caloucaera poésies 25 juin 2007



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Liminaire
Dakar !
Enfance miraculeuse
entre prose et rime
Mains nues
Nuits des tropiques
Humeurs poétiques
Intervalle de l'attente
Renaissance
C'est le matin
Ansence totale
J'aime la parole
L'homme est né libre
Solitude songeuse
Un seul homme tient cent mille hommes
Ce siècle de terreur
Chant d'amour
En ce soir
Nuit silencieuse
Partir !


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BALADES POETIQUES


Djamal Sourou SMITH


" Écrire pour moi est une nécessité pressante, un besoin absolu, une quête permanente et spirituelle de vérité afin de transcrire le monde tel qu'il se présente à ma sensibilité, à mes émotions et même à mes délires quotidiens "


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LIMINAIRE


Les cris de la saison estivale retentissent dans mon âme.
Dans le noir et dans le vide, mon cœur s'enflamme,
Se lève, s'en va et veille sur cette vieille ville endormie sur sa quiétude révoltante.

Et parce que je suis le pèlerin infatigable des grandes escales,
Je porterai toujours haut le flambeau de nos victoires éternelles
Et je tiendrai aussi les lanternes de nos souffrances dans les braises ardentes du soleil.
Ensemble, en cette saison estivale qui s'annonce,
Nous veillerons sur nos vieilles carcasses qui puent dans l'indifférence totale.

Les fatigues traînées de la veille résistent sur nos corps inertes.
Levez-vous frères exilés ! Reprenons nos pas. Allons ! Avançons sans halte !
Car les fleurs qui se fanent dans la tristesse du soir attendent notre retour consigné dans les mémoires.

Le retour s'annonce au-delà de la hauteur des murailles
Et voici que le ciel bâille, que le soleil éternue sans cesse
Et que les ombres surprennent notre retour inespéré des longues escales.
Nos corps éreintés s'accroupissent, tombent et s'affalent.

Et parmi vous, je suis là encore. Je veille, ma poésie au poing !
Je dépose mon front vieilli par les ans sur ton reposoir.
En signe de recueillement, je me confesse auprès de toi
Pour que cette saison, mes Balades poétiques retrouvent les chemins de tes fiançailles !
La poésie est belle. Laissons la jaillir pour éclairer nos angoisses terrestres !


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DAKAR !


Dakar !
Souvenirs de jeunesse le long du cours des ans.
Souvenirs des vingts printemps dans la grâce première de l'aube.
Je me rappelle nos premières retrouvailles, sur la route de Ouakam,
En bordure des rives confuses de tes ombres,
Tes longs bras fraternels sur mes épaules !

Ô Dakar !
Île aux deux syllabes de rêve,
Entre désert et savane en plein cœur de ta douceur havane,
Île qui se pointe sur la presqu'île mouvante du Cap-Vert
Je voudrais toujours que ma mémoire encore chaude se souvienne
Tes reflets d'or sur ta chevelure de cuivre
Et ta baie vitrée, reflet de ta beauté en eaux profondes !

Dakar, ville de toutes les rencontres, à la croisée de tous les souffles,
Tu vibres en moi d'une douceur singulière
Et de mille flammes, tes nuits claires brûlent de ton charme
De mille feux,
Ton corps basané sous les braises ardentes du regard inconnu
Ta beauté sahélienne frêle et pure de toute compromissions m'a conquise pleinement
Et je ne peux résister à tes impérieuses tentations !

Ô Dakar !
Voici la nuit qui tombe sans éclat sur ta face cristalline
Tilène qui s'essouffle sous ta peau de cuivre métallique
Tes rues bondées, tes boulevards bruyants
Et dans tes bras sous ta chair Teranga promise
J'égrène les chapelets du silence rythmique des Almadies.
Parmi les tiens je ne suis plus l'autre, mais le frère, mais l'ami !
On me fit l'honneur du thé, du bon coucous chaud et fumant
Et tes musiques dans un lointain écho virulent
Vibrent et s'étirent de la pure sonorité de ton " mbalax " langoureux
C'était l'été encore chaud de nos souvenirs au bras de tes Mamelles,
En bas de tes aisselles.
Te rappelles-tu ?


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ENFANCE MIRACULEUSE


A ma mère Zara Sourou Smith
Mère parmi les femmes, femme parmi les hommes.


Et ma marche débraillée s'est arrêtée soudain dans un silence intime
Entre palmes et rames des piroguiers au long cours indolent.
Dans l'exultation convulsive du retour inattendu, toute fatigue déclinant
Rallie la ligne verticale et allie le maillage de mes fibres nerveuses.
Longues haleines des années sur l'allée des alezans m'ont anobli le cœur incompris
Et aboli toute barrière de peurs stériles et barbares.
Je porte désormais la barbe glorieuse de mes insomnies insolubles
La robe impériale de mes plus que vingt printemps étale sa blancheur au vent.
Au loin, dans le mirage des formes inconnues, dans l'éreinte de l'entracte,
L'horizon, fleuron de nos trouvailles, désherbe sa devanture.
Et m'accueille - tambours et trompettes au vent -
Par les chants alléchants des grandes veillées au soir du Feu.
Et la race première du sang noble débusque le musc floral de nos muscles.
Mon haleine lente s'est figée sur sa canne de bambou attendant la promesse Prochaine des cyclones et des orages cycliques.
Dans l'entrepôt de ma mémoire, j'ai gardé tant de noms et tant d'autres encore.
Ö que vous me manquez - Zina et Wafa - sœurs douceurs du lait !
Que me manquent aussi vos chaleurs contagieuses !
Venez que je m'assieds parmi vous sur la natte de paille étalée au sol, à même la terre ferme et féconde !

Mère, ô mère généreuse, toutes ces années et pas une seule ride sur ton visage
Pas un seul pli sur ton front, floraison rutilante de ta jeunesse !
Porte-moi ton regard de grandes amazones sur ma poitrine râpeuse qui n'est plus pubère mais mâle et virile dans ses étamines naissantes.
Tes mains maternelles sur ma détresse dakaroise
Tes douceurs d'être femme et mère à la fois ont massé mon corps pendant que je m'ennuyais, me lassais dans mes premières solitudes.
Ton nom, ô ton nom, dans sa rare grandeur m'a transmis les gènes de ta noblesse.
Avec toi je suis uni par le lait de l'enfance
Je suis lié par le ventre et le nombril, par le sang et le cordon ombilical
De ce qui n'était qu'un embryon tu me fis grand par ta douceur poétique
Et voici que je t'arrive pas à pas par le rythme lent de mon allure élégante, élevant un pan de la grande lignée goun
Et ma marche s'est arrêtée net devant ta case dans l'instant fertile des retrouvailles
Mon regard désormais porté par la beauté du rivage se promène sur tes toits
Et je voudrais comme autrefois extraire du silence tous les rires de jadis
Tous les rires de l'enfance miraculeuse encore blanche dans mes souvenirs adolescents.


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ENTRE PROSE ET RIME


Entre prose et rime
Signes et syllabes s'alignent
Verticales
      Obliques
            Sur la page blanche et ténébreuse qui braille
Et foisonnent mes humeurs grises le long des lignes
Par-delà mers et rivières des rives généreuses du Sud.
L'étendard haut perché autour du mot glisse et déraille parfois
Dans l'ardeur suprême du Verbe.
Tel un troupeau de pèlerins très tôt désemparés
Un long bataillon de vers invertébrés, bouches cousues,
Arpente le long labyrinthe de ma mémoire diffuse et confuse.
Entre pierres et poussières des routes rocailleuses,
Entre dunes et sables mouvants du grand plateau du Tibesti,
Les cités desservies par le rythme choral entérinent la cadence boréale
Des fraîcheurs matinales.

Ô muse !
Apôtre infatigable des diseurs de bonne parole
Source intarissable à la croisée de toute source
Déverse-toi lentement en minces coulées de lave
Sur ma mémoire de cuivre fondu !
J'entends ta voix qui vibre dans ma gorge profonde.
Sur ton char, chevauchant dans les nuées aux larges artères,
Est-ce toi tout cet écho lent lancinant en ordre épars
Sur les vertes prairies paisibles et silencieuses dans l'ordre du jour ?

Entre prose et rime
Une pause s'impose, brève et sereine !
Tel un fouillis de feuilles mortes et fanées
La terre lépreuse s'ouvre sur ses vestiges
Et mes bras s'allongent, s'étirent
Puis s'inclinent
Verticales
      Et obliques
            Entre la longue procession de signes et syllabes fugitives !


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MAINS NUES


Mains nues, ô mains tendres et pures,
Innocentes jusqu'au sang spirituel,
Je sens,
Ô, cent douceurs rectilignes des dix doigts,
Au carrefour du rêve sans saveur
Au retour lancinant du cavalier,
Vous êtes possession du sens rythmique et vertical
Qui mesure la muse en déraille.
Vous êtes le mouvement suprême qui nous anime,
La poudre sur nos yeux dépossédés du songe,
Et cent souffrances en mille morceaux
Qui renoncent à pourrir nos chairs savoureuses.
Vous êtes symbole éternel des signes fraternels
Ô, mains nues, mains tendues dans la moiteur estivale,
Berceuses des veillées au soir du thé,
Vous êtes le souffle de notre chaleur primordiale !
Au-delà de toute mer, en hauteur de toutes les rives,
Vous êtes la tendresse bleue en plein cœur du Chari.


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NUITS DES TROPIQUES


Les lampes allumées, les tam-tams alertés
Le village éveillé autour des initiés
Et la marche du soir derrière les collines
Rappellent sans cesse nos belles nuits divines

Les filles nubiles ornées de leurs parures
Et les hommes virils aux formes impures,
- Torse nu, les muscles saillant, l'armure aux poings -
Dansent vigoureusement jusqu'au bout du matin

Les corps surexcités par le rythme endiablé,
Se touchent, se cherchent, se frottent, affolés
Et les cris de la foule fusent dans la cadence
La fatigue se meurt, enivrée dans la danse

C'est la saveur des nuits perdues dans mes tropiques
C'est la chaleur sacrée, la danse initiatique
De nos chaudes veillées perpétuées par la race
Depuis l'aube des temps perdus dans la surface

Ô nuits lentes, nuits des Tropiques savoureuses,
Bercez ma mémoire et ma voix caverneuse.
Je me sens avec vous lié par le nombril
Etalez-moi vos draps comme les bras du Nil.

Vibrez, trémoussez-vous, aussi chaudes et belles,
Sur mon corps qui retient vos cris sempiternels !
Nuits noires, ô nuits blanches, nuits pleines d'arômes,
Nuits d'azur, ô nuits de légendes, je vous nomme :
" Souveraines !
Peuplez-moi, je vous prie, de vos litanies sereines "


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HUMEURS POETIQUES


I


La nuit teintée de solitude sournoise se fend sur ma tête large sans épaule !
Là-bas, sur la plaine déclinante de mes craintes, de lointains échos confus en moi
vibrent, voltigent, virulents !
Des tirs de mortiers. Des bruits de botte. Des troupes indolentes.
J'entends tout ce froid fracassant dans mes oreilles larges comme une vanne poreuse.
Délires et tourments m'enroulent dans leur brouillard de rage.
J'entends.
Mais qui m'entend dans ce silence vautour où migrent tous les charognards
Affamés en quête de chair pourrie et généreuse ?

Je sens l'angoisse lasse le long des murs rudes et rugueux du soir qui croupit entre
les colonnes diaphanes de fumée ocre et piquante.
Mais l'espoir, pourtant incertain, me tient par lianes et ficelles alors que je me
débats. Je me bats. Mon corps tombe. Irrésistible.
Des frayeurs et solitudes chétives, effrayantes sans forme ni visage précis en ordre
épars s'agrippent dans mes pensées creuses et désoeuvrées
Et je voudrais juste me vider, m'ouvrir large en deux bords, en deux boulevards,
en deux traits parallèles, distants, écartés mais joints de bout en bout par la force
totale de vaincre.

II


Mais voici que tout s'éteint brusquement.
Pas de lumière, ni de flamme. Tout est noir au-dessus de mes toits.
Noir de la noirceur des ténèbres. De la terreur des orages sorciers.
Le noir remplit tout en moi, prend possession de mes draps et de tout mon corps.
Partout, en tout lieu. Il se dresse haut, effrayant !
Sur l'échelle de la nuit, suspendu au flanc de quelle autre tranche d'ombre,
Je tombe, ô avec quelle grâce et quelle ardeur de quel athlète !
Car tout est musique dans la quête éternelle du poète insatiable.
Qu'importe si la mer est calme, si le ciel est fixe et stable
Qu'importe si le chant est lancinant, si la forêt sans grume est vierge et vide.
Ce qui importe c'est le cœur qui s'ouvre et se laisse pénétrer, obsédé par toutes
ses folies incomprises.
Alors je m'étale comme natte endeuillée et je cherche le vide au raz du sol
argileux, au fond des silences ténébreux.

Mais quel bras, quelle main, quelle forme sur ma poitrine tuberculeuse ?
Toutes ces migraines insolubles, ces tumeurs insolentes comment les porter dans
l'étendard de mon poème et gouverner ma soif de vivre ?
Mes pensées en friches, désherbées s'entremêlent et se torturent.
Bousculades, corps à corps, de toutes mes pensées métalliques
La vue autour de moi n'est qu'une citée en ruine et à sang. À feu et en larmes.
La berge est de pierre, sans voile, sans vie, sans vue et le ciel borgne sans couleur vive.
Les plages sont désertes, les ruelles monotones, nonchalantes et sans rythme.
Quel est ce bruit lointain qui me brise et décoiffe toutes mes humeurs grises ?
Je me tourne et me retourne sans cesse dans les tous les sens, sous tous les angles
le long de mon drap dans la hauteur vide du silence infernal
Dans l'extrémité brusque des ombres impies et assassines.

III


Qui viendrait alors me visiter, m'habiter en ces heures de longue agonie
silencieuse, en ces moments de doute et de privation ?
Qui, si ce n'est l'âme éternelle de la muse toujours plus forte que la marche du Temps,
Toujours plus tenace que le cours de toute chose ?
Car tout est désordre dans mon cœur.
Et tout ce fouillis de pierre dans ma tête, je veux les assembler, les ajuster, les
tailler et les porter dans la blancheur de mon poème plus éternel que le souffle de
toute âme terrestre.
Qui comprendrait ma sainte souffrance, mes nobles délires, ô combien, pleins de charmes ?
Je voudrais descendre sur le fleuve des confidences, emprunter la barque de la
muse, et descendre dans la cave où l'on en sort pétri de choses belles,
Où l'on en sort paré de belles tresses et de belles parures comme au soir natal de
Noël savoureux qui écume les refrains juvéniles de l'enfance.
Je ne veux que me vider, déverser tous mes cauchemars sur la page blanche sans
tache ni ride, sur la page sans âge !

Le sommeil m'échappe et me troue les yeux creux dans leurs orbites ovales d'une
pâleur révoltante.
Je me lève, imprécis dans le geste, effaré comme feuille morte qui fléchit
Je prends ma plume comme seul viatique, comme source suprême de toute passion.
Et j'écris. Mais avec quelle force, quelle ardeur et quelle rage !
J'écris sans souci de mesure ou d'espace.
L'étendue large est à ta moi, généreuse. A moi le métissage des mots mille et
multiples de la langue des princes taillée par les siècles d'écriture.
J'écris sur la longue promenade de mes doigts, le feu dans les entrailles, les
secousses dans la tête débraillée.
Ma main tremble, mes doigts courent de long en large, de part en part, sans arrêt.
Sans réserve.
J'écris sans pudeur dans le geste et la mesure, dans la forme et le fond !
J'écris pour noyer mes pensées, fuir devant mes craintes. Oublier. Tout oublier
Oublier tout. Vomir toute nausée, toute parole et toute peine.
Et descendre par monts et vallées, par mers et rivières
Tirer un trait mordant, un pont entre rives et rivages
J'écris pour saisir les mémoires, apprivoiser le temps, j'écris pour…
Ô, à vrai dire je ne sais trop l'étrange raison d'écrire. Mais j'écris.
Ma main tremble sous le scalpel des voyelles rebelles
Et chaque lettre, chaque signe est un assassinat porté à mes angoisses...
J'écris mais qui m'entendrait dans toutes mes incompréhensions intraduisibles en
langage clair et précis pour des cœurs sourds à la beauté de toute musique pure

IV


Voilà que mon souffle lent s'essore et se dilue dans le soufre mousseux du vin de palme.
Ma verve s'étiole, longe labyrinthe et égouts puis s'égarent en un point obscur.
Je voudrais m'arrêter, prendre un peu d'air à pleins poumons…Et respirer de la
pureté de mes narines larges comme deux tunnels parallèles.
Je voudrais revenir sur moi, sentir mon corps, tenir surtout mon haleine…Et humer l'espace oblique où se perd le
rythme de la muse, danse lascive.
J'ai longtemps espéré. Me voici vide. Vide de tout souvenir.
Mais pourquoi se souvenir et rester fixe alors que la beauté est future, que le rêve est présent ?
Le temps n'est pas constant, il faut suivre son mouvement et ses dérives. Il faut
l'apprivoiser, le tenir dans son essence vitale.
Et l'essentiel, comme un tout, se crée dans l'élan spirituel porteur de rêves.
Je me laisse alors sans souvenir, sans désir de remonter car j'ai tué tout souvenir
Griffé, gratté toutes ses ailes sur l'ardoise plate des vœux stériles
Et lentement tout mon être s'est effrité dans les cornes caverneuses du Temps...
Comme une colonne de flammes diaphanes, je le vois qui m'échappe, laissant
mon âme ployée sous la courbe épineuse et délicate de ses douleurs embrasées.
Ma bouche aussi s'est éteinte dans l'anonymat brusque du Silence
Le silence est désert. La vue est brouillard.
Mais je ressusciterai toute la magie du verbe par la force ultime du beau
Car la beauté est un paysage sans limite !

V


Je reprends mon souffle, à intervalles saccadés, à rythme de tortue.
Des épines en forme de grappes incisent mes rêves...
L'horizon s'obscurcit : aucune gerbe de lumière en vue !
Tout est sombre.
Je tremble... Mon corps frissonne...
Mes poils s'irritent.
Mes idées se bousculent.
Ma tête bouillonne de pensées rebelles
Toutes mes colères refoulées, mes plaintes oubliées, viennent se défouler dans
mon sommeil et perturber la tranquillité de mon âme
Vers quelle île déserte, vers quel paradis perdu, me faut-il enfin me soustraire pour
retrouver la plénitude de mes sens ?
Vers quelle rive égarée, en quel lieu, me faut-il m'isoler, pour retrouver le calme
de mon esprit loin du supplice que m'impose la dure réalité de la vie ?
Je respire la crainte âpre du captif, dont l'espoir meurt dans le bagne
Courbé, couché sur l'ombre de mes angoisses, je ressuscite encore en moi l'espoir.
Je reste tenace face à l'avenir. Je crois. Car Demain est un autre jour !

VI


Voici la nuit éteinte derrière mes boursouflures.
Derrière mes rêves naufragés dans l'abîme langoureux de l'Oublie,
Témoin de mes tourments névralgiques.
Et voici, aussi, l'aurore royale qui se lève, se profile, impavide, auréolée de jacinthes.
Je porte encore haut l'étendard de mes toutes mes victoires écorchées
Je m'incline sur mes douleurs et sous les morsures de mes égarements.
Je me plie sous le poids accablant de mes Supplices, exhortant à la rescousse la
ferveur et la grâce bénie des dieux...
Je lie ma main à la clémence divine, pour recevoir un nouveau souffle, une sève
nouvelle sur l'asphalte de mon cœur.
Et j'oublie tout.
J'oublie pour garder la sérénité de l'Esprit, la chasteté de mes pensées diffuses
Et la fervente constance de mon âme égarée dans les ténèbres.
Dans le silence et dans le recueillement, loin du bruit de la foule, loin des
impuretés du corps, dans l'anonymat total, je me cherche refuge, bercé de prières expiatoires.
Je mesure enfin l'éternelle communion des cœurs et l'union sacré des âmes.
Mais que peut-elle, une âme esseulée, muselée, écrasée par la réalité tangible des
choses, soumise à l'âpreté déconcertante de l'Épreuve ?
Je m'abandonne à la grâce divine.
Mais quelle parole sainte, divine, quel verset, quelle sentence sacrée pour bâtir
dans mon cœur un temple,
Le temple de rédemption et de la parole sacrée ?


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INTERVALLE DE L'ATTENTE


Dans l'intervalle de l'attente, je ressuscite ton nom parmi mille courtisanes
Et tes douze mille serviteurs me sèvrent de ta parole onctueuse
Et de ta robe de paille aux pépites d'or parfumés de ton corps.
Pourtant ce n'est que tard dans l'intervalle juste du silence merveilleux
Que j'entends ta voix virtuelle qui plane sur mes toits
Cette nuit dans la confusion grise des heures tardives
Tu me viens, lente et timide
À la fois chaude et froide dans la cave de ma mémoire délabrée
Et je me suis réveillé somnolent toujours dans les mailles du sommeil
Tes membres sur mes membranes étalent leurs tentacules
Et ta figure fixe préfigure tes phantasmes en filigrane
Les cendres de tes souvenirs en éveil brûlent ma joie effervescente
Tiens-toi droite, debout, Princesse aux larges sourires d'or et de cristal
Tiens-toi que je dévore ton corps, paysage encore vert et pur
Où brûle comme feu de brousse toute clameur virile
Tes pas graves sur le pavé brisent toute solitude
Et ce n'est que tard que tu m'es venue, entre brume et brouillard
Sans escorte derrière ton cortège large de pétales de roses
Ton nom, oriflamme de ta grandeur plus grande que ta noblesse
Ton nom, rythme et mesure, en haut de toute hauteur, de toute mêlée !
Mais d'abord pardonne-moi mon impertinence et mon manque d'élégance !
Si je tremble et que le geste se fait maladroit ce n'est que pour ta beauté comme
sabre sur mon cœur qui saigne de ton sang.
Je voudrais juste être ton esclave et accomplir tes désirs les plus secrets
Car ce n'est que dans le désordre de la nuit que tu m'es venue
Et j'ai veillé dans la lente patience des heures
Qui stagnent dans la platitude de l'attente
Ton attente.


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RENAISSANCE


La nuit tombe sur la ville
Tragiquement.
Un seul mot dans ma tête
Me revient
Me creuse les entrailles : " Partir ! "
Il me froisse
Me déchire
Et inhibe toute mon inertie.
Je me sens saisi d'une force féroce
Etrange
Mes pieds bougent.
Ma main tremble.
Autour de moi tout est terne
Le ciel est gris
Les roses se fanent
Et rien qu'un seul mot : " Partir ! "
Vibre dans mes angoisses
Et je n'ai qu'une seule envie qui me tient
Partir !
Renoncer à tout ce tumulte
Tirer une parenthèse
Effacer le passé
Oublier
Fermer les yeux
Et renaître là-bas
Quelque part en plein désert


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C'EST LE MATIN


C'est le matin : l'air encore frais sur les prairies.
Les dernières ombres s'enfoncent
Dans l'humus de la terre.
Les vagues écument le rivage
Pas une ombre, mais toutes les ombres,
Pas une âme, mais toutes les âmes
Se perdent, dispersées, dans les entrailles du crépuscule.
L'herbe verte reverdit sur les hauteurs de la ville
L'aube, accoudée sur les cuisses des collines,
Tire sur ses ficelles en mince filigrane
Et étale large le rouleau de son manteau millimétré
Le soleil se plante devant mes volets ouverts
Dans l'angoisse primitive des migraines.
Et dans la grâce glacée des rosées matinales
J'ai pris place dans l'estrade vide du jour lépreux,
Les pieds longs enfoncés dans la moiteur du Temps
Les joues bercées par l'humeur plate de l'Harmattan.
L'aube aux reflets d'or et de métal nu
Se dénude
Arrose mon regard
Allonge ses bras sur mon corps
Et le vent boréal
Descend
Creuse la croûte
Et s'enfonce lentement
Dans l'entonnoir du Temps
Où se perd le souvenir des âges.


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ABSENCE TOTALE


Il avait plu cette nuit.
Toute la nuit
Il avait plu.
Les gouttes de pluie
Une à une égrènent leur misère.
Les bords des toitures toussent leur tristesse
Qui glisse entre les fentes de mes lèvres
Sèches et froides.
Toute la nuit
Les volets étroits de ma fenêtre
Ouverte sur le boulevard
Tendaient leurs joues
Tristement.
Et je regarde,
Adossé au mur
Rêveur
Pensif.
Absent presque !
Là-bas dans la confusion totale
Dans la brume et le brouillard,
J'entends des bruits sur la plaine
La foule de braves gens dans les rues.
Des meutes de chiens errants
Le long des artères...
Je regarde
Les yeux fermés
Bandés
La tête vide
Adossé au mur
Songeur.
Rêveur,
Absent
Presque de tout mouvement
Et de tout bruit !


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J'AIME LA PAROLE


J'aime la parole ! Qu'on la sublime,
Qu'on la mesure et qu'ensuite on la rime !
Le verbe est un don de Dieu à l'homme
Pour chanter cette vie qui nous assomme
Pour bercer les cœurs que surprend la terre
Chantez, chantez, Ô chantez donc mes frères
Car la muse est belle à qui sait entendre
Et quand on l'aime, on la suit dans ses méandres
Rien n'est si beau et ne vaut ici bas
Que quand on chante de sa propre voix !
La parole est belle et reste éternelle :
On la courtise partout dans le ciel
Tous les grands prophètes s'en sont servis
Et les rois comme les mages aussi
Ont été flattés par son émouvant
Charme qui fait que les cœurs se reposent
Car elle est l'essence de toute chose
Elle émeut, elle distrait la détresse
De l'homme le plus triste qui se stresse
Mais parfois le verbe vibre et explose
Laissons le donc s'exprimer par la prose
Car la parole est une mer mouvante
Elle descend, elle monte les pentes
Au gré du vent et au gré du courant
Semant partout le bonheur en courant


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L'HOMME EST NÉ LIBRE


" L'homme est né libre, mais est partout dans les fers ! "
Un grand penseur l'a dit en voyant nos misères.
Partout, en tout lieu, on étouffe les cœurs.
On brime les esprits. On irrite les peurs.
On éteint les ardeurs de l'homme qui s'élève.
Les amours et les joies s'affaissent et s'achèvent,
Les corps putréfiés s'oxydent, se calcinent.
Personne ne s'émeut ! La colère divine,
Un jour, viendra-t-elle s'abattre sur les hommes ?
On prie dans les temples et l'on oublie, en somme,
Que ce frère là-bas, crasseux, qui fait la manche,
Qu'on bannit, qu'on exclue, qu'on ôte, qu'on retranche,
C'est une partie de nous-même qu'on ignore.
Essayez : Tuez-le ! Vous verrez le remords !
Aimer, aimer est donc si rare sur la terre ?
Là où l'esprit de Dieu souffle, vibre et libère,
On voit se dresser les forces maléfiques.
La haine, le mépris trahissent les cantiques.
Il n'y a plus de vertueux. Tout le monde est impur !
Je voudrais partir loin, chercher dans l'aventure,
Une île, une enclave où méditer en silence.
Rester ici inerte et voir dans l'indolence
Tout périr dans le cœur profond de cette vie
Et laisser le bonheur tomber sur le parvis !
Non ! Les peuples clament leur colère et m'appellent
Les foules me supplient de leur voix éternelle
Pourrais-je même vivre ici en délaissant
Ceux qui votent, qui crient et qu'on oublie souvent ?
Non ! L'homme est né libre et le sera pour toujours
Si la haine divise, on sèmera l'amour.
Mais pour l'instant, luttons tous sans cesse ici-bas,
Nous changerons la vie en passant par le bas !


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SOLITUDE SONGEUSE


Parfois seul, angoissé, dans le noir, je médite.
Des questions obscures me troublent et m'agitent
Je frémis, je rougis. Je me sens tout pourri.
Quelle lueur sur moi et sur mon cœur perverti !
Qu'est-ce qui m'habite et désarme ma force ?
Qu'est-ce qui m'étourdit et me brûle le torse ?
Mes nuits sont sans sommeil, sans repos et la vie
M'exaspère et me lasse. Au fond de mon esprit,
Je divague sans cesse en frôlant le délire.
Tout est terne et morne ; et tout semble périr
Dans ce piège inconnu où le Bien et le Mal
S'affrontent et rendent l'existence infernale.
Ô, vous grands Maîtres de la foi du Seigneur,
Que fait-on ici-bas, tourmenté par la peur ?
Où va-t-on, où part-on ? Est-ce au ciel ? En enfer ?
Pourquoi tant de mal et surtout tant de misère ?
Dite ! Car fatigué par la vie que je mène,
Mon cœur n'a plus de goût et ne vit que de peine !
Ma foi en Dieu décline chaque fois que je vois
Ces prédateurs véreux qui marchent sur nos voix.
Les nations se déchirent, se piétinent et se haïssent.
Les peuples, désarmés, se courbent et subissent.
L'Afghanistan en lambeau pleure, mais qui l'entend ?
L'Irak endeuillé, mutilé, brûle et s'enflamme, mais qui l'entend ?
Partout, triomphent les plus forts, les plus injustes
Ô Seigneurest-ce ainsi la loi que tu réserves aux plus justes ?
Quand viendra ta justice parmi les hommes pétris de haine
Pour que cesse ce trouble et que l'ordre revienne ?
Maintenant je n'ai qu'ennui et toujours d'amertume !
Où vais-je déverser ma peine ? Dans la brume ?
Dans la brise ou le vent, ou soit dans vos temples ?
Non, jamais ! Et rien qu'à y songer je tremble !
J'ai cherché des oasis et aussi quelques îles
Je suis parti très loin, recherchant dans l'exil
La paix, la liberté loin du monde agité.
Mais même là-bas, triste, et surtout tourmenté,
Je n'ai pu avoir ni repos, ni répit.
Ma vie pèse très lourd sur ma tête éreintée
Vivre et rester ici ? Quoi de plus espérer ?
Il n'y a rien qui m'égaie. Tout est peine et ennui !
Donnez-moi, donnez-moi, la force je vous prie,
De m'ôter cette vie, de partir avant l'heure
De périr parmi-vous, sans trop d'heurt ni de douleur !
C'est ce qu'il y a de mieux, de plus beau, de sublime !
Renoncer à la vie et tomber dans l'abîme !
Ah, si je savais même où mon âme s'en ira !
On me parle d'enfer quand on meurt ici-bas !
On me parle d'Eden quand on va vers le ciel !
Mais où vais-je donc moi qui n'a rien de rebelle ?
J'ai dit le mal, j'ai fait le bien, chantant l'amour
Semant partout la paix et la joie au grand jour.
Suis-je bon ou méchant ? J'ai fait ce que j'ai pu.
Va-t-on me condamner et m'enfermer tout nu,
Me laisser dans le feu parce que je renie,
Je refuse surtout vos temples d'hérésie ?
Ah, non ! Pendez-moi donc ! Jetez-moi jusqu'en bas.
Sans même résister, j'irai vers le trépas !
Car que fait-on ici, au milieu de ces guerres,
Au milieu du suicide et parmi les misères ?
On est né poussière, on repartira poussière.
C'est écrit quelque part, même dans nos viscères.


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UN SEUL HOMME TIENT CENT MILLE HOMME


Un seul homme affreux tient dans ses mains cent mille hommes !
Il les réprime sans qu'on le doigte ou le nomme.
Du haut de son château, enfermé dans sa tour
Il sème la terreur dans les cœurs tous les jours
Le pays lui appartient. On le craint, le vénère.
On le prie, accroupi, craignant sa voix austère
Il est dieu, il est roi. Le sang dans ses entrailles
Est-il celui d'un homme ou d'un affreux démon ?
Quel châtiment pour lui dans l'abîme profond ?
Liberté ? Liberté ? Il s'en passe si bien !
L'homme, la vie et la loi ne lui disent rien
Il frappe ici et là et règne sans partage
Quel bras divin viendra-t-il arrêter sa rage ?
Ces hommes qu'il tient par la force des armes,
S'ils se lèvent un jour et le désarment,
Pourra-t-il, sans périr sauver même sa face ?
L'ivresse du pouvoir le charme et le caresse.
Voilà tente ans, jour pour jour, qu'il est là sur le trône
Année après année, il dirige, il ordonne
Oubliant pourtant les cris de ceux d'en bas
Le peuple crie, exige une vie ici-bas
Il n'entend pas, ou bien il oublie, il ignore
Comprend-il ainsi que s'il leur cause du tord,
Un jour de délivrance, il vivra leur supplice.
Tout se paie ici-bas ; tous nos maux, tous nos vices,
Un grand jour prendront fin. Et quand je vois ce pays
Muet, silencieux, soumis à cette tragédie
Et qui étonnamment se lève peu à peu
Et se met à rêver d'un avenir radieux
Je me dis que la lutte à engager est grande
Levons nous tous et assurons la garde
Trop d'hommes parmi nous ont quitté les rangs
Tués, criblés de balles, ils ont perdu leur sang
Brisons les chaînes qui nous tiennent en liesse
Tapons, clamons, frappons, crions et hurlons sans cesse
Nos espoirs, nos désirs de voir tomber nos peines
Si un seul homme nous tient, nous brise, nous enchaîne,
Pourra-t-il sans périr affronter cent mille hommes ?


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CE SIÈCLE DE TERREUR !


Ce siècle de terreur me fait peur tous les jours
Où trouver la paix, là où il n'y a plus d'amour
Plus de joie, plus de vie si ce n'est que la haine ?
L'homme qui est grandeur, est tombé bas et se peine
La terre est devenue un dépôt de souillures
Le ciel est sans couleur ; l'horizon est impur
La haine est sans mesure et à la violence inouïe
On crie, on s'alarme, le cœur endolori
Et le sang rependu appelle à la vengeance
On oublie Dieu, la loi. On sème la souffrance
Pourtant si grand, si haut, Dieu au ciel qu'on vénère
Qu'on adore en tout lieu- chacun à sa manière,
N'est-il pas en nous le lien qui unit les hommes ?
N'est-il pas cette lueur dans les cœurs qu'on assomme ?
Il n'est ni noir, ni blanc ; ni ici ni là-bas !
Il n'a ni mesure, ni limite ici-bas !
Pourtant on croit l'avoir dompté entre les murs
On le prie, on le cherche en vain, le cœur impur
On exclue, on bannit, on se sert à dessein
On pille les esprits, on s'invente des saints
Ah, si Dieu pouvait même un jour, sur nous descendre !
Si sa colère un grand jour pouvait se répandre !
Dans les temples, les hommes endurcis dans leur foi
Ont égaré les cœurs et corrompu les âmes
Que tombe sur eux tout l'opprobre et les flammes !
Par eux, ce siècle horrible a perdu ses repères
Charlatans, grands sorciers, ils ont terni la terre !
Que tombe le verrou pour que tous les esprits,
Un jour, se libèrent de ce cercle banni
On brûle, on saccage - au fond on se dit pieux -
On s'érige en prophète - et on se dit vertueux -
On se proclame dieu à ses faibles d'esprits
On affole la foule ; on sacrifie les vies
Ah, pour Dieu ici-bas, combien d'hommes encore
Mourront-ils sur le sentier, loin de tout remords
Sans qu'on ne s'émeuve, sans qu'on ne se confesse ?
Sans que ce crime ignoble et vil, un jour ne cesse ?
Tous les jours, les nations se tuent et se déchirent
On se sert de Dieu pour briser et détruire
Je pense à vous, Ô fils d'Israël, peuple travailleur !
Je pense à vous, Ô fils du Liban en douleur
Et à toi Palestine et tes vaillants martyrs,
Ce siècle de terreur inouïe t'a vu périr
Mais quand viendra la paix de toutes les Nations
Pour qu'on puisse sauver la Civilisation ?


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CHANT D'AMOUR


L'aurore azurée chante en cette nuptiale
Et tes yeux olympiens, dans ce froid glacial
Inventent la danse lyrique de nos corps
Je voudrais, dans ta chair, proscrire mes remords

Je voudrais dans tes seins, au milieu des fantasmes
Replonger mes désirs jusqu'au bout de nos orgasmes
Ton nom, en lettres d'or, serti de nos jouvences
Epousera le siècle épris de nos romances

Ce soir, sur la vallée, à la tombée du jour,
Nous irons en silence épuiser notre amour
Et goûter à nos chairs aux brûlantes saveurs

Et à notre retour, en respect à nos rites,
Nous irons célébrer notre union bénite
Scellée dans nos bouches et sertie dans nos cœurs


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EN CE SOIR


En ce soir d'hiver, drapé dans le Mistral,
Parcourant les prés verts, bercé du chant choral,
Je cherche tes ombres et les bruits du désert
Proscrivent la pénombre où je tiens tes lumières

Le vent passe, alerté par tes tendres saveurs
Et l'aurore argentée baigne dans tes couleurs
Les ailes du couchant rallument tes absences
Qui trahissent l'accent sonore des silences

Le temps passe, cavale à la hauteur des rêves
Le silence infernal court, s'ennuie et s'achève
Et là bas, esseulée, mon âme désespère
Mes espoirs fatigués me briment, m'exaspèrent.

J'irai dans ta demeure attendre ton retour
Espérer voir tes lueurs émaillées sur le jour
Je voudrais descendre jusqu'au fond de ta chair
Afin de te sentir et m'étendre sur tes formes princières


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NUIT SILENCIEUSE


La nuit silencieuse s'enferme sous ses cils
L'aurore colorée se baigne dans tes îles
Là bas, le troubadour, à l'ombre des prairies
Suspends ses errances, le cœur endolori

Les joies pustuleuses tombent sur les épaves
Les rêves espérés sur les bouches qui bavent
L'esprit qui s'élève et l'âme errante se libèrent
Et les sons aphones retentissent de prières

Le ciel chargé de sens, épouse les esprits
Et délivre les cœurs des mythes interdits
La terre chancelle. Les heures éreintées
Déversent leur frayeur, fatigués d'espérer

Les peurs inquiètes retiennent les cantiques
Les souffles renaissent sous les airs acoustiques
Leurs joies inépuisées épousent l'éternel
Les vallées purifient les illusions charnelles

Demain su la falaise, à l'approche des signes,
J'irai sur les chemins pour retracer les lignes
Les rimes et les vers, le poème qui libère
Réveillent mon âme endormie dans les fers


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PARTIR


Par
Tir
Sou
Daine
Ment.
Sans
Bruit
Sans
Crie
Sans
Dou
Leur
Sans
Heurt.
Par
Tir
Un
Bon
Ma
Tin
Loin

Bas
Vers
Des
Rives
Pures
Et
Suaves
Vers
Des
Cieux
Plus
Clé
Ments
Par
Tir !


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