25 juin 2007
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LA DANSE INITIATIQUE
Djamal Sourou SMITH
Le poème, qui donne son titre à ce nouveau recueil, est un pur chef-d'oeuvre !
La danse initiatique des filles nubiles
Ce soir, déchire les silences Et irrite la terre poussiéreuse Porteuse de toutes les vibrations. L'horizon est absent. L'étendue reste muette. Aujourd'hui est un grand jour sacré Qui renoue ses alliances avec les Ancêtres. Les parures et les perles Les parfums et les couleurs Encensent l'air dans une ambiance festive. Les foules s'attroupent, s'agitent et se mêlent. Valses d'applaudissements Et cris stridents accompagnent les tam-tams Que battent infatigablement les mains viriles. Les corps sensuels des danseuses se touchent et se frottent Provoquant l'hystérie délirante de la foule Les poitrines nues, généreuses et opulentes Les seins en amande offerts aux vents Les hanches endiablées serties de perles rares Et les pas rythmiques de la cadence enivrante Recréent la magie du spectacle. Quelques hommes aux allures conquérantes S'invitent timidement parmi les danseuses Et les tam-tams tendus s'affolent Renouvellent le rythme endiablé Et toute la nuit, au clair de lune, Les filles nubiles enivrent la foule De leur danse Initiatique. revenir au début
Les volets s'écartent
Écarquillent leurs arcanes Et bâillent profondément Dans la rosée matinale. L'aube traîne ses toiles Sur la teinte des toitures Et dévoile sa face Courbée, couchée Sur la colline. Le vent vibre sur les corps Flagelle les flancs fragiles De la vieille ville. Et les vagues se brisent Sur la grève rocailleuse. Les esprits lointains Ressuscitent parmi les morts La vieille carcasse de leurs os Rouillée usée par l'usure du Temps. Et nous voici tous, À l'épreuve de la grande vérité, Nous voici tous Étourdis, Étonnés nous-même De nos vieux os de pauvres mortels ! revenir au début
Les cloches crachent leur colère en hauteur de la ville
Les ombres légères trahissent les lumières livides Et dans les artères désertées par la foule insouciante, La nuit princière étale ses voiles sur toutes les formes Aux flancs vétustes qui courent et déversent Leurs pâles rumeurs sur la face cachée du jour. Les silences s'enfoncent dans les cornes caverneuses du Temps Les accents syllabiques écorchent les entrailles du crépuscule Et là-bas, au fond des bois profonds, Les chants lyriques du troubadour caressent les âmes indolentes. Le jour étourdi, s'ennuie derrière les collines silencieuses Et les esprits lointains se vident de leur substance spirituelle. Sur le versant de la vaste clameur vespérale, Les voix viriles verrouillent les fastes du couchant Et leurs clameurs viscérales, dans les vallées profondes, Déchirent la chair poreuse du rivage solitaire. Au raz du sol, l'écho fraternel du silence escorte Le souffle des mortels dans leur demeure éternelle. L'humeur blafarde de ce jour bâtard étourdit les âmes Et pendant ce Temps, les troubles nocturnes torpillent mes angoisses Et foudroient tous mes sens Les odeurs de corps putréfiés obstruent mes narines Longues comme deux tunnels parallèles S'étirant dans les sentiers ténébreux. La vieille carcasse de mes os rongée par la rouille Reprouve l'éternel repos des mortels Mon regard embrouillé par la brume et le brouillard Résiste à l'assaut perpétuel du sommeil Attendant que demain l'aube purifie mes longues insomnies ! revenir au début
Un rêve dans le ciel
Une lumière dans les ombres Un sourire dans le deuil Une étoile dans le vide Un espoir au bout de la route Des fleurs dans les champs Des rires dans la foule Des sacrifices qui tombent Les peines qui s'essoufflent L'aurore sur les sueurs Mes regards brillent Mon cœur hurle Mon âme croit Demain sens la victoire Des conquêtes J'espère… revenir au début
Je viendrai cette nuit comme un fier alezan Eteindre devant toi mes douleurs qui m'affament Mon vieux regard blafard, épuisé par les ans S'affaisse et sanglote, tourmenté dans son âme Où trouverai-je un jour le soleil des étés ? Ici dans ce gouffre, mes joies se sont fanées L'espoir évanescent de mes rêves éreintés S'est assombri au loin, répudié, condamné Dans le tumulte déroutant du navire en furie Dans le tumulte inquiétant des rêves ahuris, J'ai en vain cherché une ombre délirante Jusqu'au dernier souffle de ma fidélité Je viendrai, avec toi, loin des impuretés, Communier pour oublier cette vie effrayante. revenir au début
Au soir de l'été, au milieu des souvenirs, Dans la douceur échevelée du zéphyr Je me rappelle de ta beauté olympienne Et de tes fragiles formes sahéliennes Tes ombres légères traînent sur mes ennuis Le silence alentour se brise et s'étourdit Et dehors les folles rumeurs du jour Se dénudent au soleil prochain de notre amour Pas de lumière au-dessus des toits ! Valse mélancolique qui verrouille mes voix ! A la porte de l'hiver, au détour des aubes qui se lèvent, Mes joies juvéniles s'arrêtent et s'achèvent La tristesse morne du soir trahit mes humeurs ! Le ciel drapé de ses inquiétudes conspue mes frayeurs. Le vent caresse le rivage, file puis s'arrête, ému ! Et mon cœur accorte, attendri ne bat plus Dans la clameur des jours fastes de nos ivresses A l'appel pressant de tes lèvres, Ô Princesse, Je viendrai, je viendrai à la hauteur des collines, Te chanter une complainte sur les roches cristallines. Dans la rumeur confuse des pèlerins sur la route Je viendrai proscrire en toi le doute Pour que tu saches que quoi qu'il arrive Je regarderai toujours vers tes rives purificatrices. revenir au début
Le souffle des corps Qui errent dans les tempêtes…. La cavale langoureuse Des âmes affolées… Le bruit des pas Sur le pavé… L'écho du silence Au ras du sol… La lune, le soleil Sur les dunes Et le désert furieux Qui glisse entre les pas. Le bruit des cloches Entre la brise et le vent… L'appel triomphal des amazones…. Les mains victorieuses s'agitent Les vagues ivres et le couchant S'embrassent et courtisent le ciel. Les corps éreintés qui attendent, Bâillent au seuil du retour. Les silences se parlent L'eau coule dans les cœurs Les larmes au fond des fleurs Les pétales se fanent Les espoirs, Les rires Les rêves Se meurent L'aube violée S'étouffe, Attendant Le meurtrier. revenir au début
Je voudrais mourir, Tomber du haut de la falaise, Et renaître sur une terre inconnue Loin de vos calomnies et de vos haines viscérales Qui affament et troublent ma quiétude Ici, entre ces murs et ces barbelés Je n'ai connu aucun repos, aucun répit Le suicide se remue dans mon âme Et l'exil aussi me tente, me flatte Rester encore ici, persévérer, Alors qu'il y a peu d'espoir Au bout du tunnel Rester encore ici Alors qu'il y a peu d'espérance sur la route Et que les espaces aussi se rétrécissent Et que les lumières même se dissipent Je préfère signer ici ma déchéance, Signer ma défaite et laver mon honneur. Je préfère mourir en martyr Que de vivre dans le dénuement Ici, sans lumière, sans amour Sans rêve, sans avenir pourrai-je continuer A feindre d'être heureux Dans cet engouement de regret Et de rêves contrariés Par l'usure des âges ? revenir au début
Au seuil du retour inespéré, A l'attente de tes pas inattendus La nuit s'affole et les fleurs tombent Les sueurs inondent les fronts blafards Les lèvres se sèchent au soleil Les regards ahuris s'étourdissent. Les lumières s'effacent Les ombres se fanent. Le jour s'inquiète Le silence s'agrippe sur le Temps La vie passe. L'air coule. Les eaux s'endorment. Les rêves s'écroulent Les sourires s'effeuillent Les joies s'évanouissent Les cœurs s'assombrissent. Le bonheur s'enferme Dans le silence des ténèbres Mais un jour viendra, Et j'irai te conquérir, J'irai me soûler de tes caresses Les yeux fermés, je me jetterai dans la falaise Pour chercher ta demeure. Loin des souvenirs anxieux Et des nostalgies perdues dans L'amertume du rire revenir au début
Les vagues se sont tues…. Les eaux profondes errent puis s'arrêtent. Le rivage solitaire semble plus calme Et l'air fredonne l'accent de ta voix suave. La mer bouge à peine… Le silence alourdit le Temps. Ton absence s'éternise au seuil de l'espérance Et mes attentes vieillissent dans la poussière. Le soleil s'accroupit à la lisière de ton corps Ses effluves argentées submergent l'asphalte de nos rêves. Et tes ombres renaissent à la hauteur des collines. Mon âme fatiguée s'arrête au seuil des espoirs. J'écoute ta voix vibrante battre fort dans mon cœur. Mes rires se desserrent, mes rêves revivent. J'exulte de joie. Les perles autour de tes hanches endiablées La courbe délicate et ferme de tes seins dessinent l'horizon Et réinventent le contour de mes envies Qui renaissent de leur dernier souffle Entre un baiser mortel et un fantasme à fleur de peau revenir au début
Pourquoi vivre le cœur serré, la gorge étranglée, la bouche sans saveur, l'âme sans rêve, sans vie, sans flamme sans amour ? Pourquoi vivre avec des épines dans le cœur, des serrures entre les flancs, des chaînettes entre les pieds ? Pourquoi vivre dans un monde sans goût sans charme, sans couleur, entre des fauves prêts à vous couper la tête ? Pourquoi, pourquoi vivre l'éternel recommencement des erreurs, heureux ou malheureux mais souvent tristes, s'il faut toujours se poser la question pourquoi, pourquoi, sans trouver de réponse ? revenir au début
Nous avons marché, traversé les antres et les bois, Le long des routes caillouteuses de Midi, Le long des sentiers sinueux Où la nuit se réfugie avec les oiseaux nocturnes. Nous avons marché, les pieds dans les braises, Les épaules usées par la rigueur du temps, Les têtes fondues sous la fièvre des Soleils. Nous avons marché sous les vents, la faim au ventre, Et pourtant, nous continuons De marcher dans les ténèbres, Nous les maîtres de l'aventure ! Nous avons marché, traversé les forêts denses, Surmonté les montagnes abruptes Qui se dressent devant tout affront, Roulé nos pieds dans le sable chaud du désert. Nous avons marché, nous les pèlerins des temps nouveaux, Marché pendant longtemps et encore longtemps, haletant, Surmontant les obstacles, frôlant le suicide, Et entre la Vie et la Mort, Nous voici, à présent, devant le temple de la Vérité… revenir au début
Mes prières païennes se referment derrière mes paupières flasques Et j'ai perdu ma lucidité et surtout la quiétude de mon cœur. Ma colère démentielle a atteint son paroxysme. Mon désir virulent de liberté a fini par s'estomper au bout de la falaise. L'espoir s'est fané sur ma route. Les lumières se sont éteintes sur les sentiers silencieux. La brume embrouille mon regard. Le vent vibre, passe, souffle sur mon corps épuisé et ma tête s'écroule sous le poids de mes douleurs. Le soleil brille, la lune luit. Tout passe. Mais je reste inerte. Je me réfugie dans mon silence. Je refoule en moi mon amertume. Mais pourrai-je un jour retrouver mon chemin brouillé par les sables ? Je détourne face du ciel. Pour moi Dieu n'est plus ici, il est ailleurs. Il est absent. Je regarde maintenant droit devant moi, j'avance, un peu inquiet. Je mesure enfin l'éternelle communion des cœurs et l'union sacrée des âmes. Je renais de mes cendres. Je me redécouvre dans l'épreuve langoureuse. Je m'arrête. Je regarde. La vie s'affaisse autour de moi. Quelle souffrance ! Sur l'autel de la grâce, j'ai vidé toutes mes larmes, épuisé toutes mes sueurs, Chanté de toutes mes forces, espérant que demain une lueur éclaire mon âme. Mes vœux d'hier se sont effrités. Je recommencerai ma route. Seul, je remonterai la pente jusqu'à la colline pleine d'espérance. Là-bas, j'irai me recueillir avec mon âme. De grâce je ne voudrais pas entendre vos rires haineux et vos regards envieux travestir ma repentance et troubler mes sommeils revenir au début
Le ciel me fait une triste grimace. Je regarde. Une larme tombe sous mes pieds. Je saigne encore. Mes blessures ont repris surface. Les mots foisonnent dans ma tête. Je m'arrête, reprend mon souffle. Où aller ? Ma vie n'est faite que de fuite, de doute et de crainte. Toute cette fatigue accumulée, je me sens assommé maintenant. Tous ces moments durs endurés, je me sens diminué, affaibli, maintenant. Je vois les temples même se refermer. Les foules se disperser. Seul contre tous j'avance. J'avance au milieu de cette ruine. La route s'allonge, s'étire et se referme. J'avance, j'hésite... Mes pas incertains se suivent... J'essaie de me frayer un chemin au milieu de cette ruine Dans cette ville cruelle, dans cette ville hideuse, insolente, indolente, J'essaie de me reconquérir, de recomposer un nouvel hymne à mon âme. Chaque désespoir, chaque crainte, se mue en vers et parole lyrique. Mais pour combien de temps va-t-elle durer cette parade ? Je ne sais point. Le temps m'échappe. Les minutes s'éternisent Verrai-je enfin la lumière du jour ? Saurai-je enfin le bout du tunnel ? Ma face rayée encore tournée vers le ciel espère ! Je tiens dur. Veillées de prières nocturnes. Chapelés égrenés. Psalmodies de parole divine. Cantiques et versés mêlés. J'espère ! revenir au début
Les voiles s'ouvrent sur mes détresses Et mes silences se referment sur mes tristesses Le ciel me fait une tendre grimace Et je m'enferme encore dans ma carapace. Dans ce refuge de vie austère Je préfère vivre de vœux et de prières Je n'ai connu que des nuits sans sommeil, Que des jours sans repos, sans éveil. Je n'ai connu que la soif et la faim Que des deuils et des larmes Et vous voudriez que je reste encore Et que je persiste à croire naïvement À une main salvatrice ? Je m'écarterai de vous Je prendrai désormais ma route Seul, désormais seul, J'irai me glisser dans le silence de la nuit Emprunter les chemins interdits Et rejoindre là-bas La rage et la clameur des exilés Qui tentent eux aussi Leur éternelle quête du bonheur. revenir au début
Dehors, tout est trouble, Tout est calme, La mer bouge à peine. Pas de bruit, pas de cri. Les rumeurs des champs, Les clameurs de la foule, Plus rien ne parle, Le silence y règne, Les heures filent, se bousculent, La rue se vide de sa foule Le ciel se referme. Les nuages se chevauchent, Les routes s'obstruent, Les volets s'envolent, Tout s'en va, Tout quitte l'âme meurtrie de cette vie Tout délaisse cette ville, cette vie Tout la quitte, la laisse. Je regarde… Pincement du cœur. Mon âme s'affole, Mes pensées s'entrechoquent, Une envie de suicide me ronge. Partir, partir ! Partir de l'autre côté, Partir ! Prendre le large. Fuir devant sa colère. Non ! Je refuse la défaite. Je refuse la lâcheté. Je reprends mes forces. Je me lève. Debout ! Debout, debout, je me lève. Je me lève dans la foule, La rue se vide de sa foule. revenir au début
La nuit est douce, douce de miel et de sel, de senteurs et de saveurs… Le silence, alentour, perce les cœurs comme une chorale. Il s'empare de tout mon être, comme une tempête de sable… Mes sens vibrent, processions d'images sans suite, suite d'ombres sans fin, cavales tumultueuses de rêves inachevés… Mon imagination voyage aux goûts de ses humeurs, de rive en rive, de rêve en rêve, d'escale en escale jusqu'aux périples de nos songes… Là-bas, point de place à la réalité concrète des choses. Là-bas, point de place aux règles, aux interdits, pas de barrières. le mystère assassine le rêve innocent… La lumière pourchasse les ombres impies et l'âme du poète voyage en toute liberté, et son esprit, délivré, s'en va à la conquête des surfaces. Surgissent alors, en son cœur, des rêves insensés qui sécrètent en lui des saveurs messianiques… Là-bas, tout est clarté, ordre et beauté. Là-bas, tout est silence, volupté, sensualité et c'est là que je traîne en moi toutes mes illusions qui sécrètent mes songes solitaires… revenir au début
Le soleil s'est éteint dans un brusque silence anonyme Le bruit des vagues courtise nos rêves inachevés Le rivage des côtes s'éveille à la pureté des heures Les oiseaux convolent en noce Les heures se précipitent, s'échappent puis cavalent Mes joies nubiles se dénudent, épousent l'accent du rêve Et se prostituent dans mes rires viciés par l'insouciance Je remonte, je remonte sans cesse à la hauteur des mots Je me hisse au dessus de la mêlée disparate de mes vers Et là même, j'invente un autre monde Ici même à la face de ce monde crapuleux, Après avoir tant chevauché entre les roches, Je viendrai revivre au milieu de mes rêves vieillis par les âges L'éternelle espérance des aubes rejaillit en moi Et court en de longues chevauchées sur l'asphalte osseux de mon corps Je remonte le temps. J'arpente les chemins oubliés Et ici même j'invente l'espace du rêve revenir au début |
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