot... Viens t'asseoir à ma table, Comme au temps d'Emmaüs, en simple voyageur ! Ainsi que le veilleur, sur son chemin de quart, Scrutant le flot hostile, attend lassé l'aurore, Je t'espère ardemment ! Oh, ne viens pas trop tard ! Profite de ce moment où vaincu, je t'implore ! revenir au début
Avant que le destin ne disperse ces rêves
Qui me font t'ériger en déesse d'espoir Avant que les " trop tard " ne harcèlent sans trêve Mon cœur épouvanté de voir tomber le soir, Je veux te dire tant de choses ! Je veux te chanter ma chanson T'embellir l'éclat de la rose Retarder le temps des moissons ! Avant que tu ne sois, lamentable Sibylle, Répétant ta charade au paradis perdu Lamentable sirène échouée sur ton île, Espérant vainement ton appel entendu Je veux te dire que je t'aime Voir tes tendres yeux chavirer, Enfin résoudre ce problème De savoir à deux espérer. Si tu veux que ta ride ait la touchante image D'un sillon de bonheur sur ton front fatigué, Reste donc avec moi pour me tourner la page, Sur le dernier sonnet que je t'aurai légué A ce doux jeu de " qui perd, gagne " Rends-toi au cri de ma chanson ! Avec toi, ma douce compagne Je veux rallumer les tisons !... revenir au début
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