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AUBES CLAIRES
Bruno BOULAIS
Chaque fois qu'un nouveau poète frappe à ma porte, je me dis : "A qui va-t-il ressembler, de ceux qui oeuvrent déjà sur le site ?" Et chaque fois, merveille, voilà que le nouvel arrivant est unique et ne ressemble donc à personne.
Écoute ces mots formulés en douce nuitée Et ce cri de la soie où perdure le plaisir Aux corps des amants c'est la sensualité Qui libertine au seuil de tes souvenirs Écris ces phrases de manifeste fraternité Et cette envie encore de solide solitude Au creux de mon être c'est la ténacité Qui enjolive la vie sous toute latitude Peins ces touches sombres et éclairées Et ce sentier qui n'en finit pas de vivre De tes pinceaux c'est la juste sensibilité Qui prémédite le tendre chemin à suivre Joue ses notes suaves et délectables Et cette oreille où s'introduit l'émotion De cette musique c'est l'irréfragable Qui déjoue les pièges de la raison Regarde cette toile de Courbet en plein jour Et cette blessure où fleurit alors l'incroyable Dans les mains du peintre c'est bien l'amour Qui éclabousse derrière la porte de l'irréfragable revenir au début
Les mots sur la grande rivière Ont percuté les pages cendres Drapant le goéland libertaire D'arc-en-ciel de palissandre Les images au fronton du lit Ont calligraphié les négatifs Défiant la magicienne ici Pour les restituer positifs Les couleurs dessus la toile Ont tranquillisé la voûte feu Gonflant promptement la voile Pour un départ impétueux Les ondes au fil de l'eau Ont pétillé sur les claviers Tressant les plus forts mots A l'arobase de la Liberté Les étoiles de tes nuits Ont tracé le fil d'Ariane Drainant la douce pluie De mes désirs diaphanes revenir au début
Faudra-t-il encore une révolution Pour se libérer enfin de l'invisible De notre cerveau circonvolutions Vraiment n'en retenir que l'utile Ne pas laisser prise aux attentions De ceux qui pensent avec délectation Pour l'autre avec bonnes intentions Mais donnant alors trop de pressions Penser par soi même, y réfléchir Considérer sa belle existence Laisser de côté les cris et les ires Ne pas délaisser la confiance Se permettre parfois le doute Connaître quelques certitudes Afin que jamais la vie ne boute La sereine et cohérente attitude Être en clair avec soi même Et vivre pleinement son soi Pour avoir à se dire je t'aime Avec l'envie de te le dire, à toi revenir au début
Je viens à l'instant de Béranger Lire la biographie de l'Internet tirée François Béranger par Béranger Cela donne encor'envie de l'écouter C'est émouvant, pudique, sincère L'homme livre ce qui doit l'être Ni plus ni moins à sa manière Peu de temps avant de disparaître " Je suis né, je mourirai " C'est ainsi qu'il la commence La bio de l'homme du Loiret Dont on regrette l'absence Il y a juste un an " il a mouru " Certains s'en sont souvenus Ni désespéré ni surtout battu Jusqu'au bout il a combattu François, esprit de résistance Face à la déculturation régnante A relire toutes ces fortes stances C'est la fraternité que tu inventes Et cette femme souffrante Berçant son enfant mourante Elle lui chante une chanson Tout finit par des chansons revenir au début
Rivage entre lune et ciel Aux confins de confiture et miel A la frontière de transparence et nudité Au carrefour de mensonge et vérité Cascades et torrents des mots et des pensées Glissades et jaillissements des corps enlacés Lèvres rouge cerise pour, peut être, embrasser Les vents érodent la roche et tourbillonnent le sable Le souffle fripon écarte la transparence et... la fable Devint soudain réalité dans l'utile secret des jardins Et des trésors s'approche la douce et sensuelle main Folies éphémères et noctambules sur les plages ocrées Des femmes de Woody colorées dans la chaleur de l'été D'où me parviennent les élégantes roses bleues en arcanes Venues soudain peupler les frissons de mes nuits océanes Dans le silence de la mer de subtils parfums de marée Tels la cascade exposée et parfaitement entendue couler Et cette nuit magique, la source de vie, Origine du Monde Épicentre magnifique et brun roux du compas écartelé Si superbement transcrite par l'immense Gustave Courbet Puis voilée et enfin, non moins merveilleusement dévoilée Du regard et des mots, fabuleux et intense plaisir du monde revenir au début
Liberté revendiquée Réclamée, souhaitée Souvent confisquée Refusée, cadenassée Toujours pour elle lutter Liberté de son corps Liberté des idées L'exiger encore Liberté parfaitement utilisée Être libre de ses actes Liberté d'autrui préservée Voilà l'intelligent pacte Interdire au nom de quoi Quel ridicule privilège de roi Sans confiance en l'humain Pas de beaux lendemains L'humanité de tout chantage A tout jamais enfin libérée Gardons cette belle rage En nos cœurs déchaînés revenir au début
Temps qui tant et tant Passe et file follement Le temps d'antan dans Tant de temps librement Entends ce libre temps Qui vagabonde d'autant Plus qu'il est très tentant De le garder à mi-temps Suspends le fol temps Surprends le tiers temps Pour que momentanément Le temps soit partageant Partant du vieil antan Et remonter le temps Ocre de vent d'autan Pour offrir ce présent revenir au début
Pour cette liberté tant recherchée Et pour chaque matin renouvelé Pour cette nature tant abîmée Et pour chaque désir exploré Pour cette conscience exilée Et pour chaque espoir effronté Pour cette belle utopie relevée Et pour chaque plaie saignée Pour cette inconscience bée Et pour chaque musique écoutée Pour cette technique exilée Et pour chaque mot de Ferré Pour cette chanson engagée Et pour chaque idée de Béranger Pour cette peinture cachée Et pour cette anarchie Courbet Pour ce cimetière retrouvé Et pour ce réalisme hollandais Pour cette sensualité désirée Et pour chacune d'elle libérée Pour tout cela... Le silence revenir au début
Allez les jaunes, à mort les bleus La main tendue comme le salut Fasciste, défaite égale désaveu Hors la victoire point de salut Dans les stades les foules guerrières D'un nationalisme au paroxysme Et ces affirmations outrancières Doublées de haine et de racisme Injures, ires, colères et sifflets Pour que le ballon franchisse La ligne et que le but soit marqué A Paris, Leeds, Marseille ou Nice Fureurs, troubles, blessures, morts Le groupe est derrière son idole Abrutis sans aux dents le mors Slogans imbéciles sur banderoles revenir au début
Voici venus les temps de houle Récoltant les vagues d'espoir Vois-tu les flots qui déroulent Tes douces raisons d'y croire Voici venus le temps du trouble Cueillant les caresses satinées Reconnais-tu ce désir double A la résonance de la matinée Voici venu le temps des chaleurs Vivifiant les corps frissonnants Ressens-tu ces infinies douceurs Au cœur de tes frémissements Voici venu le temps de l'existence Enveloppant l'éveil de tes sens Perçois-tu ces douces stances Au creux des nuits effervescence Voici enfin enfin le temps d'aimer Rêvant le chemin de nos braises Accepteras-tu cette belle liberté Afin de n'en faire qu'à ton aise revenir au début
Comme un lichen au flanc d'un rocher Comme la feuille au faîte d'une branche Comme l'athéisme en plein archevêché Comme la sensualité près des clenches Comme la poésie au milieu des rustauds Comme la sensibilité parmi les frustres Comme l'authenticité face aux pourceaux Comme la Liberté en compagnie des rustres Je sens comme un sentiment de force Qui me vient d'où je ne sais mais je sais Que c'est un appétit des plus féroces A affronter ce qui est moins que parfait revenir au début
Les mots ont toujours raison L'ultime pensée de Victor Hugo à l'instant de l'oraison Est loin de lui donner tort Autographiant "Aimer, c'est agir" Il a quitté l'action et l'amour Pensée forte pour un partir N'y restons jamais sourds Emovere, mouvement de l'esprit Émotion de tous ces sentiments Alchimie forte et source de vie Se délecter de ce foisonnement Faire et agir encore et toujours C'est transmettre de l'humain Faire et refaire encore l'amour C'est rêver d'un meilleur demain revenir au début |
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