caloucaera poésies       25 novembre 2004

Léo Ferré



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Envol des sternes
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Envol des sternes


Bruno BOULAIS


Voilà que Bruno joue aussi avec les rimes, la construction des vers, les jeux de mots, renouvelant sans cesse l'effet poétique et le plaisir du lecteur. Sa première publication est un coup de maître.


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SAGE...


Ne pas l'être comme une image
La sagesse peut faire des ravages
Comme les dents que l'on dit sages
Au moment du premier gazouillage

Être sage c'est être en cage
Sans jamais voir les rivages
Là bas au bout des virages
Au sommet des hauts alpages

Faisons vite notre paquetage
Et pendant que tu me dévisages
C'est la folie que j'envisage
Sur le quai d'appareillage

Goûtons ces doux breuvages
Et de l'âtre vérifions le tirage
Avant d'aller cueillir les cépages
Sous les rafraîchissants feuillages

Est-ce donc ce délicieux partage
Qui procure l'envie d'être volage ?
Viens à la douceur des ombrages
Que je soufflette ton plumage


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UTOPIA


L'imaginaire a besoin d'une main fraternelle
Qui saisit le pavé de l'insurrection subversive
A la métaphore de l'anarchie noire et rebelle
Pour un demain clair se levant à l'aube vive

L'utopie espère la théorie neuve devancière
Qui claque les mots des amortis de la pensée
A la parabole des idées qu'on dit outrancières
Pour demain matin faire un jour neuf renouvelé

La chimère réclame le poing fermé et levé
Qui concrétise le combat des hommes
A l'allégorie de la conquérante Liberté
Pour après hier toujours croquer la pomme

L'idéal appelle les bras emmitouflants
Qui serrent les frères avec enthousiasme
A la longue histoire des humains qui tant
Et tant ont connu moult drames et miasmes


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TES YEUX


Est-ce à force de roulades
En duo avec l'enfant libéré
Dont tes yeux sont malades
Du sable des plages ocrées

Est-ce chaleur des mots miel
Câlinant tes nuits chaotiques
Qui saturent tes prunelles
De tes ensablées érotiques

Est-ce ta sensualité de fille
Ou les incendies de tes nuées
Qui diminuent tes pupilles
Et te procure la vue embuée

Est-ce la lave que tu ratisses ?
Des volcans de tes jardins
Qui assombrissent ton iris
A l'orée de mes embruns

Est-ce la houle force iodée
Des nuits et jours pressentis
Qui fragilise alors ta cornée
De nos magiciennes vies

Sont-ce sur la plage tes pas
Et les frissons de ton corps
Qui blessent ainsi ta fovéa
De ta belle cueillette aurore

Sont-ce donc tes fantasmes divins
De cette rencontre à vivre
Qui endolorie ton cristallin
Au point d'ouvrir le livre

Est-ce la belle envie marine
De me donner ces oiseaux
Qui obscurcie la rétine
Des nuits peuplées de cahots


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ANNE-LYSE


A quoi pensez-vous Anne-Lyse ?
Et cette sensation hier ressentie
Vous prenez le temps de l'analyse
Avant que la pensée ne soit repartie

Être sans vous chère Anne-Lyse
N'est pas complètement être
La réflexion étant la belle cerise
Aux riches branches de tout être

Conserver l'intelligence du cœur
Mais celle de l'utile interrogation
M'est nécessaire tout à l'heure
Pour me poser la bonne question

Être totalement avec désirs ravis
Où en êtes vous donc Anne-Lyse ?
De l'embellissement de vos envies
A l'issue de votre claire analyse


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ENTHOUSIASME


Des histoires fantastiques
Peuplées de personnages
Avec cette jolie rythmique
Chère à Pierre Soulages

De belles parties d'Échec
Pièces feutrées rivalisant
D'audace et tenace avec
L'envie enthousiasmante

Douceurs des couleurs d'yeux
Musiques et sons étonnants
Nul besoin d'un inutile dieu
Pour écrire ce beau roman

Silences des étoiles de nuit
Murmures du soleil chaleur
Sérénité et parfaite harmonie
Afin que tout, enfin demeure


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RIVAGES DES OUEDS


Des rivages des oueds
Avec leurs flots apaisants
Aux lumières des velds
D'astres clairs et ardents

Je me tempête de tes mots
Dans le volcan en fusion
Aux périmètres de cet îlot
Aux prémices de l'effusion

J'emprunte la route de la soie
Proche de sa voisine la forêt
Preux chevalier sans foi ni loi
De doux trésors j'explorerai

Depuis ce désert en partance
Lis-tu ces douces vibrations
Au long cours de la Liberté
Dans ces mots en cadence

L'aube orangée de ta mémoire
Et de tes nuits sans sommeil
Jouera-t-elle la robe du soir
Juliette au Pays des Merveilles

Peut-être tes nuits bousculer
Par delà les rivages d'Orient
Afin de se dire enfin apaisés
Avec ses visages confiants

D'où me viennent mes dires
De tes mots et pensées rares
Attendant encore de les lire
Ils sont là en belle mémoire


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Léo Ferré Léo FERRE


Tu fus, inconnu, "de Hurletout Léo"
Tu devins plus tard "Léo Ferré"
Puis entre succès et haine "Ferré"
Enfin, pour ceux qui t'aiment, "Léo"

Tu fus détonateur de belles colères
Enjoliveur des mots des vrais poètes
Et tes textes chansons de naguère
Sont de belles clés ouvrant la targette

Tes mots d'amour comme blessure
Émouvante ode à l'origine du monde
Versaient de toi comme une déchirure
Crevant ce monde triste et immonde

L'espoir toujours au bout des vers
Désespoir forme ultime de critique
Tu chantais digne le port d'Anvers
Ou Ostende avec ses moules frites

Dans ta douce anarchie du quotidien
Tu nous souhaitais ni dieu ni maître
Et quand tu déclamais "Le chien"
C'était pour nous comme renaître

Tu n'aimais pas les idées courbes
Ni le drapeau noir encore drapeau
Mais tes longs plaidoyers tourbes
Restent à l'oreille si forts et beaux

La musique te prend comme l'amour
Et ta voix nous saisit comme la mort
Sacrifier cette rustique et austère tour
Pour prendre la reine de tes remords

Copain Léo tu es avec tes mots ta voix
Celui qui transmet l'héritage des pensées
A ceux qui ne connaissent d'autres voies
Que celle de la pensée libre, belle Liberté


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AUGUSTO


Te souviens-tu du onze septembre
Augusto, de l'année soixante treize
Cette date noire sur le Chili d'ambre
Augusto tu étais tout à ton aise
Augusto tu as perdu l'impunité
Te souviens-tu de tous ces morts
Et de l'exécution nette d'Allende
Rappelle-toi de tous ces corps
Te souviens-tu de Victor Jara
Avec sa guitare dans le stade
Tes sbires lui tranchent les doigts
Pour que sa musique ne s'attarde
Aux airs de l'Unité Populaire
Chanté par Jara et ses voisins
Le militaire n'aimant pas l'air
Abattit, froid, tous les mutins
Te souviens-tu de Pablo
Poète engagé et insurgé
Tu n'aimais pas ces mots
Tu l'as lui aussi liquidé
Des femmes et hommes tués
Augusto, le sang sur tes mains
Ils ne voulaient que la Liberté
Eux n'ont pas eu de demain
Demain, Augusto, tu seras jugé
Pour qu'on oublie jamais
Ceux qu'à mort tu as torturé
Ton impunité à jamais est levée


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ENVOL DE STERNES


Dis-moi d'où te viennent ces cernes
Tes nuits seraient-elles bousculées
D'avoir trop admiré le vol des sternes
A l'approche du souffle des marées ?

Dis-moi d'où te viennent ces mots océans
Tes désirs seraient-ils ceux de sirènes
D'avoir cerné les ridules des instants
En visitant cette mystérieuse citadelle ?

Dis-moi d'où te viennent ces mémoires
De mouettes et d'hirondelles de mer,
Est-ce ton lendemain que tu prépares
Avec, enfoui au très loin de nous, l'amer ?

Dis-moi d'où surgit le jeu de cheveux
Tes mains seraient-elles vents tempêtes
Pour que la belle barque de tes vœux
Chavire en moi comme libre mouette ?

Dis-moi d'où te viens cette liberté
Ta voûte serait-elle si accueillante
Que tu aimerais mon front draper
De pensées et d'écoutes vivifiantes ?


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LA JEUNE FILLE A LA PERLE


Dans l'atelier du Maître Vermeer
Est invitée Griet, la jeune servante,
La jeune fille apprend l'outremer,
Elle est simple sensible, ravissante

Il pense au massicot à la céruse
Elle sait enfin le tableau qu'il peint
Et son lourd labeur qui l'use
Mais quand il touche sa main...

Les perles que Vermeer a désirées
Aux oreilles de la sage jeune femme
Sont de Madame la pleine propriété
Mais dans son monde, il est flamme

L'épouse se sentant fort outragée
Se fait devant l'assistante rugissante
Et Griet quitte alors la maisonnée
Celle de la belle peinture naissante

Plus tard, après une longue décennie,
Après la disparition de l'artiste peintre
Elle recevra alors en guise d'agonie
Les perles lumières autrefois peintes

Un cœur simple en sacrifice
Au bûcher d'un génie exceptionnel
L'art est-il bonheur dans l'interstice,
D'inutile, il devient enfin essentiel ?

Bonheur libératoire de croire l'inutile
Comme plus nécessaire que l'utile
C'est ce que Rezvani pense de l'art
Dîtes moi s'il n'est alors trop tard


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OASIS


De mes idées secrètes, je fabrique un oasis
De mes folies intrinsèques, je raconte les mots
De mes envies complètes, je livre le synopsis
De mes voluptés sincères, je rêve le beau

De tes tentations cachées, lis-moi le livre
De tes déraisons intimes, peins la renoncule
De tes sensualités chaudes, rends-moi ivre
De tes délires orangés, imprime la pellicule

De nos plaisirs océans, construisons demain
De nos envolées de mots, brisons les suspicions
De nos passions de teintes, suivons le chemin
De nos Libertés libertaires, enclenchons l'imagination


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RIRE


Le rire est fou
Et le fou rire
Très entre nous
On peut le dire

Rire aux larmes
Ou bien sourire
Déposer l'arme
On va l'écrire

Peut-on me
Rire au nez
Ca dépends de
Quel rire dit Ferré

Rire sous cape
Taquinerie mutine
Ouvre ta cape
Et sois coquine

Rire aux éclats
Éclate tes mots
Éclairé ton toi
Avec tes idéaux

Rire intérieur
Avec l'humour
A toute heure
Comme l'amour


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SI TU DEVAIS


Si tu devais...
Peindre mes yeux ce serait avec tes lèvres
Songer à moi ce serait avec ta douceur
Dessiner mon sourire ce serait avec fièvre
Écrire mon nom ce serait avec ardeur

Écouter les battements ce serait avec miel
Entendre ma Liberté ce serait avec Liberté
Vivre ma sensibilité ce serait avec vermeil
Prendre ma main ce serait avec sensualité

Te reposer en moi ce serait avec tes souffles
Être murmure ce serait avec l'arc de tes mots
Être mes rêves ce serait protégé par le moufle
Être si emplie de moi ce serait de ma peau


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