caloucaera poésies Version du 19 juillet 2003




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Prophétie
N'ayez point pitié
Soleil serpent
Tam-tam de nuit
Nostalgique
Investiture
Tam-tam I
Tam-tam II


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Aimé CESAIRE


Choix de poèmes




Malgré la volonté de désarticuler les phrases par la suppression de la ponctuation (pourtant plus que jamais nécessaire), par les césures inattendues et par les images surréalistes, ces poèmes glisseront dans vos oreilles, comme une musique limpide ponctuée par le rythme des mots, quand vous aurez fait l'effort d'adaptation nécessaire pour déjouer les pièges tissés par l'auteur.
Aimé Césaire s'y révèle peut-être plus africain que Léopold Sédar Senghor.

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Prophétie


là où l'aventure garde les yeux clairs
là où les femmes rayonnent de langage
là où la mort est belle dans la main comme un oiseau
     saison de lait
là où le souterrain cueille de sa propre génuflexion un luxe
     de prunelles plus violent que des chenilles
là où la merveille agile fait flèche et feu de tout bois

là où la nuit vigoureuse saigne une vitesse de purs végétaux

là où les abeilles des étoiles piquent le ciel d'une ruche
     plus ardente que la nuit
là où le bruit de mes talons remplit l'espace et lève
     à rebours la face du temps
là où l'arc-en-ciel de ma parole est chargé d'unir demain
     à l'espoir et l'infant à la reine,

d'avoir injurié mes maîtres mordu les soldats du sultan
d'avoir gémi dans le désert
d'avoir crié vers mes gardiens
d'avoir supplié les chacals et les hyènes pasteurs de caravanes

je regarde
la fumée se précipite en cheval sauvage sur le devant
     de la scène ourle un instant la lave de sa fragile queue
     de paon puis se déchirant la chemise s'ouvre d'un coup
     la poitrine et je la regarde en îles britanniques en îlots
     en rochers déchiquetés se fondre peu à peu dans la mer
     lucide de l'air
où baignent prophétiques
ma gueule
          ma révolte
               mon nom.


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N'ayez point pitié


Fumez marais

les images rupestres de l'inconnu
vers moi détournent le silencieux crépuscule
de leur rire

Fumez ô marais cœur d'oursin
les étoiles mortes apaisées par des mains merveilleuses
jaillissent
de la pulpe de mes yeux
Fumez fumez
l'obscurité fragile de ma voix craque de cités
flamboyantes.
et la pureté irrésistible de ma main appelle
de loin de très loin du patrimoine héréditaire
le zèle victorieux de l'acide dans la chair
de la vie - marais -

telle une vipère née de la force blonde de l'éblouissement.


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Soleil serpent


Soleil serpent œil fascinant mon œil
et la mer pouilleuse d'îles craquant aux doigts des roses
lance-flamme et mon corps intact de foudroyé
l'eau exhausse les carcasses de lumière perdues dans le couloir sans pompe
des tourbillons de glaçons auréolent le cœur fumant des
corbeaux
nos cœurs
c'est la voix des foudres apprivoisées tournant sur leurs
gonds de lézarde
transmission d'anolis au paysage de verres cassés c'est
les fleurs vampires à la relève des orchidées
élixir du feu central
feu juste feu manguier de nuit couvert d'abeilles mon
désir un hasard de tigres surpris aux soufres mais l'éveil
stanneux se dore des gisements enfantins
et mon corps de galet mangeant poisson mangeant
colombes et sommeils
le sucre du mot Brésil au fond du marécage.


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Tam-tam de nuit


train d'okapis facile aux pleurs la rivière aux doigts charnus
fouille dans le cheveu des pierres mille lunes miroirs
tournants
mille morsures de diamants mille langues sans oraison
fièvre entrelacs d'archet caché à la remorque des mains de pierre
chatouillant l'ombre des songes plongés aux simulacres de la mer


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Nostalgique


Ô lances de nos corps de vin pur
vers la femme d'eau passée de l'autre côté d'elle-même
aux sylves des nèfles amollies
davier des lymphes mères
nourrissant d'amandes douces d'heures mortes de stipes d'orage
de grands éboulis de flamme ouverte
la lovée massive des races nostalgiques


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Investiture


vol de cayes de mancenilliers de galets de ruisseau
baliste intimité du souffle
toute l'eau de Kananga chavire de la Grande Ourse à
mes yeux
mes yeux d'encre de chine de Saint-Pierre assassiné
mes yeux d'exécution sommaire et de dos au mur
mes yeux qui s'insurgent contre l'édit de grâce
mes yeux de Saint-Pierre bravant les assassins sous la
cendre morte
des purs mille défis des roses de Jéricho
0 mes yeux sans baptême et sans rescrit
mes yeux de scorpène frénétique et de poignard sans roxelane
je ne lâcherai pas l'ibis de l'investiture folle de mes mains en flammes.


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Tam-tam l


A Benjamin Péret.


à même le fleuve de sang de terre
à même le sang de soleil brisé
à même le sang d'un cent de clous de soleil
à même le sang du suicide des bêtes à feu
à même le sang de cendre le sang de sel le sang des
sangs d'amour
à même le sang incendié d'oiseau feu
hérons et faucons
montez et brûlez


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Tam-tam II


Pour Wifredo.


à petits pas de pluie de chenilles
à petits pas de gorgée de lait
à petits pas de roulements à billes
à petits pas de secousse sismique
les ignames dans le sol marchent à grands pas de trouées
d'étoiles
de trouée de nuit de trouée de Sainte
Mère de Dieu
à grands pas de trouée de paroles dans un gosier de
bègue
orgasme des pollutions saintes
alleluiah


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