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ISABELLE EN APPRENTISSAGE
Christophe LACAMPAGNE
Poèmes
Qui, mieux que notre Petit Poète, pouvait parler de l'enfance et de l'adolescence ?
Tu calcules ta moyenne, l'alchimie de tes peines. Tu gobes complet en math, le diamètre de tes rêves. Mais, t'assures en histoire : avec le mur qu'est tombé tu magnétoscopes la liberté des autres, pour savoir, demain, comment sera la tienne ? Et tu comptes sur tes petits doigts, chère petite Isabelle, le temps qu'il te faudra... pour devenir toi-même. revenir au début
Bonjour la vie bonjour la nuit, un étrange regard dans ce vent de folie ! Là-bas, une petite fille joue avec un petit garçon, dans une cour oblique, à regarder la mer à regarder la pluie. La petite fille refuse l'évasion. Elle veut juste rester, dans cette cour pacifique, avec ce petit garçon ; elle caresse des yeux la chose, un jour peut-être aura-t-elle satisfaction ? Le petit garçon tout rouge lui sourit, il y pense aussi, mais c'est encore trop petit pour lui faire tous les bébés, qu'elle voudrait ! En attendant... des jours meilleurs, le petit garçon sort son Gros Mouchoir pour dire au revoir, à cette petite fille tant aimée et lui promettre : qu'il reviendra, qu'il ne l'oubliera jamais, qu'il ne regardera plus la télémoque ni les petites copines de la nouvelle école, qu'il mangera de la soupe pour créer l'émotion, et que le jour où cela arrivera devenu, enfin, Grand Garçon, il lui écrira... revenir au début
"- Maîtresse, je suis pieds nus car au bout de mes chaussures y'a des fleurs qui poussent !" revenir au début
Mine de rien la petite fille avait quitté Deauville, son papa, les glaces pistache-vanille, les potins du centre ville, pour rejoindre dans un train corail, sa maman qu'elle aimait tant ; et qui vivait à des kilomètres de tout ça, loin des TV câblées, dans un endroit plein de douceur, si justement désigné à la périphérie comme étant : "LA MAISON DES ARTISTES". revenir au début
Située sur un rocher imaginaire clôturée par des scénarios électriques, au cœur d'un espace musical animée par des enfants. De la peinture à la figuration libre partout sur les murs, avec aussi : quelques étoiles dans les sapins, des quartiers de lune sous les escaliers, ainsi qu'une vieille grenouille, en marbre, qui était sourde comme un oeuf et surtout, des Pierrots hallucinés devant cette petite fille si habile, qui voulait couper sa mèche pour l'envoyer à Deauville, dans un colis express. revenir au début
Flippe pas, la vie devant toi, l'été dans pas longtemps... débranche le courant. "- Allô, Etienne Maho ! Toi seul, comprends mon flip ! Les autres sont des ancêtres, qui pensent à leur bien-être : frigidaire, bigophone, cartes de visite, 15 ans, plus comme avant ! Éric c'est fini, et ils n'ont rien compris ! À la sortie du lycée ne s'est pas retourné ; faudra encore marcher plus loin que l'Amérique... Je voyage dur dans ma tête, mardi géographie : n'avons pas vu l'Union Soviétique, paraît que c'est pacifique ? Moi j'm'en fous, Éric et moi sans vous ! Mettre un nouveau sweet, bon plan ! Gaffe à la copine devant, plus conne je meurs ! Elle mate Éric, j'ai peur ! Elle m'a déjà taxé du fric, pas chic ! Mais, aujourd'hui, plus question de taxer mon cœur : pour la géo, j'irai voir ailleurs !" revenir au début
" - J'ai mon bac, super ! Depuis des heures que j'attends, pour mater mon nom sur les feuilles de l'administration, avec mes copines : Julie, Isa, etc. Enfin, voilà les résultats ! Le plus beau jour de ma vie ! Pourtant, j'y croyais pas, et mes parents encore moins. Ils m'ont bien fait flipper les vieux avec le sexe, la drogue, la télé. S'ils savaient ces cons combien, j'ai bien baisé avec Philippe, même que nous prenions de l'herbe au petit déjeuner, l'après-midi aussi. Le soir, on se regardait le magnétoscope ; d'ailleurs j'ai vu trois fois le film "37°2", et j'ai pu le caser dans ma copie de philo, c'est pour ça que maintenant, j'ai la mention ! Ah ! Si mes copines savaient, elles se mettraient toutes à fumer : surtout, à cause de la géo, vu que c'était le triangle d'or qu'est tombé ; sans parler de l'espagnol, de la jeunesse droguée de Barcelone... Décidément, le teush ça fait recette dans les exams : j'vais avoir une super collante !" revenir au début
Sur l'autoroute du sommeil, quelque part sur un cerisier blanc, son sac s'est ouvert, pour essuyer ses jolis yeux. Dring ! Dring ! Fini le parcours des étoiles la lumière ouverte, finie la messagerie. Faut retrouver la liberté, le mélange du jour et du petit matin : la bicyclette la rue les gens le téléphone à 10 chiffres, même au cœur du mois d'août LA MATINEUSE doit bosser pour se thuner. revenir au début
Pour oublier Nathalie : sa façon de cueillir les fruits, la douceur de son corps, sa peau, ses seins. Tout contre moi ce va-et vient de folie, sous la douche dans le lit après les manifs à la fac dans les toilettes, les pipes si bien tirées par cette bouche experte, par cette main d'enfant, par cette langue douce et ferme maîtresse absolue, du Point de non-Retour ! revenir au début
Lequel de nous deux a touché l'autre ? Je ne sais pas, mais ça fait mal. Dans ce cas là on pense aux autres, à ce qu'ils vont dire dans la prairie. Dans cette vie si compliquée, on a besoin de s'attacher les uns avec les autres, quand ça fait plus crac crac on rame, on branche la télémoque. Cela peut durer des mois, parfois des années, à flipper comme un malade loin du groupe : ne plus manger sa soupe, ne plus prendre son pied. revenir au début
Je pense encore à toi ; à la douceur de ton visage, à tes cheveux dans mes yeux, à ce que tu me disais, aussi, tendrement dans l'oreille en regardant cette mer caféine : "- Que d'un côté y'a les mots, et de l'autre l'amour." Mais plus le temps passe, plus il y aura un peu d'herbe diamantine, ou des quartiers de lune, au Brésil, qui se souviendront de nous... en regardant sur ces écrans Géants, la projection de nos baisers ! revenir au début
Tu marches toute seule à côté de ton chien, et tu penses à tous les amoureux, et tu t'poses la même question qu'eux : peut-on s'aimer toute une vie ? Ton chien avance sûr de lui... Toi, t'as trop les boules car dans ta famille, c'est pas la joie ! Ton père vit à Dunkerque, ta mère à Munich, ton grand-père en Kanaky, ta grand-mère en Australie... Et toi, tu vis à Paris dans un appart, sympa, de la rue Jacob, que tu partages avec Mike, un pilote de ligne à la PANAM. Tous les dimanches, tu t'promènes sur les quais de la Seine, pendant que lui atterrit à L.A. ou à CAPRI. Et tu te sens de plus en plus malheureuse de voir ta vie réglée, ainsi, par des fuseaux horaires, alors que d'autres s'embrassent tendrement au bord de la Seine. Et tu voudrais parler avec eux, les embrasser aussi, mais ça ne se fait pas ! Paris est une grande cité, où chacun vit pour soi : avec ses problèmes de sécu, de comptabilité analytique, de formulaire à remplir, d'autoradios volés. Tu regardes la Seine, c'est ta façon d'aimer. Déjà, quand t'étais lycéenne t'allais lui parler : de tes petites peines de coeur, de ton premier crac crac, de tes mauvaises notes, la peur du dentiste du quai Malaquais. Puis, ton départ pour les States et ta rencontre avec Mike, quelque part en Virginie... Mais pourquoi regarder la Seine quand on est plus la même ? Quand la raison nous amène là... Où on voudrait pas. Pourtant, cet enfant il existe à l'intérieur de toi, il capte, également, la Seine : tu ne le sais pas ! Il te crie : "Maman ! Attends encore, dans quelques mois... J'serai là ! Et je t'aiderai à remonter le courant, à remonter la vie, j'apprendrai l'américain pour dire à Papa : que l'amour n'est pas qu'un lit ou du formica, que tu n'es pas une poubelle ou un lave-vaisselle, qu'il y a aussi le respect, la lune les sentiments, que t'es tous les jours la plus belle, que t'es tous les jours la plus chouette, que t'es devenue... Une Femme et qu'il doit, désormais, t'ouvrir son coeur, avant de t'ouvrir ses bras !" revenir au début
Il écrit pour tous ceux qu'ont chopé les boules, et pour tous ceux qui ont peur un jour, de se choper les boules ! Il écrit aussi, pour tous ceux qui se retrouveront sans rien, sans morphologie, comme une chenille vide, sans message, regardant un tournesol triste, qui a perdu sa racine, et qui prend le temps de faire le grand saut sur le macadam d'une nationale, devant un groupe d'escargots Rockys qui agitent des lumières, des antennes humides, comme pour repousser les limites du temps, que quelque part un jour, on t'a volé! revenir au début
On avance doucement dans nos igloos, en suivant les signes de nos rythmiques : l'autoradio du maître chanteur sous le bras, un casque de moto sur la tête, la vignette 2050 entre les dents! On jongle, aussi, avec les mots, avec les États-Unis d'Europe, on compte les ambulances, les fusibles... Mais il arrive, parfois, qu'on s'arrête dans des endroits spéciaux, qui sont installés comme des aiguillages, pour que nos "legs" prennent enfin... Du repos. À ce moment-là, on réfléchit très fort dans nos melons hallucinogènes remplis de morceaux d'étoiles, de bivouacs solitaires, de caissons étranges, et de textos qui décrivent un bonheur qui se tricote à l'envers, dans le sens de la Précarité. revenir au début
Humblement, on te présente nos vies et qu'importe, ce qu'elles sont... revenir au début
Tous les soirs, après une journée de merde, elle prenait sa dose pour échapper à la réalité, pour accélérer le destin, pour casser le monde au quotidien. Elle ne pouvait, décidément, plus supporter cette chaudière toujours en panne, l'humidité des murs, l'hypocrisie des gens à la mort de sa mère ; puis, toutes ces lettres découvertes dans une armoire fermée à clef... C'était devenu l'enfer, pour elle qui se retrouvait, seule, avec une 4 L, et une antenne TV, dans ce petit pavillon de la Cité des Anges. Maintenant qu'y avait plus sa mère, elle était devenue une sorte de vieille fille, dévaluée, toute mal foutue. À sa place, les autres auraient choisi le travail, les sirops, les tournois de bridge, ou de monopoly... Elle, au contraire, avait choisi un arbre mort, des tailleurs gris, un cercle de vieux dealers rencontrés à l'arrêt du bus. Aussi, décida-t-elle, un jour, et sans état d'âme, de vendre à la baisse tous les bijoux de sa mère, pour se payer ses piqûres journalières, qui endormaient si bien la solitude de sa chambre, tapissée de jaune. Et... Toujours le bruit régulier de cette citerne en aluminium, sous la rotonde, dans le fond du jardin. revenir au début
On t'avait pas tout dit sur l'univers : qu'il y a aussi des blondes, aux visages voilés par des ciels jaunes, et des toiles d'araignées, qui clôturent les jardins. revenir au début
C'est une histoire d'amour, pas d'un filtre à café, plutôt un flash, une roue de secours. C'est l'histoire d'un cœur qui se met à vibrer, et d'un autre qui répond, qu'il voudrait bien aussi se mélanger. Mais déjà il est trop tard, les portes du métro se referment sur ce qui aurait pu être, un immense espoir. revenir au début
2 Janvier - Ce soir, moi aussi il pleut dans mes yeux ; tous ces tiroirs ouverts que je ne peux plus fermer, tous ces miradors éclairés même dans mes pensées. Soudain, j'entends un bruit assourdissant qui envahit le couloir. Puis, sous la pression de nombreux renforts extérieurs, c'est la porte du cinquième étage qui explose ; avant que ce bataillon de furieux ne pénètre à l'intérieur d'une micro-cellule, devenue insomniaque pour cause de suicide réussi. Le noir, comme une sentinelle, assure donc la préface en ce début d'année. Déjà hier, le crépitement d'un chargeur dans le ventre d'un gardien ! Lui aussi était bien malheureux : mais le pire, c'est que tout le monde ignorait qu'il était vidé à ce point !... revenir au début
Plus tu Souffres, plus ton Rachat sera, Possible. revenir au début
Y'a beaucoup de rancune, dans l'eau du Mois de Mai, contre tous ceux qui t'ont fait un mal d'enfer, en te jetant du venin en rafale partout dans tes images, avec aussi quelques méduses pour détruire ton refuge. revenir au début
Mais tu la retrouveras ta vie d'artiste, qu'ils ont voulu briser. Et tu la reconstruiras cette super pyramide, de couleur ocre, qu'il ne pourront plus jamais toucher ! revenir au début
Le monde autour de toi, l'univers autour de nous, toi tu vis dans ta bulle avec ton Amandine. Putain de société ! Que t'es mieux au lit, à tremper ton biscuit avec une Amandine, qui capte si bien la vapeur en ouvrant sa bouche, tout autour de ton Amandier ! revenir au début
Trouver du blé, la reniflette, puis se retrouver, ensuite, aux restos du malheur, t'as connu ça par cœur, avant de flasher sur cette Églantine, un soir de déprime, à l'intérieur de ce trou bien charnu, gavé d'Églantiers ! revenir au début
Tourne, tourne, les pages de ce livre, pendant que je découvre l'Appartement du Livre. Pendant que je traverse ces longs couloirs qui sentent le sable, l'amour de l'Afrique, et qui effacent les rancunes, et les doutes, les déceptions qu'on a pu avoir sur les autres ; les sourires hypocrites de la vie du réseau : avec tous ces écrans, ces rails, et cette bureautique, qui te transforment, au fil des années, en une mécanique sans prestige. revenir au début
Tu tires sur les manettes, pour quitter ce sol galvanique ; les Étoiles s'éclatent, elles te fixent dans les yeux ! Si des fois tu vas chez elles, tu seras bien reçu : elles l'ont dit au soleil, avant qu'il ne disparaisse. revenir au début |
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