La libre littérature française des Amériques

Accès aux poèmes :
Andernos.
La Bruyère.
La Vieille Source.
Un Enfant.
Hommages.
Siamois.
Une Rose de Bois.
Seigneur.
Les Vieilles Barques.
Le Mimosa.
Supplique pour un éphémère messager.
Arbitraire.
Soleil d'Or.
Trois Hommes d'Affaires.
Les Siffleurs.
J'ai Vu.
Le Rossignol.
Le Ruisseau.
A la mémoire de Sarah.
La Tulipe Blanche.

Retour à la page d'accueil.

Retour au site portail
Le Bassin
d'Arcachon

de François VEILLON
http://pageperso.aol.fr/francoisveillon/Lesfleursdujardin.html
francoisveillon@aol.com


Amoureux du bassin, j'ai plaisir à réciter mes poèmes lors de mes ballades.
Ce n'est pas du narcissisme, mais un amour réel pour les manifestations toujours renouvelées de la nature qui enrichissent les sens.






















Andernos.


Des ribambelles de bambins trottent à l'infini sur ton ventre de sable
pour tenir à deux mains une onde insaisissable.
Leurs cris de joie sont des grâces qu'il nous faut apprécier,
car l'innocence appelle la beauté.

Un vent de Sud m'enveloppe de sa moite tiédeur
et je ne me lasse guère, les yeux au ras de l'eau,
d'admirer la danse sinueuse des villages brumeux ceinturant le Bassin.

Une pinasse élancée remonte le jusant de sa toux régulière.
Un chaland de nos pères dérive lentement autour d'un pieu rongé…
Hommes et femmes d'huîtres, à la marée liés,
de vieux bateaux par derrière vous portent encore leurs ultimes fardeaux.

Je n'imagine pas, quand dans vos officines
je vous viens acheter les fruits de l'océan,
combien il vous fallut de temps de fatigue et de peine,
pour ce que sans y penser j'avale en un instant.

Les benèzes ne coiffent plus le chef des vaillantes parqueuses
et la serge éclatante ne ceint plus le corps des pêcheurs de jadis.

Mais le montant lassé de ses vieilles conquêtes, se retire déjà,
découvrant les esteys, en livrant aux regards les concessions d'antan
où les piquets tordus, comme des centenaires,
balisent jusqu'à demain les éboulis des parcs désaffectés.

Un chien de mer, ivre de vent salé, course les hirondelles.
En vain… La bête de rage aboie contre le ciel.
Dans les derniers bassins, où les huîtres se baignent,
des mules prisonniers attendent jusqu'au soir le flot libérateur et dans le grand chenal,
enchâssé dans la vase, quelques bateaux légers glissent en silence vers des ports étrangers.

Alors, sortant de l'onde, chevelure peignée par le flux et le reflux,
apparaît le varech dans sa verte livrée.
Quant à la vieille source, elle coule sereine en dépit des années
et même si parfois son débit est un filet menu, elle chuchote encore pour ne pas se tarir.
Elle verse à deux pas le reste de son age dans un ruisseau rouillé qui l'emmène à la mer.

Les benèzes ne coiffent plus le chef des vaillantes parqueuses
et la serge éclatante ne ceint plus le corps des pêcheurs de jadis.
Andernos, ne change pas trop vite, nos âmes tourmentées ont besoin de ta paix.


revenir au début


La Bruyère.


Rose cloche immortelle,
Bruissant au moindre friselis
Tapissant les asphodèles
D'un grand manteau de fins surplis.

D'un port altier elle répand
Ses colonies à travers bois
Pour étouffer le pas des faons
Quand poursuivis sont aux abois.

Dans la sylve elle cache,
Les pieds rugueux des pins géants,
Préservant des coups de hache
Les troncs dressés offerts au vent.

Bien que n'étant capiteuse
Elle à pourtant beaucoup donné ;
Ses racines pour qui creuse
Et ses tiges pour les balais.

Érica la brise-pierre,
Ainsi antan l'a-t-on nommée
Pour céans elle n'est pas fière;
Elle a perdu sa renommée.


revenir au début


La Vieille Source.


Elle coule sereine,
En dépit des années
Et son débit parfois
Est un filet menu
Mais qui chuchote encor
Pour ne pas se tarir.

Elle attire toujours,
Par son profond mystère
Les enfants des enfants,
Qui par curiosité,
Sont toujours envoûtés
Par son chant abyssal,
Venant d'on ne sait où.

Elle cache ses sanglots
Dans un lit de bruyères
Et l'onde qu'elle donne,
A lavé bien des mains,
Étanché bien des soifs.

Pourra-t-elle encore,
De son cœur généreux,
Abreuver sans danger
Les hommes de demain…


revenir au début


Un Enfant.


Un enfant est venu ce soir,
Dans un berceau, tout petit corps.
Ignorant ceux venus le voir
Et la caresse qui l'endort.

Tous sont penchés, emplis d'espoir
Pour embrasser le bel enfant
Mais lui s'étire dans le noir
Jouant encor dans le néant.

Il a grandi, serti d'amour,
Par des parents les traits tirés
Qui l'ont veillé la nuit le jour,
Quand tout fiévreux il délirait.

Mais dans les Pays en conflits,
Il est des pères aimant leur fils,
Qui tuent pourtant les tout-petits
A la machette ou au fusil.

Un enfant est venu ce soir,
Dans un berceau, tout petit corps.
Ignorant ceux venus le voir
Et la caresse qui l'endort.


revenir au début


Hommages...


Honneurs à vous, vieilles barques,
tilloles légères
chaloupes non pontées
et pinasses d'un autre âge dont
les courbes parfaites nous font imaginer que par dame nature vous fûtes enfantées.

Honneurs à vous, hardis marins,
qui franchissiez La "barre"
de vos bateaux légers,
sachant que sous les lames vous risquiez le trépas.
Combien ont disparu, sous les coups de boutoir
d'un océan sauvage qui ne se souciait guère des bouches orphelines.

Honneurs à vous, veuves des mers,
que la douleur égare,
mais dont tous les enfants
ont le désir de vivre.
Honneur à tous, car de vos sacrifices, il n'y eut point de plages
que nous n'eussions aimé.


revenir au début

Siamois.


Tes yeux sont des abysses bleus
Où vient se perdre mon âme.
Je ne sais si dans cet azur
Tu m'aimes ou bien me blâmes.

Nulle part, mais aussi partout,
Tu n'es pas là quand je t'attends
Mais si j'oublie ton ronron doux
Je te surprends bien mécontent.

A la saison de tes amours,
Tu deviens un chat sauvage,
Mal peigné, poil à rebours,
Tu n'es plus un matou sage.

Oreille percée, boitant bas,
Faisant fi des habitudes,
Tu cours la gueuse à frimas,
Sans souci des combats rudes.

Quand sur ta robe court ma main,
Et que brille ton œil de chat,
Pense-tu donc que les humains
Aient plus de mérites que toi ?


revenir au début

Une Rose de Bois.


Du haut des hautes frondaisons, à l'heure estivale où les cigales stridulent leur cithare
et que l'écureuil sur son arbre en acrobate est roi,
fleurit la rose aux pétales de bois.

Verte tout d'abord, fleurant bon la résine, elle brunit au soleil ; pour nous c'est une pigne.
- Une pomme de pin ! S'écrieront les savants…
Mais qu'importe le latin quand on est dans le vent.

Quand vient la canicule, elle ouvre sans pudeur son cœur à la chaleur et de ses capitules,
elle laisse s'échapper des myriades d'éphémères tels des elfes pressés d'atterrir sur la mousse.
Mais si du ciel serein le manteau s'obscurcit sa grosseur à dessein aussitôt rétrécit.

Et quand vient le temps du grand souffle d'Autan, elle choit c'est fatal de son grand piédestal.

Malgré tout le respect pour son âge avancé je m'en saisis céans et la met au panier,
en lui disant combien il est doux en soirée de me bien réchauffer dans l'âtre du foyer.


revenir au début

Seigneur.


Seigneur, je ne te vois pas,
Mais pourtant tu existes
Malgré bien des guérillas
Et des gens qui périssent.

Mes travers m'indisposent,
Et s'il me plaît d'être pur,
Pour armes je dispose,
De ma foi dont ne suis sûr.

Sans cesse les épreuves
S'accumulent à loisir,
Nous faut-il voir la preuve
Que tu vas revenir?

Avons-nous pour survivre,
Dans ce monde sans guide,
Le secours du Saint Livre
Pour prêcher dans le vide ?

Quand la souffrance règne
Et que la vie renonce
Dans les pays qui saignent
As-tu bien des réponses ?

Seigneur, je ne te vois pas,
Mais pourtant tu existes.
Attendrai-je au trépas,
Pour avoir ta visite ?

L'Amour n'est pas un leurre,
Mais il faut le mériter,
Car il attend son heure
Et viendra sans se hâter.


Revenir au début.

-

Les Vieilles Barques.


Elles gisent sur un lit de sable ou de vase séchée
et pour tout baptême portent des noms à ce jour disparus.
A l'abri, sur leurs corps immobiles, les oiseaux sont perchés,
caquetant sur l'injuste partage des derniers poissons crus.
Leur étrave rouillée ne prendra plus la mer et de leur plancher fendu s'insinue la verte salicorne,
les scellant au sol de toute éternité.

Le regret est amer, quand le flot descendant ne les a emmenés,
ne laissant à l'intérieur de leurs pauvres carcasses
que des flaques stagnantes retenant prisonniers des crabes téméraires…

Elles franchirent les passes pour mener à bon port de leur ventre gravide des fardeaux importants
et sauvèrent des vies, quant aux plus fortes syzygies, les imprudents prenaient la mer.
Vous vivez aujourd'hui le reste de votre âge à vous fondre peu à peu au gré des éléments
qui ne vous portent plus sur le jusant rageur…

Vous ne méritez pas de finir oubliées dans l'âtre d'un foyer ou couvertes d'immondices,
mais dans un musée, ou chacun vous devrait le respect pour les services,
par vous rendus en toute humilité.


revenir au début

-

Le Mimosa.


Il suffit d'un zéphyr,
Dans ta belle livrée,
Pour que d'un seul soupir,
Je me vois enivré.

Tu es le point vernal,
D'une froide saison,
De retour triomphal,
Tu fleuris les maisons.

Tes feuilles ciselées,
Sur un port buissonnant,
Gardent pour une année,
Leur aspect verdoyant.

Charmant le bord de mer,
Quand la nature dort,
Tu n'es pas un peu fier,
Dans ta parure d'or.

Qu'il est doux d'inspirer,
Ton essence divine,
Avec celle salée
De la brise marine.


revenir au début

-

Supplique pour un éphémère messager.


Oh! printemps, ne t'enfuis pas trop vite,
laisse-moi sentir, pour la dernière fois, le parfum des lilas,
afin que je puisse, pour une année encore,
graver en mon esprit la sensation suprême qui va s'évanouir.

Oh ! Temps! Arrêtes-toi,
afin qu'à mes oreilles le chant bref du coucou résonne pour longtemps.
Oh ! Verdure, à la tendre livrée, ne change pas trop vite,
laisse encore, à mes yeux reposés ta parure vernale aux couleurs estompées.

Oh! Ma vie,
pourras-tu être longue,
pour me faire apprécier pour bien des décennies,
le cadeau enchanté du printemps messager.


revenir au début

-

Arbitraire.


Les compagnons du repreneur
Faisant assaut d'humanité,
Du personnel cherchent l'erreur
Pour la liste des nominés.

- Il était indispensable,
De vous changer d'occupation !
Vous feront les responsables
Du plan de restructuration.

- Si vous étiez, qui peut savoir,
Par ces temps de crise touché,
Il nous faudrait perdre l'espoir
De vous compter sur nos fichiers.

Les fossoyeurs de nos métiers,
Sont des groupes nécrophages
Faisant de nous des sacrifiés
En nous livrant au chômage.


revenir au début

-

Soleil d'Or.


Il me plaît, ce pâle soleil d'hiver dispensant des rayons qui ne sont chaleureux,
mais la lande, les bois et les bosquets s'en trouvent embellis.

J'aime voir miroiter le tronc des solitaires où la rosée s'égare
et sur le sol baigné par la lumière crue, des girolles confuses de se voir dénudées,
offrent au grand jour leur parure d'albâtre.

Il me plaît, car il éclaire des sites entourés de mystères où la nature dort,
préparant en secret l'explosion du printemps.

Il me plaît, ce frais soleil de décembre,
qui estompe l'azur mais qui fait espérer des lendemains heureux.

Il me plaît, quand il se cache, rougeoyant les lisières et la cime des pins,
remettant à demain un peu de son ouvrage, afin qu'un jour encore,
il dispense à nouveau la magie scintillante de sa lumière d'or.


revenir au début

-

Trois Hommes d'Affaires


Le cœur blessé par l'imposture
D'une traîtrise singulière,
Je vis trois hommes à fière allure,
En complets gris l'allure austère.

Le cheveu rare et l'œil glacé
Ils font le monde à leur façon.
La poigne sûre, le nerf d'acier
Ils sont en pleine conversation.

Valeurs et places financières,
Chacun bien sûr veut un morceau.
Ainsi céans vont les affaires,
Sans ingérence ni char d'assaut.

- Que ferons nous dans cette Europe
De tous ceux par nous licenciés ?
- Ne faites pas le philanthrope !
Et songez plutôt aux intérêts !

Bien sûr nous avons moins la guerre,
Et bien des larmes sont essuyées.
Mais attendant du Verseau l'ère,
Nous sommes les pions des argentiers.


revenir au début

-

Les Siffleurs.


Voyez-vous, mon bon maître, me fit l'anachorète,
Point n'est besoin de vivre pour certains, sans siffler.
J'ai connu, c'est banal, pas mal d'artistes esthètes
Restant de mâtine à complies, tels des outres gonflés.

J'ai vu siffler des verres dans des bars de perditions ;
J'ai ouie les belles trilles de la maréchaussée ;
J'ai frémi sous la roulette du tournoi des nations
Et des lentes modulations des bâtiments armés.

Mais de grâce surtout, jeta mon sage ascète,
Prenez garde aux desseins, sans nuls doute baroques
De tous ceux, qui par cet art vous semblent faire fête,
Alors que sous ces grands airs, s'entretient l'équivoque.

Vous les voyez superbes, la lippe qui roucoule,
Modulant sans vergogne, de par leur embouchure,
Des tirades fleuries, des tierces à chair de poule,
Pourvu que par les sons qu'ils font, d'exister, ils soient sûrs.


revenir au début

-

J'ai vu.


J'ai vu fleurir la ronce sur un rameau séché.

J'ai vu l'injustice licencier l'innocence.

J'ai vu des supérieurs n'ayant plus rien d'humain.

J'ai vu couler mes larmes devant l'enfant si pur.

J'ai vu couler le sang de ceux qui aimaient vivre.

J'ai vu venir la foi, mais je n'en suis pas digne.

J'ai vu des gens changer et mon cœur s'est serré

J'ai vu naître l'espoir et mon cœur s'est calmé.

J'ai vu fleurir la ronce sur un rameau séché.


revenir au début

-

Le Rossignol.


Le chant du rossignol emplissait le silence
Et par les modulations de sa gorge poussées,
Imposait le respect, dans le feuillage dense
Aux autres volatiles perchés dans la futaie.

Certains, privés de voix, n'étaient pas des artistes
A l'instar de la pie aux trilles de crécelle
Mais d'autres avisés, profitant de l'altruiste
Composaient en secret, plagiant le philomèle.

Un écureuil inquiet de ce remue-ménage,
Descendit en spirale du sommet de son pin,
Puis enfin rassuré, d'aucun mauvais présage,
Regagna le couvert du refuge aérien.

La complainte s'enfla au travers de l'espace
Et les notes d'argent explosaient sur les feuilles
Comme des gouttes d'eau un jour de pluie éparse
Pour tomber sur la mousse en de biens doux écueils.

Mais le petit oiseau pour un instant s'arrête,
S'octroyant une pause pour lancer à nouveau
Un concert éperdu, d'une harmonie parfaite,
Dans la forêt charmée par cet air tendre et beau.


revenir au début

-

Le Ruisseau.


Modeste capillaire qui sourd je ne sais où, ta courbe est sinueuse
et ton cours paresse entre les troncs des charmes allongés sur ton lit…
Souvent des inconscients, sans respect pour ton âge,
souillent sans vergogne de sanies ton passage.
Je frémis de te voir si pollué que les hommes demain t'auront canalisé,
sertissant de béton ta course régulière, te privant à jamais d'or et de lumière…

Sortant d'abysses oxydés, ton eau ferrugineuse recouvre chaque écueil
d'une teinte rougeâtre et ton débit nerveux berce les sagittaires,
ondule les rubaniers et sur ton passage, la menthe sauvage libère son parfum…
J'ai vu les trains de marchandises faisant vibrer ta couche
en de petits cercles blancs aussitôt refermés.

J'ai vu les lavandières, sous leur abri de chaume,
frapper de leurs outils des habits de coutils.
Ton eau, alors bien claire, rinçait par ton courant le linge savonné
et les cris de ces femmes, faisant si grand lavage,
devaient, par toi portés, glisser jusqu'au BASSIN.

Et s'ils s'étaient penchés, tous les maris pêcheurs auraient pu écouter,
au ras de leurs filets, le gentil babillage de leur douce moitié.


revenir au début

-

A la mémoire de Sarah.


Je suis un béotien,
Car n'étant tragédien,
De la scène ne sait
Pas le moindre succès.

Je comprends à ce jour,
Que par un beau détour,
La princesse Sarah,
Eût connu tant d'émois.

D'un Andernos aimé,
Où chaque mois de mai,
De son sceau embellit,
Les lentes flâneries.

Des roses du passé
Aux charmes désuets,
Est-ce l'Albertine,
Douce et mutine ?

Ou les belles moussues,
A la tige barbue,
Que je vois étonné,
En livrées chiffonnées.

Alors je sais Sarah,
Pourquoi donc Euréka
Se vit en une nuit,
De roses investie.


revenir au début

La Tulipe Blanche.


De toutes les fleurs de mon jardin,
une seule tulipe
ce matin est éclose.
Elle est blanche, immaculée;
je la sais éphémère,
d'une très courte vie.

Au faîte de sa longue tige,
elle hisse haut dans le massif
sa robe de porcelaine,
afin que le petit peuple
des floralies rampantes
remarque bien sa taille prise
et sa prestance élancée…

Elle a choisi de naître,
dans sa délicatesse
au bord d'un tapis vert
où dort mon vieux siamois,
fidèle compagnon
de dix neuf ans d'amour…


revenir au début