caloucaera poésies Version du 20 janvier 2008




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Nino Plus
Chez les Sudistes
Des briquets pour Serge
Gérard le Bordelais
Mamans Courage
Souvenirs, souvenirs
La Forêt Libellule
Soling
L'Arbre Automate
Pour toi, la machine à écrire
Brooklyn 44


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SOUVENIRS


Christophe LACAMPAGNE


Poèmes



Hommages émus à ceux que Christophe a aimés ou à ceux qu'il admire. Mais pour ne pas sombrer dans la mélancolie, le poète enfourche ensuite une libellule et nous fait visiter un pays fantastique.
Christophe au pays des merveilles ?



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NINO PLUS


à Nino Ferrer

À peine quelques années
Après ta disparition, si douloureuse,
Qui me déprime encore sans prévenir,
Même si je me sens déjà
Beaucoup moins orphelin,
En apprenant que du Nord au Sud
Tout le monde, y compris
Dans l'univers du compagnonnage,
Connaît désormais ta référence
Métronomique,
Ainsi que ce jugement unanime
Des fées visionnaires;
Qui décident avec le sourire,
De dégivrer le nom de "NINO PLUS"
Pour l'inscrire en mémoire
Dès aujourd'hui,
À la peinture à l'huile
Des émotions.


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CHEZ LES SUDISTES


à Julien Green

Pour ma sœur Radiah
C'était naturel
D'aider les autres,
Comme il était naturel
De se coucher sous la couette,
Ou de se lever
Pour travailler durement
Sur la plantation familiale,
Entourée par toutes ces colonnes blanches
Et ces bananiers chargés d'histoire.
Du reste,
Grâce à sa gentillesse de proximité,
Radiah avait non seulement
Beaucoup d'amies en crinoline
A Savannah mais également
De très nombreux prétendants
Chez les Sudistes,
Qui faisaient que ma sœur
Radiah était devenue
En quelques mois, l'adolescente
La plus Radieuse
De notre chère Géorgie.


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Des millions de briquets s'allument


On savait qu'un jour
On entendrait tes grelots,
Tes clochettes,
Que tu nous laisserais tes paroles,
Tes musiques,
Dans nos têtes,
Dans nos cheveux,
Avec des frissons sur la peau
Et quelques dessins
A l'encre de Chine.

On a du mal à croire
Que ce jour vient d'arriver.
Toi, qui as su comprendre le miroir
De toutes les générations,
C'est pour ça que ce samedi soir,
En France ou en Jamaïque,
On pense à Bonnie,
A la Harley dans le garage,
A cette dépression qui passe,
Au-dessus de nos jardins.
Difficile de retenir nos larmes !
Beaucoup d'émotion sur nos claviers
En voyant tous ces lutins
Qui branchent ton Live,
Qui frappent dans les mains,
Qui allument une dernière fois,
Des millions de briquets
Et qui chantent très fort "La Javanaise",
Love On The Beat,
Pour dire au revoir
Au Grand Serge.


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Gérard le Bordelais


A l'approche des vendanges,
Gérard le Bordelais,
lançait des sourires
hypocrites en direction
de sa sœur,
devenue brusquement
de plus en plus malade,
et donc pas en mesure
d'imaginer,
depuis son lit jetable,
que dans une pièce voisine,
jaunie par la méchanceté,
Gérard se faisait tranquillement
attribuer,
par des mains sulfureuses
et notariées,
toute la quantité
disponible !


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Mamans Courage


Pauvre Philippe,
Normalement tu devrais vivre
Attaché depuis ta dixième année
Au numéro 43, de la rue de l'Isolement
Complet.
Mais ta maman ne le veut pas,
Elle connaît tous les progrès de son
Petit garçon, toutes les correspondances,
Depuis son premier souffle de vie,
Jusqu'aux séances médicales
De plus en plus éprouvantes.
Dans l'immédiat, du moins,
Ta maman fera tout
Pour lutter et retarder encore
Ce tube d'échéance,
En invoquant dans le sublime,
Les pouvoirs constructeurs
Qui appartiennent seulement,
Aux Mamans Courage !


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Souvenirs, souvenirs


Si un mot d'amour
Était une plage,
Alors,
Je t'offrirais
Une plage.


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La Forêt Libellule


C'est un peu toi,
C'est un peu moi,
C'est un peu nous,
Les Garçons
Et les Filles,
Là-bas, à Madrid.

Mais la Forêt libellule,
C'est aussi l'histoire de Véronika
Et du rouge-gorge Soling
Au milieu des champignons Géants;
Et même si c'est pas toujours facile
A atteindre ? L'insoling,
Faut pas se décourager
Car y'aura toujours, à l'intérieur de nous,
Cette Pyramide de confiance,
Que jamais personne
Ne pourra
Nous voler.

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Soling


Parfois, on s'avance vers des photographes,
Mais ils ne nous regardent pas.
Absence de pellicules,
Caméras éclatées,
Objectif Lune
Dans nos tambours.
Alors on ouvre le Grand Livre
De la Forêt Libellule,
On pose son vélo
Contre l'Arbre Automate
Et on présente nos larmes
Au rouge-gorge Soling,
Qui ne peut plus voler
Mais qui reçoit
Toujours des visites.


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L'Arbre Automate


Toujours à l'écoute des autres,
On le consulte,
On lui fait confiance,
Il donne le change;
Immobile
Dans sa capsule.
Il conserve l'assiette
Et il garde le silence,
Puis il remue gravement
Les branches,
Pour dire
Ce qu'il pense.


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Pour toi, la machine à écrire


Viens avec moi dans mon Ovni,
Qui brille
Aux couleurs de la configuration libre.
Pour toi,
J'ai mis le drapeau
Noir et rouge,
Du Solo Boy 92.

Prends ta montre aquatique,
Tes jeans,
Ton pin's de Madrid,
Un peu de crème de tortue,
Tes shoes,
Pour jouer à l'élastique.

Et puis nous partirons dans la diagonale
De la Forêt Libellule,
Avec ton sourire alternatif,
A la recherche de l'Ami Pierrot,
Qui vient d'écrire un vrai livre
Qui a bien la forme d'un cœur
New Age,
Et surtout pas
D'un microbe à l'Encre
De Chine.


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BROOKLYN 44


Tu coupes tes cheveux,
comme on traverse un tableau de Bob :
entre le rêve et la réalité.
Que c'est dur d'avoir tant aimé !

La porte entrouverte,
c'est le passé qui s'en va...
Comme si on avait mis une grosse pierre,
devant la cheminée en marbre bleu
du salon.

Les rideaux endormis par cette longue nuit.
Sous ce Mickey en caoutchouc mousse,
le lit qui frémit,
comme un mélange abstrait
au fond d'un cratère,
et ta maman qui téléphone...

Hier, à la même heure,
c'était un jeune soldat
qui sonnait à ta porte,
pour t'apporter ce mortel télégramme
accompagné,
d'un cahier rempli de croquis.

Aujourd'hui, c'est une grenouille en or
qui te parle,
et que Bob t'avait offerte
la veille de son départ,
pour une nouvelle guerre
au pays des Frenchies.

Déjà presque deux ans,
que tu connaissais la lumière
la plus intime de cet être
exceptionnel, observateur profond
de la vie.
Toi, la petite ethnologue sudiste
qui avait flashé
sur le peintre,
et les peintures d'un univers
jamais triste,
exposées dans la galerie exiguë
du pasteur Anderson,
le meilleur ami de Bob,
mobilisé pour l'Italie
la semaine dernière.

Incapable de dire un mot, la gorge serrée,
pieds nus,
tu descends le long escalier...
Doucement, tu plonges ton regard humide
en direction de cette glace déformante
du Bronx,
gagnée par Bob, à la kermesse
de son ancienne école.
Cette même glace, qui te renvoie
les heures de rire,
de tous ceux qui venaient à la maison.
En particulier, ce représentant très chic
avec un noeud papillon,
qui avait vendu à Bob la chevrolet blanche,
et qui s'était mis à poil, par défi,
devant la glace magique :
pour qu'on prenne des photos
de ce nouvel ami,
afin qu'il puisse les montrer
à ses futures clientes !

Un sourire traverse ton visage,
quand tu te souviens
d'avoir raconté cette histoire
loufoque,
à tes parents si puritains,
devant ta petite soeur Evelyne
qui n'a que dix ans...

Tu fermes le wisky-bar,
tu remontes l'escalier, jusqu'à l'atelier.
Dans ta main, une boîte en ivoire,
où se trouvent tes cheveux,
et tu la poses délicatement
à côté des palettes, des tubes,
des pinceaux, des contrats en souffrance.
Ensuite, t'enlèves le drap, envahi de couleurs,
qui entoure le chevalet, en bois de chêne
américain.
Soudain, ta peau tremble,
en découvrant cette dernière toile inachevée
par les canons et la guerre.
Celle-ci représente : des hommes et des femmes,
qui marchent dans une avenue
pleine de courants d'air,
sans doute la cinquième,
que Bob aimait tellement...
Puis, tu distingues au sommet des buildings,
des moulins traditionnels,
en nombre insuffisant,
comme les restes d'un navire,
et tu vois clairement écrit
en bas à droite,
ces quelques mots au crayon :
"les moulins à prières", à toi mon amour,
suivis de la signature
de Bob.


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