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Envol des sternes
Bruno BOULAIS
Voilà que Bruno joue aussi avec les rimes, la construction des vers, les jeux de mots, renouvelant sans cesse l'effet poétique et le plaisir du lecteur. Sa première publication est un coup de maître.
Ne pas l'être comme une image La sagesse peut faire des ravages Comme les dents que l'on dit sages Au moment du premier gazouillage Être sage c'est être en cage Sans jamais voir les rivages Là bas au bout des virages Au sommet des hauts alpages Faisons vite notre paquetage Et pendant que tu me dévisages C'est la folie que j'envisage Sur le quai d'appareillage Goûtons ces doux breuvages Et de l'âtre vérifions le tirage Avant d'aller cueillir les cépages Sous les rafraîchissants feuillages Est-ce donc ce délicieux partage Qui procure l'envie d'être volage ? Viens à la douceur des ombrages Que je soufflette ton plumage revenir au début
L'imaginaire a besoin d'une main fraternelle Qui saisit le pavé de l'insurrection subversive A la métaphore de l'anarchie noire et rebelle Pour un demain clair se levant à l'aube vive L'utopie espère la théorie neuve devancière Qui claque les mots des amortis de la pensée A la parabole des idées qu'on dit outrancières Pour demain matin faire un jour neuf renouvelé La chimère réclame le poing fermé et levé Qui concrétise le combat des hommes A l'allégorie de la conquérante Liberté Pour après hier toujours croquer la pomme L'idéal appelle les bras emmitouflants Qui serrent les frères avec enthousiasme A la longue histoire des humains qui tant Et tant ont connu moult drames et miasmes revenir au début
Est-ce à force de roulades En duo avec l'enfant libéré Dont tes yeux sont malades Du sable des plages ocrées Est-ce chaleur des mots miel Câlinant tes nuits chaotiques Qui saturent tes prunelles De tes ensablées érotiques Est-ce ta sensualité de fille Ou les incendies de tes nuées Qui diminuent tes pupilles Et te procure la vue embuée Est-ce la lave que tu ratisses ? Des volcans de tes jardins Qui assombrissent ton iris A l'orée de mes embruns Est-ce la houle force iodée Des nuits et jours pressentis Qui fragilise alors ta cornée De nos magiciennes vies Sont-ce sur la plage tes pas Et les frissons de ton corps Qui blessent ainsi ta fovéa De ta belle cueillette aurore Sont-ce donc tes fantasmes divins De cette rencontre à vivre Qui endolorie ton cristallin Au point d'ouvrir le livre Est-ce la belle envie marine De me donner ces oiseaux Qui obscurcie la rétine Des nuits peuplées de cahots revenir au début
A quoi pensez-vous Anne-Lyse ? Et cette sensation hier ressentie Vous prenez le temps de l'analyse Avant que la pensée ne soit repartie Être sans vous chère Anne-Lyse N'est pas complètement être La réflexion étant la belle cerise Aux riches branches de tout être Conserver l'intelligence du cœur Mais celle de l'utile interrogation M'est nécessaire tout à l'heure Pour me poser la bonne question Être totalement avec désirs ravis Où en êtes vous donc Anne-Lyse ? De l'embellissement de vos envies A l'issue de votre claire analyse revenir au début
Des histoires fantastiques Peuplées de personnages Avec cette jolie rythmique Chère à Pierre Soulages De belles parties d'Échec Pièces feutrées rivalisant D'audace et tenace avec L'envie enthousiasmante Douceurs des couleurs d'yeux Musiques et sons étonnants Nul besoin d'un inutile dieu Pour écrire ce beau roman Silences des étoiles de nuit Murmures du soleil chaleur Sérénité et parfaite harmonie Afin que tout, enfin demeure revenir au début
Des rivages des oueds Avec leurs flots apaisants Aux lumières des velds D'astres clairs et ardents Je me tempête de tes mots Dans le volcan en fusion Aux périmètres de cet îlot Aux prémices de l'effusion J'emprunte la route de la soie Proche de sa voisine la forêt Preux chevalier sans foi ni loi De doux trésors j'explorerai Depuis ce désert en partance Lis-tu ces douces vibrations Au long cours de la Liberté Dans ces mots en cadence L'aube orangée de ta mémoire Et de tes nuits sans sommeil Jouera-t-elle la robe du soir Juliette au Pays des Merveilles Peut-être tes nuits bousculer Par delà les rivages d'Orient Afin de se dire enfin apaisés Avec ses visages confiants D'où me viennent mes dires De tes mots et pensées rares Attendant encore de les lire Ils sont là en belle mémoire revenir au début
Tu fus, inconnu, "de Hurletout Léo" Tu devins plus tard "Léo Ferré" Puis entre succès et haine "Ferré" Enfin, pour ceux qui t'aiment, "Léo" Tu fus détonateur de belles colères Enjoliveur des mots des vrais poètes Et tes textes chansons de naguère Sont de belles clés ouvrant la targette Tes mots d'amour comme blessure Émouvante ode à l'origine du monde Versaient de toi comme une déchirure Crevant ce monde triste et immonde L'espoir toujours au bout des vers Désespoir forme ultime de critique Tu chantais digne le port d'Anvers Ou Ostende avec ses moules frites Dans ta douce anarchie du quotidien Tu nous souhaitais ni dieu ni maître Et quand tu déclamais "Le chien" C'était pour nous comme renaître Tu n'aimais pas les idées courbes Ni le drapeau noir encore drapeau Mais tes longs plaidoyers tourbes Restent à l'oreille si forts et beaux La musique te prend comme l'amour Et ta voix nous saisit comme la mort Sacrifier cette rustique et austère tour Pour prendre la reine de tes remords Copain Léo tu es avec tes mots ta voix Celui qui transmet l'héritage des pensées A ceux qui ne connaissent d'autres voies Que celle de la pensée libre, belle Liberté revenir au début
Te souviens-tu du onze septembre Augusto, de l'année soixante treize Cette date noire sur le Chili d'ambre Augusto tu étais tout à ton aise Augusto tu as perdu l'impunité Te souviens-tu de tous ces morts Et de l'exécution nette d'Allende Rappelle-toi de tous ces corps Te souviens-tu de Victor Jara Avec sa guitare dans le stade Tes sbires lui tranchent les doigts Pour que sa musique ne s'attarde Aux airs de l'Unité Populaire Chanté par Jara et ses voisins Le militaire n'aimant pas l'air Abattit, froid, tous les mutins Te souviens-tu de Pablo Poète engagé et insurgé Tu n'aimais pas ces mots Tu l'as lui aussi liquidé Des femmes et hommes tués Augusto, le sang sur tes mains Ils ne voulaient que la Liberté Eux n'ont pas eu de demain Demain, Augusto, tu seras jugé Pour qu'on oublie jamais Ceux qu'à mort tu as torturé Ton impunité à jamais est levée revenir au début
Dis-moi d'où te viennent ces cernes Tes nuits seraient-elles bousculées D'avoir trop admiré le vol des sternes A l'approche du souffle des marées ? Dis-moi d'où te viennent ces mots océans Tes désirs seraient-ils ceux de sirènes D'avoir cerné les ridules des instants En visitant cette mystérieuse citadelle ? Dis-moi d'où te viennent ces mémoires De mouettes et d'hirondelles de mer, Est-ce ton lendemain que tu prépares Avec, enfoui au très loin de nous, l'amer ? Dis-moi d'où surgit le jeu de cheveux Tes mains seraient-elles vents tempêtes Pour que la belle barque de tes vœux Chavire en moi comme libre mouette ? Dis-moi d'où te viens cette liberté Ta voûte serait-elle si accueillante Que tu aimerais mon front draper De pensées et d'écoutes vivifiantes ? revenir au début
Dans l'atelier du Maître Vermeer Est invitée Griet, la jeune servante, La jeune fille apprend l'outremer, Elle est simple sensible, ravissante Il pense au massicot à la céruse Elle sait enfin le tableau qu'il peint Et son lourd labeur qui l'use Mais quand il touche sa main... Les perles que Vermeer a désirées Aux oreilles de la sage jeune femme Sont de Madame la pleine propriété Mais dans son monde, il est flamme L'épouse se sentant fort outragée Se fait devant l'assistante rugissante Et Griet quitte alors la maisonnée Celle de la belle peinture naissante Plus tard, après une longue décennie, Après la disparition de l'artiste peintre Elle recevra alors en guise d'agonie Les perles lumières autrefois peintes Un cœur simple en sacrifice Au bûcher d'un génie exceptionnel L'art est-il bonheur dans l'interstice, D'inutile, il devient enfin essentiel ? Bonheur libératoire de croire l'inutile Comme plus nécessaire que l'utile C'est ce que Rezvani pense de l'art Dîtes moi s'il n'est alors trop tard revenir au début
De mes idées secrètes, je fabrique un oasis De mes folies intrinsèques, je raconte les mots De mes envies complètes, je livre le synopsis De mes voluptés sincères, je rêve le beau De tes tentations cachées, lis-moi le livre De tes déraisons intimes, peins la renoncule De tes sensualités chaudes, rends-moi ivre De tes délires orangés, imprime la pellicule De nos plaisirs océans, construisons demain De nos envolées de mots, brisons les suspicions De nos passions de teintes, suivons le chemin De nos Libertés libertaires, enclenchons l'imagination revenir au début
Le rire est fou Et le fou rire Très entre nous On peut le dire Rire aux larmes Ou bien sourire Déposer l'arme On va l'écrire Peut-on me Rire au nez Ca dépends de Quel rire dit Ferré Rire sous cape Taquinerie mutine Ouvre ta cape Et sois coquine Rire aux éclats Éclate tes mots Éclairé ton toi Avec tes idéaux Rire intérieur Avec l'humour A toute heure Comme l'amour revenir au début
Si tu devais... Peindre mes yeux ce serait avec tes lèvres Songer à moi ce serait avec ta douceur Dessiner mon sourire ce serait avec fièvre Écrire mon nom ce serait avec ardeur Écouter les battements ce serait avec miel Entendre ma Liberté ce serait avec Liberté Vivre ma sensibilité ce serait avec vermeil Prendre ma main ce serait avec sensualité Te reposer en moi ce serait avec tes souffles Être murmure ce serait avec l'arc de tes mots Être mes rêves ce serait protégé par le moufle Être si emplie de moi ce serait de ma peau revenir au début |
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