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SOUVENIRS
Christophe LACAMPAGNE
Poèmes
Hommages émus à ceux que Christophe a aimés ou à ceux qu'il admire. Mais pour ne pas sombrer dans la mélancolie, le poète enfourche ensuite une libellule et nous fait visiter un pays fantastique.
à Nino Ferrer À peine quelques années Après ta disparition, si douloureuse, Qui me déprime encore sans prévenir, Même si je me sens déjà Beaucoup moins orphelin, En apprenant que du Nord au Sud Tout le monde, y compris Dans l'univers du compagnonnage, Connaît désormais ta référence Métronomique, Ainsi que ce jugement unanime Des fées visionnaires; Qui décident avec le sourire, De dégivrer le nom de "NINO PLUS" Pour l'inscrire en mémoire Dès aujourd'hui, À la peinture à l'huile Des émotions. revenir au début
à Julien Green Pour ma sœur Radiah C'était naturel D'aider les autres, Comme il était naturel De se coucher sous la couette, Ou de se lever Pour travailler durement Sur la plantation familiale, Entourée par toutes ces colonnes blanches Et ces bananiers chargés d'histoire. Du reste, Grâce à sa gentillesse de proximité, Radiah avait non seulement Beaucoup d'amies en crinoline A Savannah mais également De très nombreux prétendants Chez les Sudistes, Qui faisaient que ma sœur Radiah était devenue En quelques mois, l'adolescente La plus Radieuse De notre chère Géorgie. revenir au début
On savait qu'un jour On entendrait tes grelots, Tes clochettes, Que tu nous laisserais tes paroles, Tes musiques, Dans nos têtes, Dans nos cheveux, Avec des frissons sur la peau Et quelques dessins A l'encre de Chine. On a du mal à croire Que ce jour vient d'arriver. Toi, qui as su comprendre le miroir De toutes les générations, C'est pour ça que ce samedi soir, En France ou en Jamaïque, On pense à Bonnie, A la Harley dans le garage, A cette dépression qui passe, Au-dessus de nos jardins. Difficile de retenir nos larmes ! Beaucoup d'émotion sur nos claviers En voyant tous ces lutins Qui branchent ton Live, Qui frappent dans les mains, Qui allument une dernière fois, Des millions de briquets Et qui chantent très fort "La Javanaise", Love On The Beat, Pour dire au revoir Au Grand Serge. revenir au début
A l'approche des vendanges, Gérard le Bordelais, lançait des sourires hypocrites en direction de sa sœur, devenue brusquement de plus en plus malade, et donc pas en mesure d'imaginer, depuis son lit jetable, que dans une pièce voisine, jaunie par la méchanceté, Gérard se faisait tranquillement attribuer, par des mains sulfureuses et notariées, toute la quantité disponible ! revenir au début
Pauvre Philippe, Normalement tu devrais vivre Attaché depuis ta dixième année Au numéro 43, de la rue de l'Isolement Complet. Mais ta maman ne le veut pas, Elle connaît tous les progrès de son Petit garçon, toutes les correspondances, Depuis son premier souffle de vie, Jusqu'aux séances médicales De plus en plus éprouvantes. Dans l'immédiat, du moins, Ta maman fera tout Pour lutter et retarder encore Ce tube d'échéance, En invoquant dans le sublime, Les pouvoirs constructeurs Qui appartiennent seulement, Aux Mamans Courage ! revenir au début
Si un mot d'amour Était une plage, Alors, Je t'offrirais Une plage. revenir au début
C'est un peu toi, C'est un peu moi, C'est un peu nous, Les Garçons Et les Filles, Là-bas, à Madrid. Mais la Forêt libellule, C'est aussi l'histoire de Véronika Et du rouge-gorge Soling Au milieu des champignons Géants; Et même si c'est pas toujours facile A atteindre ? L'insoling, Faut pas se décourager Car y'aura toujours, à l'intérieur de nous, Cette Pyramide de confiance, Que jamais personne Ne pourra Nous voler. revenir au début
Parfois, on s'avance vers des photographes, Mais ils ne nous regardent pas. Absence de pellicules, Caméras éclatées, Objectif Lune Dans nos tambours. Alors on ouvre le Grand Livre De la Forêt Libellule, On pose son vélo Contre l'Arbre Automate Et on présente nos larmes Au rouge-gorge Soling, Qui ne peut plus voler Mais qui reçoit Toujours des visites. revenir au début
Toujours à l'écoute des autres, On le consulte, On lui fait confiance, Il donne le change; Immobile Dans sa capsule. Il conserve l'assiette Et il garde le silence, Puis il remue gravement Les branches, Pour dire Ce qu'il pense. revenir au début
Viens avec moi dans mon Ovni, Qui brille Aux couleurs de la configuration libre. Pour toi, J'ai mis le drapeau Noir et rouge, Du Solo Boy 92. Prends ta montre aquatique, Tes jeans, Ton pin's de Madrid, Un peu de crème de tortue, Tes shoes, Pour jouer à l'élastique. Et puis nous partirons dans la diagonale De la Forêt Libellule, Avec ton sourire alternatif, A la recherche de l'Ami Pierrot, Qui vient d'écrire un vrai livre Qui a bien la forme d'un cœur New Age, Et surtout pas D'un microbe à l'Encre De Chine. revenir au début
Tu coupes tes cheveux, comme on traverse un tableau de Bob : entre le rêve et la réalité. Que c'est dur d'avoir tant aimé ! La porte entrouverte, c'est le passé qui s'en va... Comme si on avait mis une grosse pierre, devant la cheminée en marbre bleu du salon. Les rideaux endormis par cette longue nuit. Sous ce Mickey en caoutchouc mousse, le lit qui frémit, comme un mélange abstrait au fond d'un cratère, et ta maman qui téléphone... Hier, à la même heure, c'était un jeune soldat qui sonnait à ta porte, pour t'apporter ce mortel télégramme accompagné, d'un cahier rempli de croquis. Aujourd'hui, c'est une grenouille en or qui te parle, et que Bob t'avait offerte la veille de son départ, pour une nouvelle guerre au pays des Frenchies. Déjà presque deux ans, que tu connaissais la lumière la plus intime de cet être exceptionnel, observateur profond de la vie. Toi, la petite ethnologue sudiste qui avait flashé sur le peintre, et les peintures d'un univers jamais triste, exposées dans la galerie exiguë du pasteur Anderson, le meilleur ami de Bob, mobilisé pour l'Italie la semaine dernière. Incapable de dire un mot, la gorge serrée, pieds nus, tu descends le long escalier... Doucement, tu plonges ton regard humide en direction de cette glace déformante du Bronx, gagnée par Bob, à la kermesse de son ancienne école. Cette même glace, qui te renvoie les heures de rire, de tous ceux qui venaient à la maison. En particulier, ce représentant très chic avec un noeud papillon, qui avait vendu à Bob la chevrolet blanche, et qui s'était mis à poil, par défi, devant la glace magique : pour qu'on prenne des photos de ce nouvel ami, afin qu'il puisse les montrer à ses futures clientes ! Un sourire traverse ton visage, quand tu te souviens d'avoir raconté cette histoire loufoque, à tes parents si puritains, devant ta petite soeur Evelyne qui n'a que dix ans... Tu fermes le wisky-bar, tu remontes l'escalier, jusqu'à l'atelier. Dans ta main, une boîte en ivoire, où se trouvent tes cheveux, et tu la poses délicatement à côté des palettes, des tubes, des pinceaux, des contrats en souffrance. Ensuite, t'enlèves le drap, envahi de couleurs, qui entoure le chevalet, en bois de chêne américain. Soudain, ta peau tremble, en découvrant cette dernière toile inachevée par les canons et la guerre. Celle-ci représente : des hommes et des femmes, qui marchent dans une avenue pleine de courants d'air, sans doute la cinquième, que Bob aimait tellement... Puis, tu distingues au sommet des buildings, des moulins traditionnels, en nombre insuffisant, comme les restes d'un navire, et tu vois clairement écrit en bas à droite, ces quelques mots au crayon : "les moulins à prières", à toi mon amour, suivis de la signature de Bob. revenir au début |
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