caloucaera poésies 11 février 2007




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POEME PLUVIEUX
AMOURGATE
LARMES
GRAIN DE SENEVE
LA CHAÎNE HUMAINE
ZAPETTI
JOUE
CRI DES TERRES
DARFOUR
QU'AS-TU A PERDRE ?
HERITAGE
EPIMETHEE
BAGDAD
HAUTEUR
SAUT DE LA MORT
SENGHORIENS
EVASION
LAC
A QUI LE TOUR
INTROSPECTION


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POEMES PLUVIEUX


Israël Jacob Baruc MEKOUL


Bien qu'ayant beaucoup voyagé et s'être largement ouvert à la culture française, Israël reste proche de son Afrique natale.
C'est vers elle que va sa tendresse et ses inquiétudes, pour elle que sa poésie se fait parfois revendicative.
Il connaît bien la France, mais c'est à Etoa Meki ("la mare de sang", un quartier de Yaoundé) qu'il vit !


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POEME PLUVIEUX


Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit
Voilà mes doux vers, huit strophes
Pleurent sur le chevet des lits assoiffés
D’amour, de chaleur et d’espoir.

Quand il pleut sur mes vers
C’est la brume qui s’endort
Dans les bras de l’azur éclairé
Par tant de joies, de bonheurs tristes.

Salut rimes joyeuses
Salut vers épanouis
Par des voyelles
Par des syllabes.

Heil sur l’alphabet de vie
Qui sur sa tige de vie
Laisse couler la sève
Des mondes heureux.

La rime est un petit jeu
Que je me fais en temps froids
Sur ma table de travail
Eclairé par un moniteur.

J’aime le velours de mes vers
En temps de froid quand il brume
J’aime leur corsage
Quand il valse la vie.

Non, ne vous arrêtez chers amis
Allez y dans cet enclos humain
Accueillir l’homme offensé
Pour le conduire dans le pâturage éternel.

Où je broute, je broute
Jambes ouvertes la vie
Qui se donne à moi
Comme le fils de l’homme à ses brebis.


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AMOURGATE


A Silvaine Arabo

Le jeune homme a vu la jeune fille
La jeune fille a vu le jeune garçon
Les deux jeunes se sont vus
Les deux jeunes se sont cru
Leur vision ne s’est pas vu
Le bambou a été cassé
Ils ont cassé le bambou
Ça a fait un tabac le tabou
Le bambou ban au bout
Du banc du big bang
Fait ses calembours
Sur le tambour du vers
Le vers donne son dos
Il fait ses rondeaux
L’amour fait dodo.


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LARMES


Qui a tort
Ou raison ma vie
Dans cet amour déchiré !
Lequel de nous est blessé !
Voilà ce qu’on a fait de mon amour
Pourtant je n’attendais que toi
Pourtant je n’espérais que toi
La guerre t’a emportée
La guerre t’a séparée de moi
Hier encore on vivait un amour
Partagé que des salauds ont brisé
O mon avenir c’est toi
Mes souvenirs c’est toi, tu le sais
O mon amour, à jamais, à jamais
Tu t’en vas, tu t’en vas
Regarde, pour moi
Le monde s’est déjà arrêté.
Je porterai ton deuil dans la douleur
Espérant que me reposant près de toi
L’outre vie reliera ce lien délié
Par des mauvais signes obscurs
Et des rumeurs noires
Adieu mon amour.

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GRAIN DE SENEVE


Je viendrais à la Cathédrale
Malgré les troubles qui m’accablent
Je viendrais à la paroisse
Malgré les misères qui me rougissent
Je viendrais à la mosquée
Malgré les doutes qui me misèrent
Je viendrais au temple
Malgré l’angoisse qui me ronge
Je continuerai à venir
Malgré les multiples choix offerts
Je ferai un effort d’être toujours là
Malgré le cœur pesant
Je ne pourrai qu’être là
Malgré mon désir de vouloir changer
Je serai sincèrement toujours là
Malgré ce qui se dit
Malgré les incertitudes qui planent
Malgré les incompréhensions qui règnent
Malgré les vérités qui surgissent
J’y serai là cher grand ami
Parce que je n’y peux rien
Parce que tu as levé la barre si haut
Avec cette affaire de mort
Que le pari ne vaut plus sa peine
Même s’il glace de mort
Sans mentir je serai là
J’y serai cher grand ami
Parce que tout proclame ta vie
Regarde la terre si merveilleuse
Regarde la faune qui s’émeut
Regarde la flore qui s’épanouit
Regarde le ciel qui sésame
Regarde l’homme qui vit
N’aie crainte cher ami
Je resterai chez moi.


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LA CHAÎNE HUMAINE


Tenez-vous enfants
Tenez-vous la main
Les crimes du temps
Seront sans lendemain.

Nouveaux-nés nous avons pleuré
Enfants on ne fait que pleurer
Adolescents, cœurs éplorés
Adultes, nous voulons rire.

Toute la vie que de misères !
Eh non ! Les joies éphémères
Ne seront plus si attristées ;
Que nos maux ne soient plus listés.

Jamais l’homme ne compte le bien
Du bien, il ne sait en faire sien
Et les cœurs souffrent, meurent
De tant de remords et d’erreurs.

Seigneur, ce vase argile
[Christ] remplis-le de la sève de vie
Pour que je demeure agile
Et que nos cœurs unis, soient ravis.

Que ton nom, Roi, soit sanctifié
Mes fautes, essaie d’en rectifier
Seigneur, je suis fait de terre
Seigneur, je vis sur terre.

Christ, est-ce ici ton image ?
Bouddha, est-ce toi que je vois ?
Suis-je, ô Mahomet, souple à tes lois
Mon image, ô Confucius, ton image.

Je suis sale par les guerres
Sale, je suis, je luis, sale
Comment mettre fin aux galères
Comment laver, cher Valjean ce corps sale ?

Faudrait-il rencontrer Denis
Arcabas ou Boudjeka peintre
Pour me portraire ? Ô Thésus ! Ô christ !
Non ! Pitié ! Pitié ! Maître !

Je perds de plus en plus la vie
Ta lumière éclaire s’envole
Je m’envole, je suis lié et sans envie
Il faut qu’on m’isole, m’immole !

Brise la peine de mon faux cœur
Redonne-moi ton beau souffle
Ecrase mon orgueil, mon malheur
Et toi et moi, un beau couple.

Afin que tout homme te croie
Qu’il sente la responsabilité
Qu’il te respecte, qu’il ne te toise
Pour sa paix, sa vitalité.

Que nos cœurs s’épanchent vers toi
Qu’ils apprennent tes beaux conseils
Et qu’ils ne se fient à leur loi
Celle des succès sans oseille.

La chaîne humaine brille, luit
L’homme ressent la menace
Et se dit : « Que le mal meurt, fuit
Pour donner vie à ma race.

Comment puis-je aussi souffrir
Creuser chaque jour ma tombe
Alors que je dois m’épanouir
Plus que jamais que je ne retombe. »

Et l’homme vient de prêter serment
Stop Groznie ! Stop Jérusalem !
Stop Caracas! Stop Harlem!
Stop! Ecrasez-moi ce serpent!

Ce siècle fête son premier jour
Et il sera sans décalage
[Dans tous] les calendriers pour toujours
L’homme dit : « Veuillez serviteurs anges »
Veuillez sur l’homme.


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ZAPETTI


Ils sont si nombreux
Ceux qui ont faim
Ils sont si chers
Ceux qui ont faim
Mes frères de partout
Adossés sur des murs
Adossés sur des armes
Rêvant d’en faire du pain
Ils sont si utiles
Ceux qui ont faim
Derrière ces verrières
C’est de la vie qui vit
Mais comment envier
La vie quand elle est déviée
Comment comment l’envier
Elle la vie quand sans levier
On vous oblige à nettoyer l’évier
Comment comment je me demande bien
Comment peut-on jeter la nourriture
Quand d’autres fouinent des poubelles
Comme des musaraignes
Comment peut-on être obèse et s’en vanter
Quand d’autres maigrissent et s’en plaignent
Pas d’argent faute d’argent faut de l’argent
Wrangler ! Cœur de lion ! Cardin !Chevrolet !
Y a t-il une honte à rêver de beaux rêves ?
On vous dit bon appétit
Pourtant sans zapetti
Pourtant sans lit
Pourtant sans tangui
Appétit de quoi appétit avec quoi
Cassez vos dents mangez les
Coupez votre corps mangez le
Vous ferez la chirurgie esthétique
Le bonheur on en rêve
Mais quand le minimum vous manque
Mais quand le quotidien vous manque
Quand vous vivotez avec moins de 2300 calories
C’est plus que de la vache qui rit
Ça ne rit pas et c’est marrant que des types
Grassouillets vous rient au nez
Et vous parle des réformes et des ambitions
Quand au matin on a versé ce qui peut
Vous nourrir pendant des jours
La tentation n’est-elle pas grande
De tremper qui ne veut tremper
Si ce n’est celui qui veut ramper
Mais qui veut rester bébé l’abbé
Mais l’abbé vit bien et n’ a jamais
Pour tout le monde ah ah j’en ris
C’est vrai que tout le monde n’est pas ami
De l’abbé que de croyants peu de croyants
Cette affaire nous vient du ciel
Mais l’abbé nous on le connaît
Derrière ces verrières
Des ventres sont vides
Derrières ces verrières
Des têtes se demandent
Comment elles feront
Derrière ces verrières
Le café chaud le pain chaud
Il semble que c’est pour les autres
Pourtant derrière ces verrières
La vie elle veut se partager
Elle veut sourire à tout le monde
Elle veut s’ouvrir à tout le monde
Mais hélas prenez ça comme ça
Ceux qui estiment que nous
N’avons jamais de l’appétit
Voilà une bouteille à leurs tables
Nous nous aussi maintenant
Nous avons de l’appétit
Zapetti.


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JOUE


Ce jeu, faut pas que je le joue
Longtemps.
Ce jeu, c’est celui qui se joue
Sur ma joue.

Nous, nous ne ferons pas comme l’agneau
De Jérusalem
Qui malgré la première sanguinolente présenta
La deuxième.

Nous, nous ne ferons pas non plus comme l’agneau
De l’onde
Qui malgré son innocence et son respect aveugle
Fut dévoré.

Assez joué avec nous
Chers joueurs
Assez écourté avec nous
Chers joueurs.

Une, deux joues
Qui saignent
C’est vous empêcher
De vivre.

Or, nous, nous voulons
Vivre
Transmettre à ceux qui viennent
La vie.

Leur laisser un héritage
Riche
Qu’ils laisseront un jour
Aux autres.


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CRI DES TERRES


Cri des terres abandonnées
Quand elles doivent produire
Des richesses pour les affamés
Sans étoiles pour éclairer, luire.

Cri des terres surexploitées
Quand elles doivent être conservées
Pour les générations futures
Dont le présent ne réserve que du souffre.

Cri des terres défoncées
Quand elles doivent être protégées
Des intempéries naturelles
Et des incursions surnaturelles.

Cri des terres mal gérées
Quand les richesses sont confisquées
Par une minorité galopante
Au profit d’une majorité misérante.

Cri des terres surfacturées
Quand les capitaux sont détenus
Par des capitalistes inhumains
Délivrant des espoirs voraces et coquins.

Cri des terres délogées
Quand les ayant droit sont expropriés
Par des hors-la-loi sans scrupules
Crapules, crapules, crapules.

Cri des terres sans sauvegarde
Quand le monde s’effondre
Quand riches et pauvres s’effondre
Quand la terre s’effondre.


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DARFOUR


A Kofi Annan

John Garang ! Garang John !
Kofi Annan! Annan Kofi!
Que fais-tu dans ce four
De braise qui braise nos fils ?
Tu as combattu le bon combat
Et l’albatros à été recalé sur les collines
Eh oui, la montagne a ses canons
Que seuls les oiseaux voient
Quand ils tonnent, on observe la fumée danser.
La montagne a-t-elle puni tes multiples indécisions ?
Aujourd’hui tu arrêtes la folie
Demain tu enrages la rage.
Ces vies que des canons caressent
Pour un paradis de merde justifié
Pourquoi nous existons et hésitons
C’est de l’eau de-vie et de-mort
Où est Ghali ! Où est Makéba ! Où est Nobel !
Ceux qui financent les rebelles !
Ceux qui financent les milices !
Ceux qui fabriquent les groupes armés !
Ceux qui arment les mouvements !
Ceux qui divisent pour mieux régner !
Ceux qui règnent pour mieux diviser !
Ceux qui financent les factions rivales !
Ô John, te voici dans les teignoirs.
Ceux qui t’ont trompé !
Ceux qui t’ont foutu !
Ceux qui t’ont bazardé !
Ah ! Ah ! Ah ! Ah !
Fallait les voir rire sur ta tombe
Ah, John Garang ! Jonas Savimbi !
Charles Taylor ! Che Guevara !
Mais Jean ! Mais Jonas !
Etait-ce là la mission de Ninive !
Sur ta couche sombre, reposent tous les dealers
Non tu as fait des études de droit
Mais tu as oublié la règle du pouvoir
Faudra la demander à Blair ; lui il la maîtrise.
Quel destin pour tous ceux qui croient
Gouverner par la force des armes.
Et entre temps,
Des enfants enrôlés
Des enfants martyrisés
Des enfants éteints
Guerre ! sécheresse ! misère !
On viole, on tue, on égorge impunément !
De prix nobels emprisonnés
Des hommes utiles éconduits
Des aides humanitaires refuseés
Des orgueils politiques applaudis !
Al Fachir ! Arusha ! Juba ! Gulu ! Tongil !
C’est le Sud !
Que toujours le Sud !
Ça commence toujours au Nord, à l’Est,
à l’Ouest, au Centre
Mais ça va toujours s’embraser au Sud.
Le Sud du Liban !
Le Sud du Tchad !
Le Sud du Soudan !
Le Sud du Sahara !
Le Sud des États-Unis
Le Sud du monde !
C’est le Sida !
C’est le paludisme !
C’est la tuberculose !
C’est les maladies émergentes !
C’est les réductions de la dette !
C’est la corruption galopante !
C’est les inondations !
C’est l’analphabétisme !
C’est la guérilla urbaine !
C’est l’exode rural !
C’est l’immigration clandestine !
C’est l’insécurité urbaine !
C’est la pauvreté des agriculteurs !
C’est les fonctionnaires mal traités !
C’est les chômeurs mal traités !
C’est les étudiants sans destin !
C’est les diplômés sans festin !
C’est la vie qui manque ! C’est la vie qui plante !
C’est toujours le Sud ! C’est John Garang !
Rumbeck ! Bastion de John
Pleureras-tu près de ta mort sous la croix qui purifie
Le sang des innocents tués
Les sang des vies triturées
Dans le sommeil de la douleur et de l’oubli
Balles et bulletins peuvent-ils cohabiter ?
Non, nous ne voulons plus ce mariage
Non, nous ne voulons plus ce commérage
Soit les balles et emballez
Soit les bulletins et votez
Pourtant ce matin, la colombe est partie d’Addis Abéba
Elle devra se poser comme la flamme olympique
A Joburg. C’est sans doute un signe des temps.


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QU'AS-TU A PERDRE ?


Cher ami, si ta vie n’est que souffrance
Cher ami qu’as-tu à perdre
Si ta vie, cher ami n’est que souffrance
Vas-y , bats-toi
Mais retiens que, sache seulement que,
Si ta vie n’est que souffrance
Si en toi ne brille que l’ombre sombre
Des jours amers qu’on désire vite oublier
Protège au moins ton âme.
Illusion ou vérité : teste Pascal
Surtout, arrête de brûler et de casser
Le karcher, ils se sont trompés
Le karcher, c’est pas pour les sentiments nobles
Le karcher, malgré la pauvreté apparente
C’est pas pour ceux qui disent « En vérité, très sincèrement »
Mais qui se trompent en nous trompant.
Ne va plus prendre les bombes pour de l’argent
Non ! Arrêtez d’armer mes frères
Non ! Arrêtez d’inculquer des idées noires
A des anges venus partager des roses !
Non ! Envoyez-vous mêmes au front !
Vous comprendrez la chaleur des canons !
Vous comprendrez la brûlure qu’on ressent
Quand on tue on mange sa chair crue
Quand on boit ses urines
Vous comprendrez la fraîcheur des veillées
A débusquer un ennemi,
A débusquer, que dis-je, un ami.
Si tu regrettes le soleil
Si les fleurs de Yaoundé
N’exhalent plus ces roses énivrantes
Sache que tu as un grand bonheur
C’est celui de vivre pour les tiens
C’est celui de laisser un souvenir
C’est celui de protéger ton âme.


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HERITAGE


A Elif Safaq

Les uns ont construit
Les autres ont détruit
Les uns ont tout donné
Les autres ont tout saccagé
Les uns ont tout abandonné
Les autres ont tout bazardé
Les uns ont tout dirigé
Les autres ont tout mal géré
Et les uns ont regretté leurs cœurs
Et les uns ont regretté leurs œuvres
Et les uns ont pleuré leurs sacrifices
Et les autres se sont mis à rire
Et les autres ont vite oublié
Et les autres n’ont rien compris
Et les autres ont tout compromis.


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EPIMETHEE


Celui qui ne sait jamais attendre
Celui qui a horreur des concertations
Celui qui se nourrit du sang des innocents
Celui qui pille sans rendre compte
Celui qui est voué à l’humiliation
Celui dont les marabouts on toujours trompé
Celui dont les financeurs fourrent dans le cul-de-jac
Celui dont le réveil tardif ne sera que négatif
Celui dont le dépôt des armes conduira à sa chute
Celui qui prit dans l’étau des compromis
Risque fort bien de rester à Fort boyard
Le bel rebelle regarde avec attention les appels de réconciliation qui lui sont adressés. Toujours imbu et arrogant, il rejette tout. Des émissaires sont même envoyés à ses genoux, il crache sur eux. Des grosses propositions sont même faites pour lui, il y démasque une tentative d’assassinat. Certains envoient des bébés de dix ans négocier avec des émissaires. D’autres, quand ils ont déposé les armes prétendent que le pouvoir leur reviendra tout de go. Ils confondent l’état de nature de Hobbes où le loup ne peut que l’emporter sur l’agneau à la société de Tocqueville où la loi du plus fort est diffuse par la victoire aux urnes et par la gestion du pouvoir suprême. Attendre est une blessure dans le cœur du rebelle. Il aime que ça aille vite. Il n’a pas de modèle à suivre. Il est son propre modèle. Ceux-là même qui lui envoient des émissaires et qu’il éconduit froidement sont ceux-là mêmes qui lui proposent des gros sous et des armes. Il rejette les émissaires et il empoche l’argent. Il vit loin des civilités. Mais que veut-il donc : le pouvoir suprême ou continuer à déstabiliser la région en occasionnant la mort des innocents, la fuite des populations et la chute des mariages ? Nul ne sait. Mais une chose est sûre : il mène la guerre de contrôle d’une région. Alors, quand, il a assez empoché de l’argent. Alors quand les émissaires ont réussi, je ne sais par quel truc, à le ramener à considérer que le pouvoir civil et le commandement suprême demandent de la préparation et du temps, quand enfin on lui a proposé le poste d’éternel vice-président qu’il refusait auparavant, et qu’il a finalement accepté, on se rend compte que ce type n’est guère un fin stratège. Peut-on accepter ce qu’on refusait avant ? Peut-on accepter quand on a tué des innocents ? C’est bête, non ! Notre rebelle est bête ? La lumière lui étant invivable, incapable de retourner à la caverne, la seule façon de lui donner une importance, c’est de l’envoyer à une mission ou à une conférence et de trouver un de ses anciens protégés pour qu’il l’élimine. Voilà le lourd tribut de récompense que le ciel accorde à ceux qui ont horreur de la clarté et qui tuent pour espérer ne jamais être tué et mourir.
Celui qui ne sait jamais attendre
Celui dont les financeurs fourrent dans le cul-de-jac
Celui dont le réveil tardif ne sera que négatif
Celui dont le dépôt des armes conduira à sa chute
Celui qui pris dans l’étau des compromis
Risque fort bien de rester à Fort boyard.


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BAGDAD


Ceux qui étaient partis pour la paix
N’ont jamais pu partager le lait
Faute de temps, faute de camp
Faute de paix, faute paix, faute de paix.

Bagdad ! Cœur de mes richesses naturelles !
Bagdad ! Cheval-roi de mon empereur !
Bagdad ! Source thermale de mes moments de froid !
Bagdad ! Paysage de mes rêves naturels !

Te voilà ! Te voilà ! Te voilà !
Le poète te décris en pleurs trois fois
Pour exprimer sa vive émotion sous une loi
Qui te dévoie, qui t’enfonce, qui te mets à plat.

Et dire que Washington nous promettait
Que le lait coulerait dans le Tigre et l’Euphrate
Et dire que New York nous promettait
Qu’on se promènerait dans tes rues sans tigre.

A jamais donc la paix sur ces femmes
A jamais donc la paix sur ces hommes
A jamais donc la joie sur ces garçons
A jamais donc la joie sur ces filles

Ces femmes, mères, épouses des Antillais
Ces hommes, pères, époux des Papouasiens
Ces garçons, frères, amis des Esquimaux
Ces files, sœurs, amies des Malgaches.

Mes peuples et moi d’Afrique dans ta Mésopotamie
Viendront rendre hommage jusqu’à la lie
Aux vaillants hommes qui ont tout quitté
Pour venir te protéger bien que par toi insulté.

Ici, des camions explosent ! là des marchés explosent !
Ici des vies partent ! là des corps pendent !
Ici des innocents tués ! là des kamikazes torturés !
Ici des convois piégés ! là des casques bleus émiettés !

Plus loin, dans une ruelle où Chi’ites dansent
C’est des canons et des tirs qui attristent
Plus loin, dans une ville où Sunnites chantent
C’est des bombes et des explosions qui ratissent.

Ô New York, en fallait-il autant
Pour nous replonger dans les moments
Obscurs de nos vies ? Comment
En arrive-t-on à cela en ce temps ?

Maintenant donc que tout est confondu
Civiles innocents et civiles revanchards
Tous dilués dans la cendre chaude des tirs
Maintenant que tout bonheur est fondu

Comment rétablir la paix dans ce milieu
Comment redonner espoir dans ce milieu
Comment reconstruire dans ce milieu
Comment faire tout oublier dans ce milieu.

Bagdad, c’est Khartoum dormant sur une vipère
Bagdad, c’est Nairobi rêvant sur un guépard
Bagdad, c’est Kaboul roucoulant sur un échassier
Bagdad, c’est nos peurs, nos menaces de pourchassés.

Dans les chants doux entonnés dans les rues de Tahiti
C’est l’espoir des peuples affamés de Haïti
Dans les chants doux entonnés dans les rues d’Angleterre
C’est l’espoir d’un peuple épris d’amour pour sa terre.


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HAUTEUR


À Georges Pompidou et Sédar Senghor.

Où c’était encore ?
C’était à normal sup !
C’était où, rappelez-moi ?
Et je dînais avec mes emblématiques
A Rue Saint-Guillaume
Ceux qui gouvernent
Ceux qui veulent gouverner
Ceux qui gouverneront
S’enfoutent de nos pauvres diplômes
S’envoûtent de nos pauvres enthousiasmes
Ramassés sur des campus mal lotis.
Il faut qu’on aille à Rue saint-Guillaume
Il faut qu’on aille à Rue Sainte-Anne
Ceux qui gouvernent
Lorgnent avec dédain la marche des étudiants
Quand ils veulent que leur condition de vie change
Ceux qui gouvernent
Oublient qu’hier, hier, hier encore
Ils étaient pareils à nous
Ceux qui gouvernent
Accordent plus d’oreille aux autres corps
Parce qu’ils ne constituent pas de risques pour eux
Ceux qui gouvernent
Passent leur temps à épier les étudiants
Ceux qui gouvernent
Adorent qu’on vienne applaudir leur ronronnement
Ceux qui gouvernent
Semblent ne rien n’attendre des jeunes
Ceux qui gouvernent
Détestent discuter avec ceux qui cherchent leur chemin
Ceux qui gouvernent
C’est un peu un ex-rebelle libéré
Ceux qui gouvernent
Adorent travailler avec les illettrés
Ceux qui gouvernent
Pensent que la politique horrifie les diplômes
Ceux qui gouvernent
Veulent changer tout sans ferments
Ceux qui gouvernent
Font à leur tête
Ceux qui gouvernent
S’accrochent au pouvoir
Ceux qui gouvernent
Pensent que les diplômes c’est pas le terrain
Ceux qui gouvernent
Pensent que le terrain, c’est pas les diplômes
Ceux qui gouvernent
Pensent que la politique c’est pas les diplômes
Ceux qui gouvernent
Demandent à la jeunesse d’attendre
Ceux qui gouvernent
Adorent les jeunes qui mendient, qui se prostituent
Ceux qui gouvernent
Estiment que les jeunes demandent un peu trop
Ceux qui gouvernent
Estiment que les jeunes militants sont assez jeunes
Quand il faut gouverner
Ceux qui gouvernent
Prétendent calmer les jeunes par le karcher
Ceux qui gouvernent
N’aiment plus trop écrire des livres à leur actif
Ceux qui gouvernent
Ne savent quitter le pouvoir quand ils sont encore lucides
Ceux qui gouvernent
Prétendent qu’ils sont des dieux quand ils sont craints
Ceux qui gouvernent
Croient qu’ils sont là parce que Dieu les a tant aimés
Ceux qui gouvernent
Ne gouvernent plus le plus souvent
Ceux qui gouvernent
N’ignorent pourtant pas l’électorat jeune
Nous chanterons les chants d’ombre pour pleurer la désolation et la cadavérisation de nos peuples. Nous viendrons au Centre Pompidou nous extasier et revisiter Tristan Tzara, Max Ernst. Mais comme sur l’étable de Dieu les hosties noires languissent sous les tropiques, nous proclamerons la liberté des peuples retrouvés. L’Afrique n’échappera pas à l’Occident. L’occident ne s’enfoutera pas de l’Afrique. C’est à Normal sup. De Paris que fut scellé ce wedding. Nous continuerons à nous marier. A nous encombrer. A nous peupler. Nous sommes faits l’un pour l’autre. Léopold insufflera Georges stylera. Ça aura le goût de mai 1968.
Ceux qui gouvernent méditeraient ces propos de Pompidou : « Car diriger, ce n’est pas commander, diriger, c’est conduire, conduire vers un but, vers un idéal, auquel on croit que l’on a fait partager à d’autres et dont on montre la direction. »
Ceux qui gouvernent
Pensent toujours que demain ils ne seront pas passés.


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SAUT DE LA MORT


A Josiane Bouinot

30 juillet ! 30 juillet ! O ma tombe !
Trente jouait dans le grimoire de la gueuserie !
Ecoute le grincement des Tinariwen
Sous les fusils et les guitares
C’est l’été ! C’est la pluie d’été ! C’est le déluge !
Qu’en sera-t-il de l’automne avec ses averses !
Qu’en sera-t-il de l’hiver avec sa neige !
Qu’en sera-t-il du printemps avec ses roses !
Partout des grêlons tombent du ciel !
C’est la colère du dieu des armées et des victoires !
Fuyons ces croûtes de cratères ! Allons chez Pluton !
Non ! On ne le voit pas ! Allons chez Mars !
Ô Josiane ! Josiane ! Mon amie !
Ta mémoire n’oubliera pas ces images :
Des enfants handicapés ! Des enfants meurtris !
Des enfants orphelins ! Des enfants replis !
Ces enfants q’on conduit à l’étable et
Qu’aucune main ne suspendra le couperet !
Ces enfants qu’on emballe
Comme des fagots de bois !
C’est pour réchauffer la braise des caveaux !
Ces corps entassées. Ces corps encaissés
Sur des draps blancs trempés de rouge vif !
Du rouge vif enseveli de draps blancs !
Ces enfants qui s’endorment au phosphore
C’est nos nos enfants, nos doux agneaux
Ces femmes qui s’endorment au phosphore
C’est nos filles, nos sœurs, nos épouses
Ces hommes qui s’endorment au plomb,
C’est nos fils, nos frères, nos époux
Ces âmes qui s’en vont, c’est vous ! Que dis-je, c’est nous.
Pleurez ! Pleure Josiane ! C’en est de trop ! On en a marre !
Des enfants sous scolarisés ! Enclavés ! Kampusch !
Des femmes analphabètes ! Sans liberté ! Bettencourt!
Des hommes sans boulot ! Déshumanisés ! Sans égalité !
Tout ce qu’on trouve de mieux à nous donner
C’est de la merde en plein été !
Que de bombardiers ma Denise Bombardier !
Misère ! Misérables gentils hommes ! Miséreux !
A quoi sert ce riz qui nous salit les corps,
Et cette huile qui sent si mauvais ?
C’est pour redonner la vie à ceux qui sont partis ?
C’est pour reconstruire Jenin roquettée ?
C’est pour rebâtir Tyre destabilisée ?
C’est pour rebâtir Madrid déchiquetée !
C’est pour rebâtir New-York avec ses inoubliées !
C’est pour resanter Shakatwa sidaïser et sidérer !
Sang ! Larmes ! Gémissements de blessés !
Sirènes hurlantes ! Cires lentes ! Déflagrations !
Désirs d’éternité !Désirs de grandeur ! Ô Darmstadt !
Soleil amoureux ! Soleil estival ! Ô Beaver Creek !
Nouveaux maux ! Jeux de mots !Maux morts !
Foutez-nous la paix avec ces aliments qui constipent !
Foutez-nous la paix avec ces dons qui nous blessent !
Foutez-nous la paix ! Nous ne voulons rien de tout cela !
Oui, allez loin de nous ! Nous, Nous voulons la liberté !
Nous, nous voulons la paix !
Regardez tout ceci : ces maisons détruites !
Regardez tout ceci : ces hôpitaux éclaboussés !
Sans blague, c’est pour servir qui ça !
Peut-être un dieu qu’on ne partage pas !
Loin de nous ces urgences qui nous périssent !
Josiane mon amie, pleut-il à Rue Hutchison
Comme il meurt ici à Kandahar ?
A Bagdad la colère s’enflamme dans les rues
On se rue on s’enrhume en rue en ruelle
Avec nos amis les grenades pellent et truellent
Pour accoucher notre beau monde qui se tue
La fin de Katrina nous fera-t-il oublier
Tous ces disparus, ces morts, ces perdus ?
La vie doit-elle être si relativisée,
Si banalisée au point que pour beaucoup
Elle n’ait plus de sens, d’intérêt ?
Notre terre n’est plus qu’un gros gouffre
Rouge où fond notre vie où fond notre souffle
Si notre terre n’est pas encore sodomisée
De partout des grêlons de feu du ciel
Tout laisse croire qu’on s’y prépare activement
Il semble que l’homme soit déjà habitué
A ce genre de pluie diluvienne ! Sommières !
Qu’il attend de plus grand encore !
C’est pourquoi l’extravagance s’extasie !
C’est pourquoi la folie des grandeurs s’épanouit !
C’est pourquoi le tape-à-l’œil se réjouit
C’est pourquoi plus rien n’étonne !
C’est pourquoi mille morts, c’est rien
Par comparaison aux millions qui sont déjà tombés !
Ah ma chère Josiane, c’est fou, l’homme !
C’est vraiment fou ce job de l’homme !
Des décombres qui rient aux éclats !
Des mortiers qui pilonnent sans arrêt !
Tes tabacs asséchés ! Des vignes détruites !
De l’eau fioulée ! Du blé foulé !
Des bombes qui se reposent !
Des bombes explosent !
Des bâtiments pilulent !
Des flottes tractent !
O Josiane ! Quel enfer ! Quelle boucherie !
O Josiane ! Quel carnage ! Quel désastre !
Et c’est l’homme ça ?
Est ça l’homme des lois ?
C’est ça le maître des principes et des idéaux
Qui tous les jours se résout à inventer des lignes
Sans avoir résolu d’autres problèmes ?
Mais quelqu’un a-t-il le droit moral de
Détruire quelqu’un d’autre ?
Quelle nausée ! Quelle connerie !
J’ai peur dans mon cœur
Comme il pleut dans le monde
Qui fécondera encore la vie à Cana ?
Serons-nous encore ces ferments ?
Ô Jerome ! Ô Seal ! Ô Johnny Halliday !
Ö Voulzy ! Doc Gynéco !
Ô Michael Jackson: they dont take care about us.
Ô soldats le métier est certes de mourir
Mais n’est-il pas aussi de dormir ?
De guerre lasse nous voulons le changement
Pour un monde qui ne respire plus fort
Partout la peur nous habite
Et ses gros yeux effrayants
Ouf ! Pouf ! Touf ! ça semble cuire
Là-bas de ce côté là de la cuisine
Pas d’amis ! Milles ennemis ! Ombres mortelles !
Villes renversées ! Linteaux enfoirés ! Ruines éternelles !
Souvenir anéanti ! Bonheur perverti !
La fumée monte à peine
Dans ce four où tombent des fruits
N’ayant pas encore mûris !
C’est la terre qui s’en réjouit fort bien
L’homme se masturbe la conscience
Dans ce paradis au fruit défendu.
Mais rassurez-vous chers amis
Nous serons là espérez-le.
Nous ne sommes pas encore morts de cette vie
Qui nous ruine pas encore assez vivants
De cette mort qui nous ruine.
Le karcher, c’est vraiment pour les dirigeants !
Mais qui reconstruira en trois jours ground zero ?
Oui malheurs à ceux qui fécondent les guerres
Et se vêtent de vieilles guenilles pour nous tromper
Quand épouses et familles se lavent de pépites d’or
Et les destinataires oubliés et relégués à mourir dans les rues
Pour revendiquer des droits dont leurs maxima ne croient pas
Mais qui rebâtira la nouvelle Jérusalem ?
Personne parce qu’il faudra encore reconnaître le berger
En attendant de reconnaître le vrai berger
Dans le troupeau de nombreux bergers
Peuvent commencer à bâtir Jérusalem
Quitte à ce qu’elle soit recassée puis rebâtie
En attendant dans la gueule du loup
Ça fait peur !
Ça fait trembler !
Ça fait pleurer !
Ça fait consoler !
Ça fait regretter !
Ça fait remonter !
Ça fait oublier !
Ça fait penser !
Ça fait panser !
Ça fait saigner !
Ça fait mourir !
Ça fait vivre !
Ça fait espérer !
Peur sur le monde !


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SENGHORIENS


Verson où vieillit le sage !
Tu es un pont où sourit le soleil
Paradis si doux de mes rêves
Que je forme pour mes senghoriens.

Senghoriens, ce sont mes vers si souriant
Au regard écarlate d’une Normande
Entre deux pauses que je tape en riant
Sur la verdure mauve du monde.

O Senghor ! Ô Verson ! Ô Colette ! Ô Joal !
Les rues de mon cœur s’allument
Au petit bijou de tes hivernages
L’hiver est déjà là, ô mon ange !

Est-ce à Lyon que j’irai allumer
La bougie qui fait briller le visage de la Vierge
En attendant le premier cri de l’enfantement
Du sauveur dont le retour est attendu.

Senghor ! Toi qui fabriques le tissu universel
Sur lequel chacun fait sa broderie
Voudras-tu encore jouer au ping-pong
Ou bien valser avec Béatrice Bettoumi.

Mon cœur s’allume aux sourires humains
Dehors tout brille bleu, blanc, rouge
Et mon cœur s’enivre de ta prose
Senghoriens, dis-moi l’amour des humains.

Je voudrais que la cigarette fume
Afin que la fumée des peuples neufs
Embrase toutes les rues de notre terre
Pour que ce soir d’espoir renaisse.

Senghoriens, amis du monde aveugle
Prenez le parapluie de la madone
Abritez-vous sous ses belles dentelles
Et que sa finesse vous endorme.

Ce soir, sur le sourire doux de Verson
Voilà nos peuples rassemblés pour la vie
L’odeur des roses commence son exhalaison
L’ Home est né. Il goûte déjà la vie.


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EVASION


La nuit longue des festivals
Languit par des spectacles
Sur les planchers pas chers
Nous écouterons du Claude Blanchard
En duo avec Kelly Michelle la glamour
Dans le grand cabaret de Montréal
L’été s’enflammera en nos amours
Je repasserai les misérables
Je lyrirai les hugoliens avec Georges Brassens
En duo avec Edith Piaf l’égérie de l’humour
Nous volerons vers Papeete avec les Rolling Stone
Les voix de Pasto et Césaria Evora
Envelouteront les spectateurs de leur aura
A Sydney sur le beach chaud et mouvant
Fela grinçant sa guitare avec Marcel Khalife
Feront descendre les larmes du soleil
Pour rallumer les cœur sans réveil
La troupe ne prendra pas de sommeil
A Houston Prince Eyango et Whitney Houston
Cantateront pour les louisianais
Un répertoire de Messie Martin
Et le monde sera si heureux, si joyeux
Sunnites et Chiites en ronde à Bagdad
Feront des hola hola en rondeau
Youssous Ndour Lorie et Olivia
Reprendront Ray Charles et Nâdiya
Laurent Voulzy et Oumou Sangaré
Appuyés par les danseuses de samba
Embraseront le show avec les Nubians
On dansera on s’oubliera
On s’évadera on rosera
Partout comme une mauvaise nouvelle
La bombe fera des victimes
Le monde entier se mettra au rythme
Yannick Noah conduira ses enfants
Vers la rencontre de l’avenir
La nuit ne sera plus noire
Elle est déjà blanche et douce.


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LAC


J’aime m’asseoir tous les soirs
Sur la terrasse de l’hôtel des Députés
Toucher les doux rayons du soir
Qui s’envolent vers les lendemains incertains.

L’hôtel des Députés assis sur l’esplanade
Est un air Bus A380 qui ne fait pas de cascade
Qui surmonte les vagues du Lac central
Coin heureux, chers visiteurs, à trois étoiles
Accueillants les représentants de la nation.

Lac central ! ciel ouvert se donne à ses bras
Les vagues qui grillent sous le soleil
Que pétrissent des nénuphars blancs
Est une comédie qui se joue tous les soirs
Quand le soleil s’en va rejoindre son nid.

J’aime regarder le pêcheur qui jette le filet
Attentif, sur une pirogue qui fait ses roulettes
Attendant que des carpes aux chaires estimées
Se jette à ses nasses avec la tendresse chaude
Du café vermoulu qu’on vous sert à l’hôtel.

Ce que je reproche à nos amis parlementaires
C’est parfois de consacrer assez de temps
A prendre du café quand leurs frères maladifs
Meurent de misère sans promesse tenue.

Amis qui venez de rentrer dans Yaoundé
Ne vous y étonnez pas de ce paradis majestueux
Qui poursuit sa marche écarlate et sans hâte
Dans le dos des bâtiments des transports
Pour se loger dans les basses herbes de la gendarmerie.

Le lac central est notre rendez-vous
Il rafraîchit les mémoires sobres des énarques
Jette ses effluves aux normaliens étouffés de travail
Et s’évade le long des pierres du général
Pour se pâmer au repos sur les portes des administrateurs.

O mon Lac, ruisseau de mes amours
Couche-toi sous le dortoir de mes pères
Pour me souffler l’air chaud de l’orient
Afin que dans la tendresse des vagues qui voguent
Moi le poète j’appelle des amis pour te saluer.


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A QUI LE TOUR


A Petr Kral

Donne-moi une vie
Donne-moi une envie
Quelque chose à faire aussi
Donne-moi juste ma vie
Donne-moi un espoir
Bientôt ce sera à moi le tour
Et je ne voudrais pas décevoir
Tellement on ne m’a pas fait confiance
Que je mettrai du mien
Et tout du tien
Pour être à la hauteur
De ce qui nous attend : du bonheur.


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INTROSPECTION


Je viens de demander l’heure
Au dernier passant de mes heures
Il m’a regardé d’un regard sans égard
Comme pour dire quel bilan mon gars.

Je suis passé et j’ai fait semblant
De n’avoir pas vu son petit geste
Qui me toisait le fond du front
Comme un tireur à gage au front.

Pour faire le point de cette vie
Il me faut rentrer dans les lieux élevés
Des Moines Bénédictins du Fébé
Afin de mieux me revoir dans mes vies.

J’ai d’abord reconnu comme Fils de terre
Etre né de parents pêcheurs et mortels
Puis je me suis penché comme un hérétique
Sur cette vie que je traîne comme un paralytique.

J’ai récité trois fois le «Notre Père qui êtes aux cieux»
A ce moment, la fraîcheur des hauteurs m’a enivré
J’ai ressenti comme un templier sous le vent des lieux
Une force descendre pour m’envelopper de sa givrée.

J’ai senti le monde physique me quitter
Laisser place au monde métaphysique
Face à moi-même sous le vent chaud
Qui me vient des draps chauds des prêtres

J’ai reconnu toute cette vie de démons
Qui me caractérise ; et comme une brute
J’ai souvent fait des choses sans mont
Mauvaises choses dans lesquelles je bute.

J’ai renforcé ma concentration ; j’ai épuré
Et le liquide de mes maux coulait
Avec une vitesse de haute technologie
Je me sentais déchargé, vidé, essoré.

Et, après avoir demandé pardon au Seigneur
Il a envoyé ses anges et leur lyre
Me chanter la chanson des nouveaux-nés
J’étais né de nouveau. J’étais nouveau-né.

Regardant au loin la ville de Yaoundé
Vivoter dans les basses sphères
J’ai mesuré l’abîme qui régnait en moi
Je me suis levé, j’ai commencé à pleurer.

J’ai promis de ne plus m’enivrer de funèbres
Dès ce jour et à la fin des jours, sous la lumière
Je vivrais me cachant des nuits et des ténèbres
Afin qu’au dernier jour, tout passe : esprit et matière.


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